|
Politique
Par Francis Cohen |
|
|
|
La rencontre entre Robert Hue et Maurice Kriegel-Valrimont en juin dernier a été un acte politique démonstratif et remarqué.
Mais a-t-il eu des suites ? Une hirondelle, si belle soit-elle, ne fait pas le printemps.
C'est dès son élection au poste de secrétaire national, dans son discours de clôture du 28e Congrès, que Robert Hue a tenu à regretter publiquement les " mises à l'écart " de militants.
Près de deux ans plus tard, dans son livre Communisme: la mutation, il écrivait amèrement qu'" aucun geste ne peut rattraper " le " formidable gâchis " que représentent ces exclusions.
Certes.
Mais voici pourtant qu'il fait un geste.
Beaucoup, et pas seulement des intellectuels - tant s'en faut -, restent aux portes du parti, hésitent à y revenir ou à y venir, regardent ses efforts de changement avec sympathie, mais ils se méfient.
A juste titre, ils veulent juger sur pièces.
C'est vrai, il est tard, beaucoup de nos victimes sont mortes ou parties trop loin.
Mais quelles preuves avons-nous données que nous avons analysé les causes profondes de ce gâchis que nous avons créé (et quand je dis " nous " je m'inclus), de ce " stalinisme " que nous ne cessons de condamner sans vraiment aller au bout de son examen ?
Et puis. Je n'ai pas entendu dire que, depuis que la question est posée, quelqu'un ait été trouver un exclu en lui présentant nos excuses et en se demandant avec lui quoi faire ensemble. Je sais que plusieurs (combien ?) attendaient cette démarche. J'ajoute qu'il ne s'agit pas seulement des exclus ou des " écartés " des années 50. Depuis un certain temps, il n'y a plus eu, paraît-il, d'exclusions pour des raisons politiques. Bon. Mais combien de cellules ont " omis " de remettre leur carte à des " contestataires ", des " opposants " ? Combien en a-t-on considérés comme " s'étant mis eux-mêmes en dehors du parti " ? Combien a-t-on dégoûté en les accusant, en ne leur confiant aucune responsabilité ? Peut-on dire que ces pratiques ont totalement disparu ? Que faut-il faire ? Une enquête systématique sur les causes, les méthodes, les effets des procès intérieurs, des " affaires ", en les replaçant dans leur cadre, la situation politique et les luttes de l'époque. C'est l'affaire des historiens, communistes ou non. Auxquels le parti doit procurer tous les moyens en sa possession - ce qui est en cours avec le rassemblement, le classement et l'ouverture des archives. Mais il y faut aussi une démarche politique, une appréciation critique, un retour sur soi, nécessaire pour donner confiance et surtout pour aller de l'avant. Parce que ce qui est en cause c'est cette fameuse identité communiste. Qu'en était-il de Marty, de Tillon, de Casanova, de Servin, du " groupe " Barbé-Célor, des centaines (je suis modeste) d'anonymes dont chacun est un cas particulier mais dont le sort procède de principes et de pratiques politiques que nous avons intérêt à éclaircir ?Et ça, c'est l'affaire du parti. J'insiste. Peut-être pour ceux qui viennent à nous maintenant cela peut paraître de l'histoire ancienne. Or, rien ne peut être passé par profits et pertes d'une histoire qui a fait du parti ce qu'il est. En bien comme en mal. En mal comme en bien. Ne laissons pas de zones d'ombres. La franchise conditionne la confiance. Et maintenant ? Faut-il proposer aux survivants la réadhésion: " Revenez, on ne vous tiendra pas rigueur de ce que nous vous avons fait ", comme écrivait quelqu'un ? Beaucoup, d'ailleurs, sont revenus discrètement. On ne va pas non plus susciter une sorte d'amicale des exclus retrouvés ! C'est à discuter cas par cas avec les intéressés. Et c'est le même problème qu'avec tous ceux qui se rapprochent de nous - parce que nous nous rapprochons d'eux. Nous les invitons, leur ouvrons les colonnes de notre presse. Mais est-ce que nous n'avons pas tendance à plus retenir de ce qu'ils nous disent ce qui converge avec nos positions que leurs conseils ou leurs critiques (polies, souvent implicites) ? Or, la leçon de toutes ces histoires, c'est que " les autres " ont bien souvent eu raison avant nous. Donc, il y a du chemin à faire jusqu'au printemps. Il faut le faire. |
|
* Ont participé au débat: Jean-François Kahn, directeur de Marianne, Ricardo Montserrat, écrivain, Viviane Forrester, écrivain, Bertrand Tavernier, cinéaste, Jean-Paul Jouary, philosophe, Bernard Vasseur, membre du Bureau national du PCF, Jean-Charles Eleb, producteur audiovisuel. |