Regards Novembre 1997 - La Création

Un budget d'attente

Par Pierre Courcelles


Le ministère de la Culture n'aura finalement pas trop souffert: il est l'un de ceux qui voient leurs crédits augmenter dans le budget de l'Etat pour 1998.

Si des créateurs, des artistes, des intellectuels, des responsables culturels descendent un de ces prochains jours dans la rue, ce ne sera pas pour protester contre un budget de la Culture qui n'aurait pas tenu les promesses de l'été dernier en Avignon - mais pour rappeler celles sur les lois Pasqua-Debré. Non que le budget 1998 de la Culture soit tout à fait satisfaisant comme tel et non plus à la hauteur d'un autre engagement, celui du 1%, différé à l'an 2000, comme cela avait été annoncé. Catherine Trautmann a reçu une dotation qui semble ne pas avoir été trop controversée par le ministre de l'Economie. Un budget de réajustement, de quoi atténuer, si possible, les effets brutaux des multiples annulations budgétaires, 20% au total, opérées entre les élections législatives de 1993 et celles de mai dernier, en passant par la présidentielle de 1995: " 1998 marquera une première étape dans la reconstitution d'un vrai budget ", une enveloppe de 15,109 milliards, soit une augmentation de 3,8% (alors que le budget de l'Etat n'augmente que de 1,36%), c'est ce que soulignait la ministre lors de la présentation de son budget à la presse, le 25 septembre dernier. Elle ajoutait: " La culture redevient une priorité claire de l'action gouvernementale. Ce budget marque une rupture avec la logique du désengagement de l'Etat." C'est ce dernier point, au-delà même du budget, qui, dans un premier temps, doit être retenu et, ultérieurement, accompagné.

 
Deux priorités: spectacle vivant et patrimoine

Il était de tradition de juger d'un ministre de la Culture aux priorités qu'il accordait: si le budget du patrimoine était favorisé, il manifestait son conservatisme culturel - et donc son appartenance à la droite; si c'était au spectacle vivant qu'allait sa faveur, il proclamait son ouverture à la modernité et sa position de gauche. Catherine Trautmann a dégagé deux priorités dans le budget de la rue de Valois: le spectacle vivant et le patrimoine. La première de ces priorités est, comme il se doit, assortie d'un considérant axiomatique: " Offrir au plus grand nombre un véritable accès à la culture ", soit cette notion, fondatrice du ministère de la Culture, de démocratisation de la culture et des oeuvres de création dont les fruits se flétrissent dans une société où plus de 5 millions d'hommes et de femmes sont dans la précarité économique et sociale.

 
Une vision cohérente sur la place du bâti dans la société moderne

Elle est aussi accompagnée de dispositions qui valent comme rappels de la ligne de conduite à tenir par ceux qui ont la responsabilité artistique et de gestion de l'argent public: la notion de service public doit être au coeur des logiques du spectacle vivant et, pour la garantir, une charte précisera les droits et les obligations de chacun, laquelle servira de base et de référence aux contrats d'objectifs qui seront systématisés pour l'ensemble des réseaux du spectacle vivant. Il y a là une riposte aux accusations portées par certains commentateurs contre des responsables artistiques qui, selon eux, se seraient enfermés dans des productions élitaires, voire bourgeoises, oubliant la masse de leurs concitoyens, sinon le Peuple. Le risque est que les clauses du ministère alimentent le fort mouvement démagogique qui conduit directement au populisme culturel où va se fracasser la création vivante.

Quant à la priorité accordée au patrimoine, elle se traduit par une augmentation de 39,3% de son budget. Il n'y a là tout d'abord que l'absolue nécessité de remettre sur pied un budget qui avait été quasiment sacrifié par le précédent ministre de la Culture, avec le probable assentiment de la directrice du Patrimoine, Maryvonne de Saint Pulgent qui avait surestimé la Fondation du Patrimoine et l'appel au privé en tant qu'alternative de financement. Conservation et mise en valeur du patrimoine archéologique, monumental, artistique et littéraire, sont les tâches essentielles, naturelles et immédiates de cette direction. Mais un ouvrage plus considérable a été engagé par la décision de fondre en une seule direction centrale la direction du Patrimoine et celle de l'Architecture - celle-ci ayant fait, en 1995, un retour au ministère de la Culture après un exil de quasiment vingt années au ministère de l'Equipement. Une décision depuis longtemps attendue car elle répond à une vision cohérente de la place du bâti dans une société moderne et aussi parce que le transfert dans une autre administration laissait entendre que le ministère de la Culture n'était en mesure de s'occuper que des " vieilles pierres " et non de l'architecture contemporaine qui, elle, devait échapper aux " poètes de la rue de Valois ". Les choses arrivant à point nommé, cette intégration est confiée à François Barré, un des rares énarques à avoir conduit leur carrière sur les chemins de la culture et de la création, en l'occurrence de l'architecture, du design, de l'art contemporain.n P. C.

 


Au sujet de l'architecture, voir page 42, l'article de Marie Marques sur les premiers Rendez-vous de l'Architecture, les 2 et 3 octobre derniers à Paris, Grande Halle de la Villette.

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