Regards Juillet-Août 1997 - Supplément

BLANC
Des écrivains à ciel ouvert


L'Ouest est leur terrain de jeu favori. On les surnomme les " mavericks " (les désaxés, les fêlés)." Ils " ont, pour la plupart, exercé trente-six métiers avant de se coller derrière une machine à écrire. Ce sont les petits-enfants de Mark Twain, Jack London, James Curwood; les enfants de Edward Abbey, Henri David Thoreau, et Edward Hoagland. En tous cas, les cousins de Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Souvent portés sur la dive bouteille, leur aspect bourru, au premier abord, cache une sensibilité à fleur de peau." Ils " sont écrivains et habitent presque tous dans un rayon de 100 km, autour de Missoula (Montana), un bled paumé de 50 000 habitants. Tout a commencé avec le poète Richard Hugo (1), mort en 1982, qui prit la tête d'un atelier d'écriture à l'Université de Missoula en 1964. Il eut James Welsh, James Crumley et William Kittredge pour disciples. La " working class " de l'Ouest va enfin prendre la parole, face aux intellectuels de l'Est riche et puissant. Les " rednecks " (péquenots, " cul-terreux ") relèvent la tête et s'expriment: " L'Ouest, un pays où l'on va pour voir la lumière ", dit justement James Crumley, considéré comme auteur de Roman Noir, mais qui passe son temps à vagabonder entre les montagnes gigantesques, et à vanter les mérites des grands espaces. Tout comme Jim Harrison (Légendes d'automne se déroulait dans le Montana), parrain éloigné (il vit dans le Michigan), mais ami très proche de Thomas McGuane (2), non seulement par l'âge, mais par leur thématique. La nature (" sauvage ") devient un personnage romanesque à part entière, dans la grande tradition du " wilderness " (intraduisible en français), cher à Joseph Conrad. Appelons ça l'Appel de la forêt, ou le vent de la liberté...

 


1. La Mort et la belle vie, de Richard Hugo, traduit par Michel Lereder, paru chez Albin Michel, 268 p., 128F.

2. Tous les romans de Thomas McGuane sont publiés en 10/18 et chez Christian Bourgois.

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