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Nouvelle critique Par Gérard Streiff |
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Nouvelle Critique: l'expression, semble-t-il, est apparue sous la plume de Jean Kanapa au printemps 1948, dans une de ses rubriques de critique littéraire, qu'il tenait alors dans les Lettres françaises.
C'est également le titre qu'il va donner à un mensuel du " marxisme militant " dont le premier numéro sort en décembre de la même année.
Il s'agit alors pour le PCF, notamment pour celui qui pilote le travail en direction des intellectuels, Laurent Casanova, de permettre un déploiement de la recherche marxiste et de disputer le terrain à d'autres revues, singulièrement aux Temps modernes de Jean Paul Sartre.
Mais, à cette époque-là, et dans ce milieu-là, la revue allait exprimer à l'excès le stalinisme à la française, dans le même temps où elle sait faire preuve d'une réelle curiosité intellectuelle.
Le XXe Congrès du PCUS, entre autres choses, accélère un processus de crise au sein de l'équipe de direction (Annie Kriegel, Jean Desanti, Pierre Daix, Victor Leduc) qui va conduire à son éclatement puis à sa recomposition (avec Jacques Arnault, Michel Verret, Michel Simon, François Hincker, Antoine Casanova, Pierre Juquin, André Gisselbrecht) ainsi qu'au lancement d'une nouvelle formule.
Jusqu'en 1966, année du Comité central d'Argenteuil, la N.
C.se permet quelques incursions dans les domaines réservés aux politiques: numéro sur le culte de la personnalité en 1963; prise de partie en faveur d'Althusser lors du débat autour de l'humanisme...
En 1967, intervient une nouvelle modification de formule. Francis Cohen en devient le directeur et Antoine Casanova le rédacteur en chef suivi à ce poste par François Hincker. C'est cette dernière étape (1967-1980), même si toute l'histoire de la revue est évoquée, qu'étudie avec une scrupuleuse attention Dominique Matonti dans sa thèse d'Université de Paris I, intitulée " La double illusion. La Nouvelle Critique, une revue du Parti communiste ". Ce travail est particulièrement documenté, l'auteur ayant eu accès aux archives de Francis Cohen. La " N. C.se situe alors dans le mouvement de révision théorique qu'entame le PCF.(...) Si l'on s'en tient à son registre plus strictement intellectuel, dès 1967, la N. C.apparaît comme une " tête chercheuse ": dialogue avec la revue Tel Quel ou les Cahiers du cinéma.(...) Dans une conjoncture dominée par le programme commun, la revue atteint les sommets de sa diffusion (environ 10 000 abonnés) autour de 1972 et conquiert un public pour moitié étudiant". Le comité de rédaction vit cependant une période critique aux lendemains des législatives de 1978. Le dernier numéro est publié en janvier 1980. Pourquoi " la double illusion " ? Parce que, dit Mme Matonti, ces intellectuels de la " N. C." qui pensent tout à la fois pouvoir changer le parti et jouer les conseillers du " Prince ", vont échouer sur les deux tableaux. La thèse, si l'on ose écrire, est discutable. On peut fort bien ne pas la partager et prendre en même temps un réel intérêt à la lecture de ce travail pionnier sur ce qui constitue tout de même un des principaux courants de pensée de l'intelligentsia française. |
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* Directeur de la rédaction de Télécâble Satellite Hebdo |