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Les Français aiment la politique Par Henri Malberg |
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Les Français aiment la politique, c'est ainsi que Philippe Méchet, directeur des études politiques à la SOFRES, résume ses impressions après de récentes enquêtes (1).
L'intérêt pour la chose politique va d'ailleurs fort bien de pair avec une certaine méfiance envers les formations politiques. Encore que cela bouge peut-être maintenant. La dirigeante communiste, Nicole Borvo, comme l'écrivain Dan Franck expriment cette contradiction avec beaucoup de netteté (1). C'est aussi ce que dit Marie-George Buffet, quand elle assure qu'à " chacune de [ses] rencontres, les projets qui [lui] sont présentés sont traversés par des idées de solidarité, de lutte contre l'exclusion, par la recherche de sens et d'idéal ". Et que " le refus de l'ultralibéralisme marque profondément l'opinion ". La victoire de la gauche aux élections a montré l'importance des forces qui cherchent de nouvelles réponses. Il y a quelques jours, Thomas Coutrot faisait remarquer que " le soutien aux divers mouvements sociaux depuis deux ans - et même à celui des sans-papiers - indique la disponibilité pour des solutions alternatives " (2). En vérité, des millions et des millions de Françaises et de Français vivent la vie politique avec des questions simples: " Peut-on, et comment, mieux vivre ? " " Et moi, comment on m'écoute, comment on me respecte, comment on tient compte de ce que je pense ? " Il est vrai qu'en même temps monte, et pour cause, la tentation réactionnaire et même ultra avec le poids de l'extrême droite.
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La responsabilité du pouvoir
C'est pour ces raisons que le gouvernement actuel a de si grandes responsabilités dans le concret de la vie comme sur le plan des grands symboles politiques. Le pas vers les 35 heures est à cet égard très important. Il est un signal fort qui montre qu'on peut prendre des mesures de progrès social " malgré la mondialisation et les marchés " et dans l'Europe telle qu'elle est. Il appelle certes l'intervention sociale pour que des emplois soient créés et pour ne pas être récupéré par le capital. Mais le patronat européen s'en inquiète. Il redoute la contagion de " l'exemple français ". Un ministre du gouvernement conservateur d'Espagne vient de mettre en garde que le sommet européen sur l'emploi des 20 et 21 novembre à Luxembourg ne devienne le sommet de la semaine de 35 heures.
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L'actualité des espaces citoyens
Justement, les espaces citoyens sont une idée nouvelle que s'efforcent de promouvoir les communistes pour permettre la rencontre, le débat, l'intervention des citoyens dans les quartiers, les villages, les lieux de travail. Tout ce qui se cherche dans la situation actuelle pourrait se retrouver, pour une part, dans une telle initiative. Il faut en effet répondre à la contradiction entre le mouvement de la société qui appelle davantage de participation, de place des individus, et la concentration des " avoirs ", des " pouvoirs ", des " savoirs ". Formule riche de sens qui s'applique bien aux manques que la majorité des gens ressentent comme des frustrations pour eux-mêmes, leurs familles, leurs enfants. L'ambition des communistes est en effet de réhabiliter la politique en inventant de nouvelles façons et de nouveaux lieux pour la faire vivre.
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La question européenne doit bouger
Parmi les questions posées à la gauche, comme à tout le pays, les questions européennes sont vécues à juste titre comme vitales. L'engagement de la France dans l'Europe est une chose acquise. Le débat n'est pas, n'est plus, pour ou contre l'Europe, mais quelle Europe ? Faut-il poursuivre la marche à l'euro ou rechercher d'autres solutions de coopération monétaire ? Faut-il laisser exploser littéralement la précarité, la flexibilité, les bas salaires, ou poser dans toute son ampleur la question de l'emploi, stable et qualifié, par des salariés justement rémunérés et respectés ? Faut-il et peut-on repousser la formidable pression qui s'exerce au nom de la rentabilité des capitaux et de la mondialisation et qui tire vers le bas les acquis des peuples d'Europe ? Comment faire jouer à l'Europe un rôle international en faveur de la paix et d'une coopération juste et amicale entre les peuples ? Des choix sont nécessaires. L'accord communistes-socialistes du mois d'avril disait en toutes lettres: " Il faut réorienter la construction européenne vers une Europe sociale, de progrès, de paix, de sécurité." C'est vraiment nécessaire. L'avenir des peuples d'Europe et de la France n'est pas corseté, comme on cherche à le faire penser. La marge économique, sociale et politique de chaque pays est large. A preuve, la mesure française concernant les 35 heures qui vient de montrer comment c'est la politique qui décide et comment la décision de chaque gouvernement peut influer de façon positive dans l'intérêt de tous. Il faut parler de tout cela et s'en mêler. C'est le sens de l'initiative que le Parti communiste vient de prendre en s'adressant aux citoyens pour un large débat dans tout le pays, vers un carrefour européen le dimanche 14 décembre, et un rassemblement national le 18 janvier. Le succès de ces initiatives peut et doit être un grand moment politique de mise à plat des questions européennes et d'offensive des forces progressistes, pour peser sur le destin de l'Europe. Là comme ailleurs, les jeux ne sont pas faits.n H. M. |
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