Regards Octobre 1997 - Vie des réseaux

Objets culturels
Entrée dans la société de l'information

Par Xavier Delrieu


La France est enfin entrée de plain-pied dans ce qu'il est coutume d'appeler " la société de l'information " (véritable pléonasme, comme le signalait l'un des participants à la XVIIIe Université d'été de la Communication de Hourtin, puisque " toute société est une société de l'information, avec au centre le langage, la langue "). Pour la première fois, on a vu les politiques s'engager délibérément dans la voie de la modernité technologique, même si les craintes sont encore visibles. La volonté clairement exprimée de développer les réseaux, de favoriser les PME du secteur des technologies de l'information et de la communication ou encore l'abandon progressif du minitel sont autant de signes forts de ce changement. Les déclarations de Lionel Jospin, qui restent à concrétiser, ont cependant dissimulé une autre grande nouveauté, bien que plus discrète: si notre société est en mutation, c'est que notre culture l'est aussi. Nos traditions en grande partie rurales, notre pusillanimité à l'égard de la nouveauté et notre défiance face à tout ce qui est censé bouleverser notre équilibre sociétal ont longtemps figé notre perception de la culture. Peut-être par peur d'une certaine américanisation, nous avons fini par oublier que, comme une langue évolue, une culture doit être en perpétuel mouvement.

Il semble qu'une volonté de forcer ces réticences se soit frayée un chemin parmi les politiques, même si, comme le disait Claude Allègre dans une récente interview dans le Point, " On n'a pas affaire à des Vikings aventureux, mais à des Français qui sont restés de ce côté-ci de l'Atlantique ". L'intervention à Hourtin de Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication, a en effet mit l'accent sur l'importance de l'audiovisuel dans notre société, dont les contenus sont " devenus des objets culturels, présents dans les écoles, dans les bibliothèques, dans les entreprises ". On peut alors se demander si les Nouvelles Technologies de l'information et de la communication (NTIC) ont une quelconque utilité, si elles ne sont qu'un nouveau moyen de véhiculer l'information.

La ministre y répond en rappelant que " la véritable convergence, ce n'est pas celle des tuyaux, c'est celle des contenus ", avant d'ajouter " ces rapprochements entre les secteurs de la culture et de la communication se traduiront dans des politiques convergentes de la culture et de la communication ". Ainsi, il faut s'attendre à ce que ces NTIC s'intègrent, plus rapidement qu'aujourd'hui, à notre propre culture." La télévision pour les jeunes adultes, les cassettes et les logiciels pour les adolescents sont même plus que de simples formes culturelles, ils sont leur culture ", ajoutait encore Catherine Trautmann. Le gouvernement vient donc de prendre la mesure des bouleversements culturels que les NTIC vont impliquer. Cette attitude, nouvelle en France, répond à une donnée essentielle de notre société: il faut que l'élite soit convaincue de l'importance d'une chose pour qu'elle ait une chance de se développer. Ce mois d'août 1997 pourrait bien être le coup d'envoi de cette nouvelle donne culturelle dont personne aujourd'hui ne peut prédire l'avenir. Mais, comme l'a précisé le premier ministre, " la société de l'information sera ce que nous déciderons d'en faire ".

 


1. "La tête penchée", chronique de Daniel Schneidermann, le Monde TRM du 14 et 15 septembre 1997.

2. La Mondialisation heureuse, éditions Plon, 1997.

3. "La quatrième guerre mondiale a commencé", article du sous-commandant Marcos, le Monde diplomatique d'août 1997.

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