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Italie
Par Pierre Laroche |
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Voir aussi De Venise à Paris Par Graziella Mascia * |
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L'Italie se serre la ceinture dans l'espoir d'entrer dans l'Europe de l'euro.
Une rigueur qui ne laisse pas indifférents les Italiens et leurs partis politiques, malgré l'optimisme affiché par Romano Prodi.
Réactions.
La politique d'austérité draconienne pour mettre l'Italie en conformité avec les normes de Maastricht s'avère très coûteuse en termes de croissance et d'emploi ", constatait la Tribune du 1er juillet. Le PIB a baissé de 0,2% fin 96, puis de 0,4% au premier trimestre 97, tandis que le chômage s'élevait à 12,5% au premier trimestre 97 contre 12,2% fin 96. Cela nourrit le débat politique de la péninsule. Mais ce qui retient le plus l'attention est le sort du welfare state ou "état social", c'est-à-dire l'ensemble des protections des citoyens en matière de droit du travail, de santé, de formation, dans un climat où se poursuivent les révélations, vraies ou fausses, sur les scandales économico-politico-mafieux. Collusions et compromissions ont précipité la chute de Bettino Craxi et Giulio Andreotti et des partis socialiste (PSI) et démocrate-chrétien (DC), portant un coup décisif aux équilibres politiques en vigueur depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ils avaient été formalisés dans la Constitution de décembre 1947. Les élections législatives de mars 1994 portent une majorité de droite au Parlement. Le gouvernement de Silvio Berlusconi prend immédiatement des mesures souhaitées par le patronat italien. La nouvelle majorité repose sur le mouvement Forza Italia, créé par S. Berlusconi, la Ligue du Nord, dirigée par Umberto Bossi et qui affirme des tendances sécessionnistes, et l'Alliance nationale dans laquelle G. Fini a regroupé des forces de droite et d'extrême droite, exception faite des héritiers de la République sociale de Mussolini, désormais retranchés dans le mouvement Fiamma tricolore (1). La brutalité de l'attaque de Berlusconi contre la télévision publique, contre l'Université, contre la magistrature, contre les retraites, jointe à certaines pratiques de népotisme économique favorisant son groupe (Fininvest), conduisent toutefois à un sérieux affaiblissement de son audience dans le pays et même à la Confindustria. Le 14 octobre, une grève générale exprime le refus de cette politique, notamment l'attaque contre les retraites. L'offensive contre " l'état social ", menée au nom de l'assainissement des finances publiques pour pouvoir " entrer dans l'Europe " se heurte à une première résistance de masse. En décembre 1994, la magistrature ouvre une enquête sur les affaires de Berlusconi, la Ligue du Nord se dissocie de la majorité, et le premier ministre doit démissionner. Son ministre du Trésor, Lamberto Dini, lui succède et, avec un gouvernement qualifié tantôt de " technique ", tantôt de " centre gauche ", met en oeuvre, parfois avec difficulté, la politique " d'assainissement des finances publiques ", avec pour objectif déclaré le retour de la lire dans le système monétaire européen (SME), dont elle était sortie en septembre 1992. A bien des égards Dini continue la politique de Berlusconi: augmentation des impôts sur le revenu, de la TVA, du gaz, de l'électricité, du téléphone, du train, des produits pétroliers, de la taxe de santé pour les commerçants et artisans, diminution des subventions aux collectivités territoriales, accélération des privatisations, réforme du système des pensions et retraites. Mais il obtient l'appui des syndicats et des partis de centre gauche, dont celui du PDS (parti démocratique de la gauche), le parti le plus influent électoralement de la gauche italienne, issu de la dissolution du PCI, en 1991 (2).
