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Le tableau noir et la toile. Paysage de rentrée Par Pierre Courcelles |
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On se souvient du plan " Informatique pour tous " des années 1980: l'équipement des écoles en ordinateurs coûta autour de 20 milliards de francs pour un résultat quasiment nul, la France continuant d'être en queue de peloton des pays industrialisés.
Aujourd'hui, ce n'est pas seulement des ordinateurs qu'il faut faire entrer dans le circuit scolaire, mais aussi le multimédia et la connexion à l'Internet via modem et ligne téléphonique (ou câble).
Tout ou presque reste à faire, même si l'Education nationale n'ignore pas les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (Les NTIC) et les usages pédagogiques qui peuvent en être faits.
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Un réseau pédagogique expérimental
Il existe même au sein du ministère une Direction de l'information scientifique, des technologies nouvelles et des bibliothèques (la DISTNB) qui se préoccupe des questions soulevées par ces technologies, de même que le Centre national de documentation pédagogique (le CNDP). Le directeur de la DISTNB déclarait il y a quelques mois: " Actuellement, environ 10% des lycées et collèges et quatre cents écoles sont en réseau; toutefois la situation est très variable selon les académies. L'objectif du ministère est de connecter la totalité des établissements secondaire dans un délai de trois ans et de permettre progressivement l'accès au réseau des écoles primaires " (1). C'est au cours de l'année scolaire 1994-1995 que fut lancée la premières phase expérimentale du réseau pédagogique des établissements scolaires et écoles, s'appuyant sur le Réseau national des télécommunications pour la Technologie, l'Enseignement et la Recherche (RENATER) et rassemblant au départ 8 académies sur 28. En parallèle, des expériences sont conduites, souvent sur initiative individuelle, notamment dans le Vercors, à Villars-de-Lans, à Piquecos dans le Quercy ou encore à Villejuif à l'école maternelle Joliot-Curie où, grâce à un ordinateur offert par Apple, les 3-4 ans savent écrire avant de savoir lire... Actions pionnières. Quasiment trois ans après le démarrage de l'expérience de Villars-de-Lans, en décembre 1994, on peut dire qu'on en est à une phase où dominent encore expérimentation et observation; en tout cas, loin d'un pays comme la Finlande qui, en 1996, avait connecté à Internet 60% de ses écoles. Les conseils, déclarations et rapports n'ont pourtant pas manqué. Début février, à la sortie du Palais de l'Elysée, Michel Serres déclarait qu'il était venu " prêcher et essayer de convertir le président de la République à l'enseignement à distance [...] l'enseignement par les tuyaux et le multimédia ". Quelques jours plus tard, c'était Bill Gates en personne qui soulignait devant le chef de l'Etat l'importance de l'équipement informatique des établissements scolaires. C'était Jacques Chirac lui-même qui, le 10 mars à la télévision, déclare: " Je veux qu'en l'an 2000, c'est-à-dire dans trois ans, tous les établissements secondaires soient connectés au réseau. Et ça le sera." Suivi d' Alain Juppé, le 10 avril, à Auch, lors du Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT): " D'ici l'an 2 000, il faut faire en sorte que plus aucun jeune ne quitte le système éducatif sans savoir utiliser un micro-ordinateur, un traitement de texte, un tableur, une messagerie électronique et sans savoir rechercher des informations sur les réseaux."
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Quand l'école en prend de la graine
Rendu public le 10 juin, le rapport commandé par Alain Juppé au sénateur Alain Gérard: " Réseaux et multimédia dans l'éducation " énonce quant à lui, " 32 propositions pour une bonne intégration des technologies de l'information et de la communication dans l'éducation ". Les industriels de l'informatique et des réseaux ne restaient pas dans l'attente de jours meilleurs. Dès septembre 1996, Apple et le secrétariat général de l'Enseignement catholique signaient un accord de partenariat pour l'équipement en Macintosh et la mise en réseau pour l'an 2 000 de leurs 10 000 établissements scolaires. De son côté, en mars de cette année, Microsoft et Hewlett-Packard lançaient l'opération " Graine de multimédia " dans onze écoles primaires françaises où les classes de CM1 et CM2 étaient dotées de 8 PC multimédia mis en réseau, le tout piloté par un comité pédagogique, avec des enseignants ayant reçu deux jours de formation.
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Tous sur le Net, et que ça saute !
Par ailleurs, cinq industriels, dont Siemens Nixdorf et Sun Microsystems ont créé l'association " Netday " (Le jour du Net) et lancé l'idée d'une opération intitulée " Les 24 heures du Web ", la mise en réseau de 50 établissements scolaires français pour trois ou quatre fois moins cher que le prix marché. Une autre association "L'initiative Internet française", propose d'organiser une "Fête du Net" d'ici à la fin de l'année. Et la Commission européenne a programmé des " Netdays " du 18 au 25 octobre dans les écoles, collèges et lycées européens déjà connectés. Lionel Jospin s'est attaché les services d'un "Conseiller technique chargé des technologies et de la société de l'information", Jean-Noël Tronc. Deux ministres ont directement en charge les questions des NTIC, Dominique Strauss-Kahn de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et son secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie (et des Télécommunications), Claude Allègre de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie - et, sans oublier, Catherine Trautmann en charge de la Culture et des Communications... Tous, d'une manière ou d'une autre, ont souscrit au constat du retard de la France. Ne manque plus que la volonté politique pour affecter les budgets nécessaires au développement du multimédia dans l'enseignement français. |
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1. Selon le journal les Echos du 19/3/97, l'informatisation des établissements français est faible: 540 000 PC installés pour 55 000 établissements scolaires (hors maternelles).La Grande-Bretagne, qui compte deux fois moins d'établissements, comptabilise 950 000 PC, soit 30 micro-ordinateurs par établissement, contre 10 en France. |