Regards Novembre 1997 - Points de vue

Corse, la citoyenneté contre la violence

Par Dominique Bucchini *


Nous sommes un certain nombre de communistes de Corse du Sud à essayer d'initier une pratique politique nouvelle en faisant appel à la citoyenneté, dans un pays en proie au marasme économique, à la violence et soumis à la mainmise de la droite sur l'ensemble des institutions.

Ce qui est prioritaire, c'est de redonner la citoyenneté au peuple corse qui a vécu dans la peur, la contrainte, l'insécurité, les pressions, pendant des années. Il faut que ce peuple s'exprime démocratiquement et que la bataille des idées ait lieu au grand jour, sans peur.

Dans une île méditerranéenne convulsée par la violence durant des siècles, c'est un combat permanent, quotidien. En tous cas, c'est le mien.

Le groupe communiste avait voté l'amnistie en 1981 en faveur des nationalistes pour des raisons humaines et politiques. La situation a beaucoup évolué. Il y a meurtre, il y a racket. L'opinion a commencé à comprendre que ces dérives étaient mortelles pour la Corse. Lors de l'énorme mascarade de Tralunca où l'on a vu des centaines de personnes armées dans la nature, la veille de la venue du ministre de l'Intérieur, les ordres donnés à la police et à la gendarmerie étaient de surveiller les quartiers sensibles à Sartène, à Porto Vecchio et à Ajaccio, mais de ne relever que les numéros minéralogiques aux abords de Tralunca. Nous avons été amenés, progressivement, à dénoncer cette connivence. Il y a une autre manière de faire de la politique en Corse, d'une manière claire, propre afin que les gens choisissent et qu'on respecte le suffrage universel.

Cela dit, dans un pays démocratique, les mouvements nationalistes ont le droit de défendre leurs opinions au même titre que les autres. On peut être amené à faire un bout de chemin ensemble pour certaines revendications sociales. Seulement s'il y a rupture définitive avec la clandestinité et avec le terrorisme.

En dix ans, la démocratie a gagné cependant un peu de terrain, puisque deux partis politiques nationalistes ont abandonné la violence. Les scissions sont incontestables. Seule la frange dure du FLNC historique veut poursuivre la lutte armée pour aller vers l'indépendance, en se référant aux exemples algérien ou vietnamien.

Je suis en désaccord complet avec l'idée exprimée là, que la France est une " marâtre ", que la France est la métropole et que la Corse est une colonie.

Il s'agit donc de poursuivre le combat pour faire comprendre aux idéologues du FLNC qu'il est nécessaire d'arrêter les exactions nocturnes et les rackets. Une fois qu'on en sera là, les discussions pourront commencer pour réfléchir contre la droite, comment on peut arrimer la Corse vers un autre type de développement.

La Corse n'a-t-elle qu'un avenir touristique et agricole ? Les communistes corses sont les seuls à avoir des propositions de nature différente. Elles sont contenues dans les deux lois du statut particulier qui régit la Corse de 1981-1982, et de 1991-1992. Les députés communistes à l'Assemblée nationale ont fait ajouter dans le texte de loi la création d'un comité de coordination du développement industriel de la Corse où les entreprises nationales pourraient éventuellement investir 1% de leurs bénéfices. Un pays moderne doit bénéficier d'une polyvalence d'activités. La Corse importe 14 fois plus qu'elle n'exporte ! La modernité, c'est la possibilité d'un développement industriel.

Au lieu de débats stériles, on pourrait retenir un certain nombre de traditions, et en même temps s'ouvrir à la modernité: plus il y a d'emplois stables, qualifiés, rémunérateurs, plus on vaincra facilement l'assistanat, la dépendance, plus les gens deviendront des citoyens à part entière.n

Propos recueillis par Aïcha Belhalfaoui

 


* Maire de Sartène, conseiller à l'Assemblée de Corse et conseiller général de la Corse du Sud.Vient de publier De la Corse en général et de certaines vérités en particulier aux éditions Plon.

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