Regards Juillet-Août 1997 - La Planète

SALVADOR
Démocratie en chantier

Par Cécilia Ramos


Comment sortir de cent ans de dictature, de coups d'Etat, de guerre ? Les élections de mai 1997, marquées par la victoire des forces progressistes dans plusieurs villes du pays, portent l'espoir d'un changement.

Une nouvelle phase de l'histoire du Salvador a commencé. Les ex-guerrilleros ont devancé le pouvoir (de droite extrême) dans les urnes, et permettent un progrès de la démocratie, si recherchée dans ce petit pays, au coeur de l'Amérique Centrale.

Depuis dimanche 16 mars 1997, le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) dirige San Salvador, la capitale, ainsi que nombre d'autres grandes villes du pays. Au total, le FMLN l'a emporté dans 54 mairies et participe dans quatre autres villes à des coalitions de progrès. Soit moins de la moitié des municipalités, mais qui représentent une large majorité des six millions de Salvadoriens.

A l'Assemblée législative, le Front a obtenu 27 sièges sur 84. Il n'est devancé que d'un siège par l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA), le parti d'extrême droite au pouvoir. Les autres sièges sont répartis entre quatre formations de gauche.

 
La victoire par les urnes d'une formation issue de la lutte armée

Ainsi, cinq ans seulement après la fin de la guerre, la deuxième participation de la gauche aux élections se conclut par une victoire sans précédent du peuple salvadorien.

Ainsi est créée une situation nouvelle, ouverte, qui peut permettre de lancer un processus de transformation politique, juridique, économique et sociale du pays. Schafik Jorge Handal, un des dirigeants les plus prestigieux du FMLN l'a apprécié ainsi: " Nous entrons dans une nouvelle phase de luttes pour la construction d'une patrie neuve, démocratique, de justice et de paix. Cette victoire est un message très important pour le processus de transformation de notre pays."

Quant à Hector Silva, le jeune médecin gynécologue vainqueur du FMLN dans la capitale, il a fixé plusieurs priorités à son action: la santé, l'éducation, l'habitat, le transport, l'enfance et la jeunesse. Les résultats législatifs et municipaux ont été les meilleurs que le Front ait obtenus depuis qu'il s'est transformé en parti politique en 1992. C'est aussi la première fois, dans l'histoire latino-américaine, qu'une formation issue de la lutte armée triomphe par les urnes après la guerre.

Le FLMN s'est à présent engagé à fond pour contribuer à la réussite du processus de reconstruction du pays et de réunification de la société salvadorienne. Il se prépare dès maintenant pour les prochaines élections présidentielles de mars 1999.

L'avantage obtenu aux récentes élections lui donne plus de confiance et de dynamisme encore pour affronter les prochains combats. Ils ne manqueront pas car seul un changement important permettrait aux Salvadoriens d'oublier un peu ce siècle de dictature, de coups d'Etat, de guerre qu'ils ont subis. Comme pendant la campagne électorale, ses objectifs demeurent la lutte contre le néo-libéralisme, contre les privatisations et le chômage, contre la délinquance qui ravage le Salvador d'aujourd'hui, au point de devenir un des problèmes majeurs de la société salvadorienne, devenue le premier pays en Amérique latine pour ce fléau. Le nombre de crimes a ainsi triplé en trois ans. En 1996 seulement on compte 8 353 homicides, selon l'agence CLIP.

La gauche salvadorienne a l'occasion de mettre en oeuvre son programme au moyen du plein exercice des libertés démocratiques. Mais c'est un chantier immense et difficile qui s'est ouvert. La privatisation prévue de Antel (Agencia nacional de télé comunicacion) est ajournée, à la suite d'un vote intervenu à l'Assemblée législative qui a vu s'unir différentes composantes de l'opposition.

 


* Professeur d'économie politique à l'Institut d'économie politique européen de Brême.Il participait aux Assises pour un nouveau plein-emploi, tenues le 21 juin à Paris à l'initiative de " l'Appel des économistes pour sortir de la pensée unique ".

1. Conférences de presse simultanées tenues le 27 mai 1997.On peut se procurer le texte anglais auprès de Liêm Hoang Ngoc, n° fax et tel: 01 43 55 09 36

2. Voir Regards n° 20 p.11, " Quand les économistes se défont de la pensée unique ": débat entre Liem Hoang Ngoc et Michel Manaille.

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