|
Eclairage école
Par Bernard Marazanof * |
|
|
|
Le débat sur l'utilité de ce qu'on a appelé, faute de mieux, les " sciences de l'éducation " ne date pas d'aujourd'hui...
Ces fameuses sciences - qui ne sont pas toutes scientifiques - existent bel et bien.
Avant d'en faire l'éloge, marquons quand même leurs limites, c'est-à-dire les limites des applications pédagogiques directes qu'on pourrait en espérer.
Une anecdote personnelle permettra de le faire.
Envoyé dans une ZEP difficile (mais en est-il de faciles ?) pour y animer un stage, je me trouve devant un groupe d'enseignantes fatiguées et démotivées; une expérience de terrain avec des élèves d'une classe particulièrement perturbée montre que les conditions d'enseignement sont vraiment dures.
On me demande: " Vous qui traînez vos guêtres du côté de l'INRP et qui lisez les rapports de recherches du CNRS, vous avez bien une solution à nous apporter ? " Je dus avouer que je ne pouvais tirer de mon chapeau LA solution qui permettrait de résoudre tous les maux pédagogiques.
|
|
Un projet fort porté par un maître à l'autorité incontestée
Etaient-ils pédagogiques ? Les solutions étaient-elles seulement pédagogiques ? Bien sûr que non... Les très dures conditions de vie des parents et des enfants de cette grande cité écrasaient d'un poids terrible l'horizon pédagogique de ces classes. Etait-il possible d'y développer une sereine et tranquille pédagogie ? Comment étaient perçus l'obligation scolaire, les programmes ? Comment s'y déroulaient les apprentissages ? Dans le groupe scolaire voisin, un maître réussissait, me dit-on. Je m'informai, demandai à participer à la vie de sa classe. Je me rendis rapidement compte que sa pédagogie était nettement " directive "; nous étions assez loin de ce que j'imaginais être le tranquille déroulement d'une classe " Freinet " (1) à l'époque de Freinet. N'en restait que l'existence d'un projet fort. C'est ce qui donnait un sens aux apprentissages que les enfants réalisaient. Ce projet était porté par la personnalité d'un maître à l'autorité incontestée, et c'est à ce prix que la classe tournait...
|
|
Pour une technique " de l'effort accompagné "
Ce maître avait donc trouvé le secret des apprentissages réussis. Mais quel secret ? La réponse n'est pas facile. La variété des situations et la multiplicité des paramètres semblent défier tout effort de rationalisation. Pourtant nous en savons un peu plus depuis quelques décennies. Les recherches sous l'égide de la psychologie cognitive ont éclairé des voies obscures. Leur apport est désormais incontournable dans le domaine de l'acquisition de l'écriture. Ou, plutôt, sur la façon dont les enfants se construisent une représentation - de plus en plus adéquate - du fonctionnement de la langue écrite, du code de l'écrit. Nous sommes là dans la rubrique des apprentissages fondamentaux: des compétences et savoir-faire que l'enfant construit découlera son aptitude de lecteur ainsi que son savoir scriptural. Initiées par Piaget, les recherches en ce domaine ont été continuées par Emilia Ferreiro, au Mexique, puis par bon nombre de chercheurs français (Jean-Pierre Jaffré, Jacques Fijalkow, Roland Goigoux, etc.). Un enseignant dans un cours préparatoire, par exemple, ne peut en faire l'économie. Quelle est la validité de l'expression " se construire des savoirs " ? L'enfant se construirait lui-même en somme, par l'opération du Saint-Esprit de la pédagogie ? Certes, non. Si l'enseignant ressemble à un apprenti sorcier, auquel sa " créature " finit par échapper complètement - il est souhaitable qu'il en soit finalement ainsi - il n'est pas le docteur Frankenstein, il ne met pas sur pied l'enfant pour le laisser ensuite vaciller et s'écrouler. Dans cet apprentissage, l'enfant a besoin de se frotter à la réalité, c'est-à-dire à la résistance de l'écrit, mais, pour une très large part, les occasions lui en sont fournies, les matériaux lui en sont proposés, les opportunités données.n B. M. |
|
* Professeur, enseigne le français à l'IUFM de Créteil. 1. Voir Regards n° 17, octobre 1996.
|