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Cinéma
Par Luce Vigo |
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Voir aussi Rencontres cinématographiques en Seine-Saint Denis |
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Cellule, foyer, bercail, tribu, clan, père, mère, enfants et tous les affiliés, inépuisables sujets pour le cinéma.
Cinq films français, chacun dans son style, s'y plongent.
Sinon, oui (Claire Simon), Alors voilà (Michel Piccoli), Violetta la reine de la moto (Guy Jacques) et, plus explicitement, Familles, je vous hais (Bruno Bontzalis) et Un frère (Sylvie Verheyde) sont des films français hantés par des histoires de familles, passionnelles, étranges, loufoques, assez dérangeantes qui éclairent la personnalité de leurs auteurs, leurs liens à la société mais aussi au cinéma. Aucune de ces histoires familiales ne se ressemblent, parce que la famille est un lieu privilégié pour des histoires qui se nourrissent elles-mêmes d'éléments inavoués, insaisissables, inconscients que le talent, le style de chacun des cinéastes nous donnent en partage. Sylvie Verheyde, dans Un frère, est si fascinée par le mouvement du corps de ses acteurs, Jeannick Gravelines et Emma de Caunes, frère et soeur, qui surjouent tellement leurs rôles, que passent au deuxième plan, à peine lisibles, le contexte banlieusard qui est leur lieu de vie, le rapport à leur mère, à leurs copains en galère. L'écriture du film est volontairement rapide, elliptique et nous laisse insatisfaits. Plus saisissant et ravageur est le film de Bruno Bontzolakis, Familles je vous hais où Jessica, 17 ans, tente en vain d'inscrire ses relations amoureuses entre un père militant d'extrême droite et une mère infidèle. Dans Violetta, la reine de la moto de Guy Jacques, le personnage central revient, après dix ans d'absence provoquée par un événement douloureux qui rend inconfortables les retrouvailles avec son frère Adrien, mais, ensemble, ils triompheront de ce passé, sur des chansons de Lili Boniche. Le réalisateur travaille une image de banlieue inhabituelle, qu'il aime pour y habiter depuis toujours. La mise en place de son histoire autour des personnages traîne un peu pour trouver ensuite un rythme et un ton propres à servir des personnages proches de son coeur.
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Vraisemblance et différentes écritures des films
Des personnages proches de son coeur, le jeune cinéaste Michel Piccoli les a créés sur mesure, en collaboration avec Thomas Cheysson, et avec, me semble-t-il, un formidable rire intérieur. Alors voilà demande aux spectateurs de se laisser conduire avec confiance sans chercher à se repérer dans les allers et venues des différents membres de la famille qui occupe à elle seule tout un immeuble. Le patriarche Maurice Garrel surveille toute sa tribu, fils, brus, enfants avec gourmandise, alors qu'il s'adonne à divers petits trafics." J'ai souhaité, dit Piccoli dans son dossier de presse, présenter des gens ordinaires qui ont des délires faramineux. Et qui sont incompréhensibles, même pour eux-mêmes ". C'est quelque chose qui s'apparente à un oreiller, un sorte de carapace dure trouvée au rayon des accessoires que Magali, " l'héroïne " du film de Claire Simon, Sinon, oui se met sur le ventre pour accréditer une grossesse, née dans son esprit quand un vieil homme lui dit: " Vous n'êtes pas enceinte, au moins ? ". A la minute même, sans l'avoir prémédité, Magali entre dans cette fiction de l'enfant attendu qui change ses rapports avec son mari et son père, et la mène jusqu'au bout, malgré une ou deux tentatives pour mettre fin à la supercherie. Claire Simon s'est inspiré d'un fait divers pour faire une oeuvre personnelle, très proche, en fin de compte, de son film documentaire Coûte que coûte. Elle filme au plus près les personnages sans nous donner, jamais, la possibilité d'accéder à leur moi intérieur, poursuivant ainsi sa réflexion sur le langage cinématographique qui ne s'appuie en rien sur l'idée de la vraisemblance. |
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Rencontres cinématographiques en Seine-Saint Denis
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Pour les huitièmes Rencontres cinématographiques de Seine-Saint-Denis (1), le programme est tout entier construit sur l'idée d'engagement.
Idée forte que l'actualité de ces derniers mois appelait tout naturellement.
Ainsi, face à l'intégrisme, le film de Youssef Chahine, le Destin, présenté, en présence du cinéaste, au Magic Cinéma de Bobigny, le lundi 24 novembre.
Pour accompagner, soutenir, ne pas oublier de grandes grèves ouvrières, les Dockers de Liverpool de Ken Loach, Harlan County USA de Barbara Kopple trouvent tout naturellement leur place dans cette manifestation qui donne par ailleurs un éclairage particulier au cinéma palestinien et sud-africain.
On pourra aussi redécouvrir deux oeuvres de Nanni Moretti la Cosa et Palombella Rossa, dans lesquelles la politique, particulièrement celle du parti communiste italien, est clairement analysée.
Des cinéastes français, Guédiguian, Tony Gatlif, primé au dernier festival de Locarno pour son film l'Etranger fou, Claire Simon, Jean-Pierre Thorn, Malik Chibane et de nombreux auteurs de courts-métrages et de documentaires participeront à un certain nombre de rencontres.
Ce ne sont que quelques moments d'un programme mis en place avec le concours du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.n L.
V.
1.
Du 18/11 au 2/12, dans 19 salles du département.
Renseignements et programme: 01.48.02.49.56.
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