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La rentrée politique Par Michèle Cotta* |
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Le premier test gouvernemental
Une cote de popularité sans failles pour Lionel Jospin, des ministres - y compris les ministres communistes - qui chantent ses louanges, des députés ravis de la façon dont il les traite, un parti socialiste uni, dans sa très grande majorité, à l'exception d'une frange turbulente, une opposition qui se divise sur premier vote de la rentrée, l'emploi des jeunes, et continue de se chercher sans se trouver, telle est, décrite à grands traits, l'atmosphère politique de la rentrée. Avec, en toile de fond, l'embellie de la croissance qui revient, de la hausse du dollar, qui donne de l'air et la perspective d'une reprise, qui calme les esprits. L'INSEE, l'Institut national des statistiques économiques, en a fait état la semaine dernière pour la première fois, la hausse de l'emploi salarié et la stabilisation de chômage dans l'industrie. Trois mois, ou presque, après avoir gagné les élections législatives, la gauche au pouvoir ne donne pas le moindre signe d'essoufflement. Lionel Jospin a passé sans faux pas le cap des cent jours, en trouvant son style, mélange de flegme et d'austérité, de simplicité et d'autorité. Il a surtout contourné les premières divisions sur les sujets qui pouvaient, et peuvent encore peut-être, à tout moment, couper sa majorité: les privatisations et l'Europe. Sur Air France et France Télécom, la décision prise, celle du juste milieu, l'ouverture partielle du capital, pouvait mécontenter tout le monde dans la majorité: les communistes, hostiles à toute privatisation, même partielle; et les partisans d'une privatisation à 51% ou au-delà de sociétés placées aujourd'hui en pleine concurrence de la mondialisation et de la libéralisation des échanges. Le premier ministre a évité l'affrontement entre les deux ailes de la majorité plurielle, engageant chacun à faire un bout de chemin, et y parvenant. Sur l'Europe également, Lionel Jospin a imposé son rythme. Aujourd'hui, après le 70e sommet franco-allemand de Weimar, l'euro apparaît comme irréversible. Et ceux qui, au gouvernement, militaient il n'y a pas si longtemps contre la monnaie unique ou l'indépendance des banques centrales, ceux qui doutaient de l'intangibilité du critère des 3% de déficit, se sont soumis sans mot dire aux arbitrages du premier ministre et de ses collaborateurs, dont personne n'ignore qu'ils ont été, pour la plupart, formés à l'école de Jacques Delors. La volonté de préserver la cohésion gouvernementale, chez les communistes et chez les amis de Jean-Pierre Chevènement, a donc été, chez eux, plus forte que les convictions, plus forte que le souvenir des combats menés depuis les dernières années du mitterrandisme maastrichien. Tout cela s'est fait au surplus en douceur, Lionel Jospin mettant à son gré le projecteur, pour les partisans de l'Europe, sur le chemin parcouru vers l'Union européenne, ou, pour ses détracteurs, sur les garanties dont il s'entoure: entrée des pays du Sud dans l'euro, ou engagement vers une Europe plus sociale. En réalité, pour l'heure, Jospin mène le jeu, piano ou allegro vivace, suivant les moments. Restent que, hormis celles qui concernent l'emploi des jeunes, les décisions politiques les plus importantes, sur lesquelles les Français attendent le gouvernement de la gauche, c'est-à-dire celles qui concernent les remèdes à apporter au chômage, n'ont pas encore été prises. C'est autour de la grande conférence sur l'emploi, les salaires et la réduction du temps de travail, à laquelle le premier ministre et le ministre du Travail ont invité depuis juillet patrons et syndicats, que se concentrent aujourd'hui les attentes. Et c'est là, évidemment, que les choses se compliquent: les positions de départ des protagonistes sont à cent lieues les unes les autres. Les quelques phrases sibyllines de Lionel Jospin sur les 35 heures ne suffiront pas à dégager, d'emblée, une position médiane entre la flexibilité réclamée par les uns, et la réduction du temps de travail sans perte de salaires, demandée par les autres. Voilà pourquoi la tenue de cette conférence, qu'un trop grand battage a annoncée, met le gouvernement au pied du mur. Elle sera le vrai premier test grandeur nature de l'unité du gouvernement, et de sa volonté de montrer clairement la voie. Pour assurer sa réussite, il ne faudra pas seulement la bonne volonté des uns et des autres. Il faudra de l'imagination, celle qui s'impose aux chiffres et aux prévisions économiques. Et il faudra de l'autorité. Celle qui fait qu'à un moment, la concertation, la négociation entre partenaires sociaux, cède la place à la décision et au choix de la politique.n M. C. |
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* Journaliste, anime l'émission hebdomadaire "Polémiques" sur France 2, a animé pour Regards à la fête de l'Humanité le débat entre plusieurs éditorialistes sur la rentrée politique . |