Regards Juillet-Août 1997 - Vie des réseaux

Dossier brûlant

Par Pierre Courcelles


France-Culture, avenir

Au nombre des promesses non tenues par le président de la République figure, juste après la " fracture sociale ", le budget de la culture à 1% de celui de l'Etat. Soit. Plus grave encore, sous l'affabilité du ministre de la Culture Douste-Blazy, chargé aussi de la communication il y a eu une ferme volonté de normalisation du secteur public, sur le plan économique (par exemple l'exclusivité accordée à TPS - Télévision par satellite conduit par Bouygues/ TF1 - de relayer les chaînes publiques pendant trois ans), mais aussi une volonté de reprise en main sur le plan culturel illustrée par la nomination de Michel Boyon à la présidence de Radio-France et le rapport commandé à Arnaud Ténèze sur France-Culture, la chaîne la plus dérangeante, la plus libre, la plus ouverte et pluraliste du dispositif radiophonique public. Cet audit, tel qu'on peut le saisir aujourd'hui dans son affichage stratégique, a eu pour principal office de préparer le cadre dans lequel Patrice Gélinet, directeur de France-Culture à compter du 1er juillet, aura à inscrire son action. Cette mise en place n'a pu se faire qu'à coups de dénigrements des apports de Jean-Marie Borzeix à la chaîne au cours des treize années passées à sa direction. On pouvait, avant même qu'il soit écrit, prévoir que ce rapport tracerait les contours d'une chaîne élitiste, pour le moins, et onéreuse de surcroît. Deux distinctifs qui, pour certains, suffisent à discréditer tout travail culturel - l'élitisme dénoncé n'étant jamais que le dessein non dit du populisme, qui n'est, lui, que mépris du public, et à l'opposé de la vulgarisation intelligemment conçue. Les producteurs de la chaîne se sont alertés en mars dernier d'une dérive de la chaîne vers une " France-Intérisation ", vers une identité revue et vassalisée par les mesures d'audience. France- Culture représente un patrimoine qui ne peut être galvaudé au gré de parti pris gestionnaires circonstanciels. Comme le rappelle la revue le Débat de mai-août 1997, dans un dossier fort opportun (1), France-Culture est une " singularité française ", et, de fait, le départ de Jean-Marie Borzeix se fait dans des " conditions qui font craindre pour l'avenir et l'originalité d'une chaîne sans équivalent dans le monde ". Un des dossiers, et pas le moins important, que Catherine Trautmann, nouveau ministre de la Culture, aura à maitriser.

 


1. Le Débat, n° 95, mai-août 1997, 86 F.

Outre un long entretien avec Jean-Marie Borzeix, ce dossier comporte des contributions de Henri Cueco, Arlette Farge, Alain Finkielkraut, Jean-Marc Lévy-Leblond, François Maspero et Michel Pierssens.

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