Regards Octobre 1997 - Edito

Appel à responsabilité non limitée

Par Henri Malberg


Il y a dans ce pays les moyens humains, matériels et financiers d'une politique nouvelle. Et il y a des énergies qui cherchent à s'exprimer. Mobiliser ces énergies est probablement le moyen essentiel d'avancer. L'Education nationale annonce qu'il y a 40 000 emplois jeunes de bacheliers à pourvoir et 153 000 se présentent. Le pape vient à Paris et troque son langage ultra-conservateur contre un " Vivez debout " et une masse immense de jeunes déferle. L'épiscopat institutionnel ne les attendait pas. Une mesure gouvernementale qui met le doigt dans la privatisation des télécoms provoque une pétition de la fédération postale CGT et un référendum du syndicat Sud PTT. Des dizaines de milliers de réponses. A la Fête de l'Humanité, 200 débats de tous ordres sollicitent la foule. Partout, beaucoup de monde, beaucoup d'intérêt, beaucoup de passion, y compris entre communistes. Et comment ne pas rappeler que des réunions dans tout le pays organisées en quelques heures par le Parti communiste pour décider de sa participation ou non au gouvernement ont rassemblé soixante mille personnes en juin. Forum démocratique improvisé, le plus important de l'existence du Parti communiste. En juin dernier, une " réunion citoyenne " à Paris débouche sur la volonté d'une grande réplique au rassemblement du Front national de la fin septembre. Boule de neige. Quarante organisations se réunissent en plein mois d'août et c'est le grand rassemblement de la République à la Bastille du 27 septembre. On pourrait continuer. Oui, comment donner l'occasion de se manifester aux énergies et intelligences qui se cherchent, partout où des gens travaillent et habitent, dans la grande entreprise comme dans le moindre village. C'est ce qu'il y a en germe dans l'appel du Parti communiste à créer dans tout le pays des " espaces citoyens ".

 
Toutes les questions se posent en même temps

Des questions politiques de grande portée. Par exemple, qu'en est-il de ce réalisme de gauche, de cette notion d'équilibre dont le premier ministre Lionel Jospin fait le levier de son action ? Le réalisme est une notion positive. Est-ce " partir du réel pour changer les choses " ou " rendre flexibles les promesses " comme l'écrit Serge July dans Libération, qui croit voir Tony Blair et Lionel Jospin converger à vive allure. Perspective à décevoir. Et puis, qu'en est-il du Parti communiste et de sa participation au gouvernement ? Sylviane Ainardi, dans ce numéro, traite la question en disant que les communistes ont fait le choix d'aller au gouvernement pour contribuer à ce que soit répondu aux espérances et aux engagements. Leur contribution critique, leurs propositions, leur parler vrai sont essentiels à la réussite. Et les privatisations ? Comment défendre de manière intraitable l'immense acquis des services publics contre les pressions européennes et internationales pour faire sauter " ce mauvais exemple " aux yeux du capital sans contourner les réponses aux problèmes posés par le monde réel, la mondialisation dans ses dimensions objectives ? Et l'Europe, cet enjeu majeur... Chacun a très bien entendu comment, au nom du Parti communiste, Robert Hue à la fête de l'Humanité, a déclaré: " Les Français ont dit clairement qu'ils voulaient une autre politique. On ne peut admettre que cette autre politique soit contrariée, limitée, voire empêchée pour respecter des décisions prises, à l'échelle de l'Europe, sans que notre peuple soit pleinement informé de leurs conséquences et sans qu'il puisse s'exprimer." Aucune de ces questions ne se réglera en vase clos. Elles se régleront si, un peu partout, on a l'audace de se dire: " Allez, on se met en tas, on parle, on n'est pas plus bête que les experts et on regarde ce qu'on fait ensemble." Seul un mouvement citoyen puissant et durable peut relever les défis actuels et amorcer une dynamique sociale et politique. Elle ne serait pas possible ? Alors, le plus probable, c'est que les forces mobilisées de la droite, du patronat et des technocraties, qui hantent les cabinets ministériels, finiront par avoir raison, même des plus sincères velléités de changement. Les communistes font le pari inverse. La France d'aujourd'hui vit une expérience inouïe, un gouvernement de gauche avec des communistes, au coeur de l'Europe. Chaque jour apporte son encouragement et son lot de préoccupations. La contradiction est dans la situation elle-même et dans la politique du gouvernement, pris entre des forces diverses. La sortie de la contradiction est à l'avant pour frayer un chemin vers les changements nécessaires pour répondre aux aspirations du pays.

 
Invitation à se mêler de tout

Espaces citoyens, c'est une invitation à tous ceux qui veulent parler, agir, intervenir. Il est évident que, alors que les Français - un sur deux - trouvent que " pour l'instant ça va " et, parmi eux, la grande majorité des électeurs de gauche, nombreux sont les communistes, les socialistes, les Verts, les syndicalistes et militants associatifs, et des citoyens, qui n'ont aucune envie de se contenter de ce " pour l'instant ça va ". Leur rôle est essentiel. Un mouvement social s'ébauche. Tant mieux. Qu'il grandisse, c'est le meilleur service qu'on puisse rendre au pouvoir de gauche pour équilibrer l'énorme pression du patronat et de la technocratie pro-européenne qui colle à la peau du pouvoir sous la forme idéologique des fameuses contraintes. Mais il faut aussi une dynamique politique. Si, ici et maintenant, dans cent endroits de France, des milliers peut-être, un tel mouvement s'enclenchait, alors cela pourrait devenir une force irrésistible. La poursuite de l'effort communiste de renouvellement, de mutation est une condition nécessaire à son intervention. Le lecteur de Regards lira avec attention l'article de Francette Lazard, à propos de la notion de propriété des moyens de production dans son évolution jusqu'à aujourd'hui. Et celle de Francis Cohen qui appelle à continuer à réfléchir à l'histoire du Parti communiste et à rouvrir partout le dialogue avec tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont été, hélas, " poussés dehors ". Tout se tient et tout bouge. En chassant la droite du pouvoir en juin, le peuple de France a enclenché une situation nouvelle qui oblige tout le monde à se mettre au niveau du défi.

Comme nombre de lecteurs l'ont appris par la presse, Michel Laurent vient d'être élu secrétaire de la Fédération communiste de Seine-Saint-Denis. Michel est l'un des fondateurs de Regards. Le succès du journal, la rénovation de son siège, la création de l'Espace Regards et le contenu du journal, puisqu'il était depuis quelques mois le directeur de la rédaction, lui doivent beaucoup. Il a beaucoup contribué à l'ambiance amicale qui règne dans notre équipe. Il va continuer à nous aider. Jacques Perreux, 44 ans, qui fut secrétaire national des Jeunesses communistes et actuel dirigeant fédéral dans le Val-de-Marne, rejoint notre équipe comme directeur de la rédaction. Nous le recevons avec amitié. Il va mettre des qualités certaines au service du journal. Et un regard neuf.

 


1. Meymac (19250), Abbaye Saint-André, jusqu'au 20 octobre.Tél: 05 55 95 23 30.

2. Paris (75008), Galerie Carré, 10 avenue de Messine, jusqu'au 31 octobre.Tél: 01 45 62 57 07.

3. Cueco, dessins, texte de Marie-José Mondzain, éditions du Cercle d'Art, 1997, 200 p., 300 illustrations, 390 F.

retour