Regards Octobre 1997 - Points de vue

Le peuple sait qui tue

Par Khalida Messaoudi*


Remerciant les participants au ras- semblement de solidarité pour l'Algérie organisé à la fête de l'Humanité, Khalida Messaoudi, députée algérienne du RCD, a lancé cet appel.

 
" Merci de donner la parole au peuple algérien qui refuse de mourir égorgé. Les nouvelles d'Algérie ne sont pas bonnes. La population vivant notamment au centre d'Alger a vécu un véritable génocide. Nous lisons toujours, dans la presse européenne, souvent sous la plume de pseudo-spécialistes de l'Algérie, la question suivante: Qui tue? Je prends la responsabilité de dire, au nom des bébés décapités, au nom des femmes égorgées: ce sont les groupes islamistes armés! Ces massacres sont d'ailleurs revendiqués par ces groupes islamistes du FIS dont le chef est Abassi Madani. Je lance un appel fraternel à ceux qui se posent encore la question, peut-être de bonne foi. Chaque fois que vous ôtez la responsabilité aux assassins, vous enlevez en même temps leur qualité aux victime absolues, vous décrédibilisez l'Etat Algérien. Et je marque une différence entre l'Etat et le pouvoir. Notre lutte est très difficile car comment comprendre l'acharnement qui conduit a retirer un foetus de sa mère, face au père, à mettre un bébé dans un four ou à le couper en quatre? Ils veulent massacrer de la façon la plus barbare. Leur but est clair: semer la panique dans la population, la conduire à fuir, à déferler sur Alger afin de faire imploser la capitale. Le FIS vise à imposer un chaos afin de prendre le pouvoir, tout le pouvoir. Chers amis qui souhaitez nous aider, vous entendez appeler à une conférence internationale sur l'Algérie. Ce serait en fait une chance inespérée pour les assassins de femmes, de vieillards, de bébés. Ce serait nous faire admettre l'obligation de négocier avec les terroristes islamistes. Cela n'a pu être obtenu en Algérie à ce jour. Je vous le demande, ne soutenez pas ce projet contre les Algériens! Il est très difficile pour nous de garder notre sérénité, mais l'Algérie a les moyens de s'en sortir. Il y a eu des moments de panique après ces crimes terribles, on en aurait eu à moins. Mais ensuite, la peur a aussi enfanté le courage et la dignité. Les jeunes s'organisent. Même les enfants! Ils refusent à Abassi Madani le titre de sauveur. CAR LE PEUPLE SAIT QUI TUE! Abassi Madani doit être jugé par un tribunal international pour les crimes dont il est responsable. Les Algériens refusent qu'il soit lavé de ses crimes. Si nous n'avons nul besoin d'une conférence internationale, en revanche, nous souhaitons tout votre soutien pour les jeunes, pour les femmes, pour les travailleurs qui se battent tous les jours en Algérie. L'Algérie n'est pas Kaboul, ni Karthoum. L'Algérie ne sera jamais Téhéran! Nous avons les moyens de nous battre. Les massacres durent depuis six mois et Abassi Madani a osé déclarer qu'il pourrait les faire cesser. Cela signifie d'abord qu'il reconnaît sa responsabilité pour les assassinats perpétrés par centaines puisqu'il ne l'a pas fait depuis sa libération. Est-ce un hasard si dès le lendemain, à Paris, Rome et ailleurs des voix se sont élevées pour le désigner comme l'homme de la paix et pour proposer une conférence internationale? Je le répète, ce n'est pas de cela dont nous avons besoin mais, de votre aide pour desserrer l'étau autour des démocrates algériens. Il faut cesser de dire qu'il n'y a en Algérie que l'Etat et le FIS. Il y a une autre voie. Elle est très difficile mais c'est la seule. Les jeunes, les femmes, les travailleurs ont leurs associations. Les organisations politiques démocratiques existent. Ils ont besoin de vous."

 


* Députée algérienne du RCD.

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