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Israel-Palestine
Par Agnes Pavlowski |
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Entretien avec Amnon Kapeliouk* |
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Le processus de paix israélo-palestinien ne tient qu'à un fil.
La politique de la droite israélienne menée par le premier ministre Benjamin Netanyahu, conforté par les Etats-Unis, conduit au bord de la rupture.
Pourtant la construction de la paix demeure un objectif réaliste.
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Quel est l'état d'esprit de l'opinion israélienne vis à vis du processus de paix ?
Amnon Kapéliouk: Il y avait beaucoup d'espoir lors de la signature de l'accord de principes, en septembre 1993, entre Israël et l'OLP. Une dynamique de paix s'instaurait. Elle a tenu bon jusqu'à l'assassinat de Rabin, en novembre 1995. Des indices prouvaient que la population approuvait généralement cette voie en dépit des attentats du Hamas et du Djihad islamique. Six mois après l'assassinat de Yitzhak Rabin, tout a été bouleversé lorsque la droite nationaliste a pris le pouvoir, à l'occasion des élections anticipées. Rien ne va plus. Comme le souhaitaient ceux qui tiennent aujourd'hui les commandes du pays, la dynamique est sapée. A présent, la conflagration au Proche-Orient est possible. Benjamin Netanyahu a gagné les élections en répétant inlassablement qu'avec lui, ce serait " la paix dans la sécurité ", et surtout, la fin des attentats. Mais déjà, celui du café " A propos ", à Tel Aviv en avril 1997 a montré qu'en l'absence de progrès dans les négociations, la sécurité n'est pas assurée. Celui du marché de Jérusalem, fin juillet, l'a prouvé mieux encore. Les Israéliens ont constaté que les slogans du premier ministre ne sont pas crédibles. Celui-ci n'a pas hésité à affirmer après le dernier attentat que les terroristes agissent quelle que soit la politique adoptée par Israël. Cependant, lorsqu'il se trouvait dans l'opposition, il imputait les attentats aux accords d'Oslo. D'ailleurs, à la fin de l'époque de Rabin, durant quelques mois, on a noté une trêve dans les attentats. Puis, l'exécution de Yahya Ayyache, chef de la branche armée du Hamas, par le gouvernement Perès, en janvier 1996 a entraîné une nouvelle vague d'attentats meurtriers en Israël. Ce fut le point de départ de la conquête du pouvoir par la droite nationaliste. Le programme de Netanyahu n'a rien à voir avec la paix. Il veut continuer l'occupation tout en assurant la sécurité d'Israël. C'est impossible, c'est absurde. C'est incompatible. Le premier ministre est en perte d'influence dans l'opinion israélienne. Selon les sondages, plus de la moitié de la population n'appuie pas sa politique.
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Irait-il jusqu'à ramener l'armée dans les territoires autonomes ?
Amnon Kapéliouk: Tout est possible avec Netanyahu. Au cours d'une interview, j'ai demandé à Arafat ce qui se passerait si de telles menaces passaient à exécution. Sa réponse a été très lapidaire: " Et qu'y aura-t-il après ? " En effet, ce sera l'explosion générale. La communauté internationale condamnera Israël. Le gouvernement de Netanyahu conduit une politique myope par rapport aux Palestiniens. C'est la poignée de main entre Arafat et Rabin en septembre 1993 qui a ouvert les portes des pays arabes et musulmans à Israël. Par exemple, le roi Hussein désirait depuis longtemps mais n'osait pas signer la paix avec Israël. C'est bien grâce aux accords d'Oslo que les rapports entre Israël et le monde arabe et musulman ont évolué favorablement.
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Que peut-on attendre des Etats-Unis, parrains du processus de paix ?
Amnon Kapéliouk: Pas grand chose. La Maison Blanche qui persiste dans sa partialité sait pourtant que si elle maintient le cap, elle perdra la face dans le monde arabe et ailleurs. Elle dit être hostile à la colonisation des territoires occupés, néanmoins elle la permet. Ainsi, si les Etats-Unis ont désapprouvé la dernière implantation israélienne à Jérusalem-Est, ils ont refusé de la condamner, au Conseil de sécurité, en opposant leur veto. Et pour notre malchance, notre planète n'est plus bipolaire.
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Les pays arabes sont-ils susceptibles d'être acceptés par les deux parties comme médiateurs ?
