Regards Novembre 1997 - Points de vue

Pour Souha Bechara

Par Marina Da Silva


Lorsqu'elle tente d'exécuter, le 7 novembre 1988, Antoine Lahad, chef de la milice supplétive d'Israël dite "Armée du Liban Sud" (ALS), Souha Béchara a tout juste 21 ans. Etudiante brillante, en troisième année de génie civil à l'Université libanaise, elle est issue d'une famille modeste de confession chrétienne du village de Deir Mimas. Comme une majorité de jeunes gens du sud, elle a rejoint très tôt la résistance contre l'occupation israélienne et l'ALS. Quand elle reçoit la mission de liquider Antoine Lahad, elle refuse le plasticage de sa maison pour ne pas mettre en danger la vie de sa femme et de ses enfants. Elle se risque davantage en se faisant engager comme dame de compagnie. Finalement, elle n'atteint pas son objectif. Arrêtée, elle est sauvagement torturée. Souha reste prisonnière jusqu'à ce jour, sans avoir été jugée, dans le centre de détention de Khiam, considéré par Amnesty international comme un " camp de la mort ".

Ouvert en 1985, Khiam, du nom du village où il est installé, situé au sud est contrôlé par Israël. Toute la population du Sud occupé peut y atterrir à tout moment. Chacun a un proche, détenu ou qui en connaît un de près. Depuis les centres d'interrogatoire des principaux villages, Bint Jbail, Markaba, Marjayoun, Hasbaya, Jezzine, Aytharoum, où ils sont interrogés parfois durant près de deux mois, les prisonniers sont conduits à Khiam pour y être torturés encore puis y purger des peines qu'aucune juridiction n'a prononcées. Quelque 200 hommes, femmes et même quelques enfants y demeurent détenus en toute illégalité, certains depuis plus de dix ans. La plupart sont des villageois qui ont refusé de payer des taxes aux Israéliens ou se sont opposés à l'enrôlement de force de leurs enfants dans l'ALS. Tous ont été battus et torturés, privés de sommeil et de nourriture, gardés dans des cellules de un mètre cinquante sur deux, par trois, voire six prisonniers.

Plusieurs sont morts durant les interrogatoires ou la détention. Jusqu'en 1995, les prisonniers sont restés coupés du monde. Ni la Croix Rouge, ni aucune autre organisation humanitaire, pas même un avocat, n'ont été autorisés à rentrer à Khiam. Israël répondait à toute demande en affirmant ne pas être concerné. Or le contrôle militaire qu'Israël exerce au Sud Liban lui confère la responsabilité du sort des populations, dans les termes de la IVe Convention de Genève de 1949 relative à la protection des civils en temps de guerre. Elle comporte l'interdiction des prises d'otages, des violences, de la torture ainsi que des condamnations par les tribunaux siégeant sur le territoire de la puissance occupante. Depuis la fin 1995, grâce à une campagne internationale, des représentants du Comité international de la Croix Rouge avaient pu pénétrer à Khiam, et quelques visites de familles avaient eu lieu. Mais début octobre l'ALS a tout supprimé, même l'échange de lettres et de colis. Les avocats et les organisations humanitaires n'ont d'ailleurs jamais pu pénétrer à Khiam. Après sept ans d'isolement total, Souha Béchar avait pu elle aussi bénéficier des seules visites de sa mère. Une demi-heure tous les trois mois, à travers une cloison. Ceci aussi vient de lui être supprimé.

En 1989, le Parlement européen avait déjà voté une résolution demandant la libération de Souha. De nombreuses associations (*) mènent campagne en France et au niveau international pour ramener Souha à la liberté et de démanteler Khiam, ce qui devient plus urgent aujourd'hui.n M. D.

 
Contact : Association pour la libération de Souha Béchara, BP 57, 75965 Paris Cedex 20. Fax 01 45 49 08 60

 


* Dont Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l'Homme, la LDH, L'AIJD (Association internationale des juristes démocrates), l'Observatoire international des prisons, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, les anciens de Montluc, le MRAP, l'UFF, la FDIF (Fédération démocratique internationale des femmes), France Libertés, de l'Assistance médicale franco palestinienne, du Comité pour les Libertés et les droits de l'Homme, du Cededim, de la Cimade, France Palestine, Parlement international des écrivains, etc.

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