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La sculpture, art originaire Par Pierre Barbancey |
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Voir aussi Combas, l'homme qui dévorait les images |
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Le travail de la pierre a précédé l'art pariétal.
La Vénus de Brassempouy est antérieure à Lascaux.
Les peintres modernes ont quasiment tous essayé leur talent à la sculpture.
Exposé à la Fondation Maeght.
Loin des conformismes, explorant toujours plus avant les strates de l'art contemporain, Jean-Louis Prat, directeur de la Fondation Maeght à Saint-Paul, n'en finit pas d'interroger les oeuvres, les parcours des plasticiens de notre siècle. Au fil des ans, se dessine ainsi un chemin ou, plus exactement, émerge une voie originale tracée dans le souple carcan de l'invention. De là naît une compréhension nouvelle. Fallait-il pour autant aller y voir au bout du pinceau ou de la spatule ? Qui aurait jamais osé détourner le regard du peintre pour le confronter à sa virtuelle troisième dimension ? Enjeu de taille, si l'on veut bien considérer, depuis Rodin, la dynamique plastique de la sculpture (1)." La sculpture n'autorise pas le repentir, l'humilité est une nécessité absolue. Elle peut être une pratique épisodique, mais elle est toujours une pratique fatidique ", note Jean-Louis Prat. Travail ingrat, peut-être plus physique que la peinture, la sculpture est une source de recherche pour les plasticiens. Certains même réfutent la dichotomie. Picasso disait ainsi: " Qu'est-ce que la sculpture ? Qu'est-ce que la peinture ? On se cramponne toujours à des idées vieillottes, à des définitions périmées, comme si le rôle de l'artiste n'était pas précisément d'en donner de nouvelles." (2) On peut sourire lorsqu'on songe à un Pablo faisant de rien, tout, modelant un bronze, le fameux Verre d'absinthe (1914), prétexte à épanouir une réalité. Evidemment, tous n'ont pas la même résolution dans cet affrontement avec la matière. Certains, comme Degas (Etude de nu pour la petite danseuse de quatorze ans, 1878-1880), y voient une confirmation de l'oeuvre peinte. D'autres, à l'instar de Gauguin (Tête avec cornes, 1895-1897), trouvent dans des contrées lointaines une écriture sur bois apte à retranscrire leur langage. Langage !
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Dans une embrassade comme l'amour
C'est sans doute la clé qui, de Kirchner (Stehende, entstanden, 1912) à Lüpertz (Frau mit Spiegel, 1993), en passant par Matisse (la série des Jeannette) et Miro (Femme, 1970), Fautrier (Grand nu debout, 1928), Giacometti (Femme de Venise I, 1956) et Dubuffet (Monument au fantôme, 1969-1971), ouvre les portes de ces chambres aux cloisons multiples.si les peintres interrogent le matériau brut pour sonder leurs aplats, la résonance devient raisonance. D'outil, la sculpture se transforme en objet. Elle acquiert une vie propre, ce dont témoigne Max Ernst: " La sculpture se fait dans une embrassade à deux mains, comme l'amour." On pense immédiatement à l'Aragon du Con d'Irène et à ses " deux pouces caresseurs "... Au-delà, comment ne pas voir dans le travail sculpté d'un Baselitz, confronté à ses têtes retournées peintes, l'impossibilité d'exorciser le bois ciselé si ce n'est à grand coup de hachures sur un visage qui voit le monde à l'endroit ? Dans cette si belle accumulation, il serait dommageable d'en oublier l'impression visuelle et surtout tactile. Déjà noté en son temps par Baudelaire, la sculpture, par delà tout témoignage, incite au contact physique. Mais l'art n'est-il pas un médium du rapprochement des êtres ? |
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1. Fondation Maeght, jusqu'au 19 octobre.Catalogue 320 pages, La sculpture des peintres, texte de Jean-Louis Prat. 2. Cité dans le catalogue.Extrait de Conversations avec Picasso par Brassaï, Gallimard, Paris, 1964.
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Combas, l'homme qui dévorait les images
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André Breton aimait à parler des " aigrettes de sueur sur les tempes " pour marquer la montée de ses sentiments devant une toile.
Les peintures de Robert Combas déclenchent avant toute chose le sourire, voire le rire.
C'est que l'artiste sétois manie la dérision et l'insolence avec une grâce enfantine.
Il joue avec les formes, enserre les couleurs dans de gros traits noirs, charge et surcharge ses motifs.
Il y a assurément un côté espagnol dans ce besoin d'accumuler.
Enfant du dessin animé et de la publicité, Robert Combas vit dans un scénario permanent, détourne à son profit sa culture de base et ne craint pas être iconoclaste.
Il a d'ailleurs réalisé deux toiles directement inspirées de Francis Bacon, intitulées précisément Cardinal Velascul de Vélasquez via Francis Bacon et Cardinal Qu'ez ou caisse ? On peut les voir à La Seyne-sur-Mer (Var) à l'occasion d'une exposition rétrospective, " Diou mé damné ! Macarel ! ".
A quarante ans, Combas a déjà produit une oeuvre conséquente.
L'homme est prolixe et plonge sans retenue dans un monde dominé par le sexe et le délire, s'impose un commentaire pour accompagner ses tableaux comme pour Salomone la femme juive et son serviteur qui " ne pouvait pas s'empêcher de lui mettre les doigts au cul pendant qu'il la baisait ".
C'est du Lichtenstein revisité après avoir absorbé du peyotl.
Ce parcours, commencé au milieu des années soixante-dix avec des Mickey découpés, s'est étoffé pour offrir aujourd'hui un véritable labyrinthe où se perdent les sens.
Un ruissellement continu qui débouche sur les Tatouages académiques, autre manière pour Combas de dévorer les images qui passent à sa portée.n P.
B.
" Diou mé damné ! Macarel ! ", Villa Tamaris." Coquin de sort, ça continue ", Galerie d'Art contemporain.
La Tête d'obsidienne.
La Seyne-sur-Mer.
Jusqu'au 7 septembre.
Catalogues.
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