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Francophonie Par Xavier Delrieu |
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En français dans l'infotexte
Les 19-20 et 21 mai, s'est tenue à Montréal la première Conférence des ministres francophones chargés des Inforoutes. Elle faisait suite au sommet de Cotonou (décembre 1995) où les chefs d'Etat et de gouvernement ayant le français en partage avaient pour la première fois décidé d'engager des actions communes, afin de promouvoir la langue française sur les réseaux. L'enjeu, à court, moyen et long terme, est de taille. Le français ne représente aujourd'hui qu'environ 7 à 8% des échanges sur Internet. Et même si l'anglais est passé de 90 à 70%, du fait de l'apparition de sites japonais ou encore allemands et espagnols, sa suprématie non seulement pénalise notre langue en la marginalisant, mais aussi, et nous serions tentés de dire surtout, elle entame la crédibilité même d'Internet chez nos concitoyens peu enclins à pratiquer la langue de Shakespeare. C'est l'histoire de l'oeuf et de la poule qui recommence: pour que les Français se connectent sur les réseaux, il faut qu'il y ait une offre en français, mais pour que cette offre puisse exister, il faut qu'il y ait plus de 1% de connectés ! Le Québec, bien plus polyglotte que nous, est ainsi à l'origine de 30% des sites en langue française, alors qu'il ne représente que 5% de la francophonie. Les ministres de 49 pays francophones ont donc adopté un plan d'action visant au développement du français sur le Web. Mais, hasard du calendrier, les élections législatives françaises et canadiennes ont quelque peu perturbé la décision de créer un fond de soutien pour le développement des Inforoutes à hauteur d'environ 30 millions de francs. Les deux pays chefs de file de la francophonie ne pouvant s'engager fermement sur le montant de leur participation ont donc décidé d'en discuter au mois de novembre à Hanoi, lors du prochain sommet de la francophonie. Dommage, car le temps presse. L'allocution de Louise Beaudoin, ministre de la Culture et des Communication du Québec, est à cet égard significative: " On peut penser que dans quelques années au plus, tout ce qui n'aura pas été numérisé sera irrémédiablement marginalisé." Menace violente certes, mais non dénuée de fondement car les pays francophones, disséminés aux quatre coins du globe, connaissent des disparités criantes. Comment en effet faire prendre conscience à des peuples que leurs cultures pourraient être définitivement marginalisées lorsque les premières nécessités, la nourriture, l'eau ou l'électricité, sont des problèmes quotidiens ? Or, si la francophonie veut s'imposer sur les inforoutes, il faut que tous les pays concernés entrent ensemble dans la bataille, puisque aucun d'entre eux ne représente à lui seul un marché rentable pour les produits multimédias. La conférence s'est donc terminée sur un réel consensus. Une première constatation s'est imposée d'elle-même: la francophonie n'a pas le choix ! Cela n'a l'air de rien, mais c'est un progrès. Ensuite, plusieurs axes ont été dégagés: il faut démocratiser l'accès aux inforoutes, créer les conditions nécessaires au développement de la formation, soutenir la création et la circulation de contenus francophones. En outre, des actions seront menées auprès des grands organismes internationaux de financement, afin que les infrastructures téléphoniques soient considérablement développées dans les pays du Sud. Bref, nous sommes passés des déclarations d'intentions à une volonté de concrétisation de nombreux projets. L'avenir nous en dira un peu plus. |
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1. Le Débat, n° 95, mai-août 1997, 86 F. Outre un long entretien avec Jean-Marie Borzeix, ce dossier comporte des contributions de Henri Cueco, Arlette Farge, Alain Finkielkraut, Jean-Marc Lévy-Leblond, François Maspero et Michel Pierssens.
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