Amnon Kapéliouk: Sur la scène arabe, l'unité autour des Palestiniens est très solide. Elle est d'autant plus remarquable de la part de la Jordanie et de l'Egypte qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël. Ces pays travaillent à rapprocher les deux protagonistes tout en réprouvant, parfois par des propos sévères, la politique de Netanyahu.
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Le Parti travailliste a un nouveau dirigeant en la personne d'Ehud Barak.
Cela change-t-il la donne ?
Amnon Kapéliouk: Ehud Barak, comme travailliste, se déclare fidèle aux accords d'Oslo. Pourtant, il n'a pas présenté un plan précis pour une solution définitive du conflit israélo-palestinien. Il donne une impression de flou. Ainsi, au lendemain de l'attentat sur le marché de Jérusalem, il aurait dû s'en prendre à la politique de Netanyahu qui en est en partie responsable. Cependant, il est trop tôt pour le juger. Il est vrai qu'en Israël, il est aisé de dresser l'opinion contre celui qui serait en faveur d'un règlement de compromis acceptable avec le monde arabe. Il ne faut pas oublier que Y. Rabin a été traité de traître, et que Netanyahu a participé à la campagne qui a conduit son assassin à tirer.
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Les pacifistes israéliens de différentes sensibilités apparaissent peu en de telles circonstances.
Amnon Kapéliouk: Ils ne sont pas nombreux. Je constate tout de même une évolution. Le mouvement " La paix maintenant " a rédigé un nouveau programme qui se prononce pour la création de deux Etats dont la capitale serait Jérusalem, l'Ouest pour Israël, l'Est pour la Palestine. C'est une position très avancée que la majorité palestinienne peut faire sienne mais que l'Israélien moyen n'admettra qu'avec le temps. L'erreur des travaillistes au pouvoir a été de ne pas entamer dans la foulée de la signature des accords d'Oslo, une campagne d'information montrant que c'est la seule alternative pour éloigner toute menace de guerre et parvenir à la paix. Outre les attaques virulentes de la droite, peut-être étaient-ils en proie au doute. S'ils souhaitent revenir au pouvoir, les travaillistes doivent avoir un projet clair, juste et global pour résoudre le conflit israélo-palestinien.
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Arafat a été élu président de l'Autorité palestinienne avec une majorité conséquente.
Comment appréciez-vous son crédit auprès des Palestiniens eu égard à l'impasse dans lequel se trouve le processus de paix, aux violations des droits de l'Homme auxquelles se livrent certains de ses subordonnés, et aux révélations de corruption dans son entourage ?
Amnon Kapéliouk: Les Palestiniens restent attachés au processus de paix, en dépit de leurs souffrances issues de l'attitude du gouvernement israélien. Ils n'imaginaient pas que cet Etat n'honorerait pas sa signature sur un accord de caractère international. Lors de mes conversations avec des Palestiniens de toutes origines politiques et sociales, dans les territoires occupés et autonomes, j'ai constaté que, d'une part, pour la quasi-totalité de la population, il n'y avait pas d'alternative à la paix et, d'autre part, Arafat symbolisait le processus de paix. J'ai remarqué que c'était précisément dans les heures de crises, depuis l'arrivée au pouvoir de Netanyahu, que le soutien à l'Autorité palestinienne et à son président s'intensifiait. La droite israélienne tente tout pour humilier Arafat et saper ainsi le soutien des siens. Mais elle échoue. Certes, parmi les Palestiniens, des débats ont lieu. Des griefs s'expriment, portant sur la gestion, les finances. Le conseil législatif consacre à ces questions des sessions et, parfois, sanctionne le pouvoir. Mais la politique arbitraire de Netanyahu soude l'unité palestinienne. Sans l'appui de son peuple, l'Autorité palestinienne ne pourrait faire face aux énormes et terribles pressions d'Israël. Pour ma part, je crois qu'il n'y a pas d'autre alternative que de sauver le processus de paix malgré ses failles et aller de l'avant. Sans cela, l'extrémisme l'emportera et le processus de paix s'envolera en fumée. |
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* Journaliste, Jérusalem, collaborateur du Monde diplomatique et du quotidien populaire israélien Yédiot Aharonot.Auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit israélo-arabe dont le dernier paru est: Rabin, un assassinat politique, publié aux Éditions le Monde en 1996. |