Regards Juillet-Août 1997 - La Planète

Europe
Le dossier de la nouvelle construction européenne à l'heure madrilène

Par Amar Abdelkrim


Entretien avec José Cabo*

Quelles appréciations portent les différentes sensibilités politiques espagnoles sur le dossier européen, notamment sur la monnaie unique ? La référence européenne acquiert ici des connotations spécifiques.

 
José Cabo : Une très large convergence d'opinions existe entre toutes les forces politiques importantes, plus précisément entre la droite du parti populaire et le parti socialiste espagnol, qui sont fondamentalement d'accord sur le Traité. Une voix discordante s'élève cependant face à ce large consensus parlementaire, celle d'Izquierda unida, la gauche unie d'Espagne, qui manifeste son refus radical de cette construction européenne ni solidaire, ni démocratique, ni pacifique, comme nous entendons contribuer à la réaliser pour notre part. Ce sont cependant des positions de formations politiques et institutionnelles car, pour le moment, cette question n'est pas portée par un débat public.

 
Madrid prévoit un déficit public inférieur au taux de 3% exigé par Maastricht. S'il y a déficit, où va-t-on prendre l'argent ?

 
J. C.: Nous perdons déjà de l'argent avec une stratégie de privatisation du secteur public qui, s'il n'a pas la même ampleur qu'en France, est bien réel ! L'éducation, la santé, les transports et leurs dérivés sont concernés. L'inquiétude est grande, pas seulement au sein de la gauche unie, elle ne fera que s'accentuer avec ces mesures draconiennes d'austérité que l'on préconise, répondant à l'objectif stratégique de constitution de ce " noyau dur " de l'Union économique pour adopter l'euro et participer ainsi à la guerre économique conduite à l'échelle planétaire.

 
Comment expliquer que toutes ces questions ne soient pas l'objet d'un débat public ?

 
J. C.: Il y a une sorte d'euphorie parmi le personnel politique qui s'explique ainsi: l'Espagne va être enfin un des " grands " pays de l'Europe, mais j'insiste: avec 23% de chômage !, c'est une contradiction évidente. En Espagne, après quarante années de dictature, quarante années d'isolement, l'Europe est pour nous une référence démocratique. Cette référence européenne revêt une connotation très spécifique: pour combattre le franquisme, nous devions nous appuyer sur la réalité démocratique qui nous entourait, l'Europe... De l'enjeu plutôt tactique, on est passé à l'enjeu stratégique, pour une vraie construction européenne.

 
Le lien entre la construction européenne actuelle et les coûts sociaux imposés à votre pays ne commence-t-il pas à s'établir ?

 
J. C.: Pas suffisamment encore. C'est pourquoi la gauche unie propose deux référendums. Le premier, public, résulterait d'un large débat national, au sujet de la conférence intergouvernementale, sur la révision du traité de Maastricht, la monnaie unique et le pacte de stabilité. Le second, également sur la base d'un débat public, sur le problème de la sécurité en Europe et de l'OTAN, autre question d'actualité. Car nous sommes contre les menaces sur la sécurité européenne et mondiale. Nous proposons ces deux débats et ces deux référendums justement pour en finir avec cette euphorie et pour que notre peuple soit en mesure d'aborder réellement les problèmes posés à ce pays du sud, avec l'entrée massive de capitaux et les spéculations qui les accompagnent, outre les déstructurations déjà évoquées, avec les coûts sociaux qu'elles entraîneront.

 


* Responsable des relations internationales à Izquierda unida (Gauche unie) à laquelle appartient notamment le Parti communiste espagnol.

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