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Autour de la constitution d'un centre gauche
En revanche, cette politique suscite, au moment du vote de la loi de finances en décembre 1995, une crise à la direction du Parti de la refondation communiste (PRC), constitué en 1991 par des militants, essentiellement venus du PCI, en refus de la disparition de celui-ci (3). Certains dirigeants et un grand nombre de parlementaires du PRC, par crainte de favoriser le retour de la droite de Fini et Berlusconi, refusent la décision de la direction du parti de voter contre le gouvernement Dini. Toutefois la contestation sociale et les calculs électoralistes de la droite, notamment de G. Fini, aboutissent à la chute du gouvernement Dini et à la dissolution du Parlement en janvier 1996 et ouvrent une période électorale qui aboutit aux élections législatives d'avril 1996 et à la victoire du " centre gauche ". Le fait nouveau est la constitution par Romano Prodi d'un rassemblement, baptisé " l'Olivier ", des formations de gauche, notamment le PDS, de forces progressistes issues de l'effondrement de la DC et du PSI, mais aussi de forces centristes comme Renouveau italien, le parti de Lamberto Dini. Le PDS avait depuis longtemps choisi ce type d'alliance pour constituer un centre gauche très large. Son secrétaire général, Massimo D'Alema, estime que l'Italie doit devenir " un pays normal " (4), qu'il n'a pas d'autre choix politique que de gouverner au centre, ce qui conduit au bipartisme, comme en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis. Il prépare, avec d'autres forces, un congrès au mois de décembre prochain, qui devrait aboutir à la naissance de " la cosa 2 " (5) qui serait une vaste formation du centre, capable de rassembler rapidement au moins 51% des voix. Les communistes du PRC s'y opposent. Il existe en Italie et en Europe, dit Fausto Bertinotti, son secrétaire général, dans son rapport devant le 3e congrès en décembre 1996, deux gauches, différentes quant à la politique, à la culture politique, aux forces sociales de référence. L'autonomie du PRC est pour lui la condition de celle des mouvements sociaux, pour rompre la trêve sociale et pour que les masses puissent reprendre la parole par le conflit social; il y a entre les deux gauches, non pas une répartition des rôles mais une " compétition pour l'hégémonie ". Aussi, pour les élections d'avril 1996, le PRC passe un accord électoral, et non un accord de gouvernement, avec l'Olivier, malgré les réticences de certaines composantes de ce dernier, tel Lamberto Dini. Bien que Forza Italia (20,6%) et l'Alliance nationale (15,7%) soient en progrès, le Pôle des libertés (droite) n'obtient que 42,1% des suffrages contre les 43,3% de l'Olivier: la défection de la Ligue (10,1%) coûte la victoire à la droite. Au sein du centre gauche, le PDS, avec 21,1%, confirme sa position de premier parti italien. Mais le PRC, en progrès sensible avec 8,6%, devient indispensable pour constituer une majorité et un gouvernement. Pour lui, le problème n'est pas de savoir comment il doit soutenir un gouvernement issu de ces élections, mais s'il doit être dans l'opposition ou dans la majorité. Lors du 3e congrès de son parti, F. Bertinotti dira que ce gouvernement n'est pas celui du PRC, qu'il y a même eu, dans l'histoire du centre gauche des années soixante-dix des formes gouvernementales plus avancées.
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Une porte ouverte pour que l'on entende les voix de dehors
Mais, répondant à la fois à ceux qui brûlent d'entrer au gouvernement et à ceux qui, parmi les siens, ont hâte de retourner à l'opposition, il propose l'image suivante: le PRC n'est pas à la porte du gouvernement pour y entrer ou pour la claquer mais pour la maintenir ouverte de façon que la voix de ceux qui sont dehors puisse y parvenir. En même temps, le PRC fonde ses initiatives et ses prises de position, souvent critiques à l'égard du gouvernement, sur les aspirations et revendications du mouvement social, par exemple l'opposition à la flexibilité du travail. Et quand, au début de l'été 1997, Romano Prodi, tablant sur l'idée que la reprise est en cours, affirme que l'Italie est en mesure d'entrer dans l'Union économique et monétaire (UEM) et annonce en même temps la création de 100 000 emplois pour les jeunes dans le Mezzogiorno et une baisse des impôts " dans une phase prochaine ", le PRC conteste cet optimisme et propose l'organisation de Comités pour la défense de " l'état social " puisque cet automne doit être discutée la réforme globale du welfare state. Enfin, il projette une manifestation nationale en cette rentrée contre les restrictions budgétaires envisagées dans un budget 1998 de rigueur accrue. |
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De Venise à Paris Par Graziella Mascia *
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Cette année, nous avons soutenu le budget du gouvernement parce celui-ci s'est engagé à ne pas diminuer les retraites ni les autres acquis sociaux.
S'il s'y attaque, comme sa détermination à remplir les critères européens le fait penser, nous ne l'appuierons pas.
Il est urgent d'agir également contre le chômage.
Sur tous ces points, nous sommes en opposition aiguë avec les autres partis.
Il est nécessaire d'inventer une nouvelle politique italienne.
Plus précisément, un gouvernement de gauche doit travailler à modifier les critères de convergence européens.
Avec courage les communistes français relancent le débat sur la construction européenne en revendiquant un référendum sur la monnaie unique.
Ainsi, nous ne sommes pas les seuls à demander ces changements.
En Italie aussi, les syndicats l'expriment dans une certaine mesure.
Deux possibilités d'action se dessinent.
D'une part, en Italie, le mouvement populaire grandit, comme en témoigne le succès des manifestations du 13 septembre à Venise et du 20 septembre à Milan, qui entendaient refuser le sécessionnisme de la Ligue du Nord et revendiquer une Europe sociale.
Un autre rassemblement que nous préparons avec de nombreuses associations a lieu à la fin octobre à propos des questions sociales.
On y remarquera des syndicalistes, des personnalités de partis de gauche, PDS compris, même si les organisations elles-mêmes n'y sont pas engagées.
D'autre part, nous regardons au-delà de nos frontières.
Tous les pays ont du mal à appliquer les critères européens, même l'Allemagne! Les salariés manifestent fortement leurs attentes.
En France, la gauche a accédé au gouvernement avec des communistes.
Les partis communistes européens se rencontrent régulièrement à présent, à Paris, à Madrid, à Lisbonne, à Amsterdam et prochainement à Luxembourg.
Ces échange d'idées et d'expériences donnent une dimension européenne à nos luttes qui se déploient dans des situations nationales très différentes.
Une voie très difficile mais c'est la seule.n G.
M.
* Coordinatrice du Parti de la refondation communiste d'Italie.
A participé au débat sur l'Europe organisé par Regards à la fête de l'Humanité.
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