Regards Octobre 1997 - Vie des réseaux

Imaginons
L'homme, ses machines, leurs rôles

Par Xavier Delrieu


Valeurs et utopies, qu'attendons-nous de la société de l'information ? " Cet intitulé de l'un des débats au programme de l'Université d'été d'Hourtin nous interroge ouvertement, non sur ce que sera, mais sur la manière dont nous envisageons aujourd'hui la société de l'information dans les années à venir. Entre " céder aux visions iréniques qui nous annoncent un avenir radieux dans une société de l'information consensuelle, pacifiée et débarrassée de tous ses maux " comme le disait Lionel Jospin et " stigmatiser les transformations en cours, diaboliser la technologie, ou, à l'inverse, feindre d'ignorer l'ampleur de cette évolution ", la part laissée à l'imaginaire est considérable.

La principale interrogation est avant tout de savoir si, avec nos références actuelles, il est possible de penser une société qui a de grandes chances de bouleverser toutes nos valeurs, à commencer par le temps et l'espace. La société de l'information stigmatise à elle seule toutes les craintes de déshumanisation. Cet avenir, présenté comme inéluctable, est ressenti comme une perte de valeurs, comme leur aliénation au profit d'un monde technique.

C'est en fait la place de l'homme dans son environnement qui est interpellée: l'espace et les relations humaines sont devenus virtuels. Philippe Queau, directeur de la division Information et Informatique à l'UNESCO, résume remarquablement la montée de cet angoisse face aux techniques: " l'homme est condamné à s'inventer un nouveau rôle, au moment même où les machines prennent sa place ".

Ce " nouveau rôle ", cette peur du vide, cette redéfinition de l'homme dans son environnement sont particulièrement délicats à préparer. Plus la France prend du retard, plus la mutation risque d'être brutale et inégalitaire. Les politiques et les intellectuels ont plus que jamais une lourde responsabilité dans la définition de ce " nouveau rôle ". En affirmant que les nouvelles technologies ne sont pas opposées à la culture, l'intervention de Catherine Trautmann marque une rupture avec l'attitude attentiste des responsables politiques. Il n'en demeure pas moins nécessaire de mettre en garde tous les acteurs de cette révolution pour que le " village global " à venir ne soit en aucun cas le lieu de nouvelles formes d'esclavage et ne nie l'individu.

 


1. Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux.La postérité paradoxale de Saint-Simon.PUF, 1997, 395 p., 148F.

2. Sur l'histoire de l'Etat acteur principal de la modernisation dans les domaines des télécoms, du transport ferroviaire et aérien, on lira aussi le récent ouvrage de Ezra Suleima et Guillaume Courty, l'Age d'or de l'Etat, le Seuil-L'histoire immédiate, 1997, 335 p., 140F.

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