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Europe
Par Myriam Barbera |
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Le traité d'Amsterdam ne devrait finalement être signé qu'en octobre avant d'être ratifié par tous les Etats membres.
Nombre de points restent en suspens tandis que le débat est ouvert sur l'emploi.
Scepticisme et déception dominaient dans la presse étrangère dès le lendemain du sommet d'Amsterdam. Le sommet européen convoqué dans la capitale hollandaise, qui devait mettre la dernière main au Traité d'Amsterdam révisant celui de Maastricht, préparé de longue date par la conférence intergouvernementale, n'a pu finaliser les points à l'ordre du jour. Institutions et politique étrangère et de défense notamment ont été, pour l'essentiel, renvoyées à plus tard. Les Quinze de l'Union européenne sont très loin d'un accord sur un aspect capital de la réforme du fonctionnement des institutions. D'une part, il était question d'accroître le nombre de sujets où le vote à la majorité qualifiée serait requis en lieu et place d'un vote à l'unanimité. Des propositions très pernicieuses ont été faites, comme celle de voter à l'unanimité des textes d'orientation et d'en prévoir le contenu et l'application par vote à la majorité qualifiée. Celle-ci minore déjà beaucoup le poids des petits pays de l'Union. Ils ont d'ailleurs fait échouer un nouveau projet qui devait encore pondérer la majorité qualifiée en faveur des grands pays de l'Union. D'autre part, le principe des coopérations renforcées a été adopté. Il permettra aux Etats-membres qui le souhaitent d'aller de l'avant sur une question ou une autre, sans toutefois engager les pays qui n'estiment pas devoir être partie prenante. La décision interviendra, selon les dossiers, à la majorité qualifiée ou à l'unanimité des Etats-membres. Sur le plan de la défense, la contestation de l'intégration de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) dans l'Union européenne vient de la Grande-Bretagne qui ne la juge pas assez atlantique. Mais les pays neutres ne le souhaitent pas davantage.
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Un chapitre dominé par la notion de croissance économique
En revanche, rassurer les marchés en confirmant le calendrier de la monnaie commune (avec une mise en circulation au 1er janvier 1999) et adopter le " pacte de stabilité ", cet arsenal de sanctions à l'encontre des pays qui dérogeraient aux fameux " critères de Maastricht ", jugés indispensables pour faire partie du " club " de l'euro, ont fait l'objet d'un bras de fer d'un nouveau genre. Car un autre point, social celui-ci, a marqué les discussions et l'opinion publique. Dix jours après les élections législatives françaises, le nouveau gouvernement se devait de considérer l'espoir majeur qui lui a donné la victoire électorale: la prise en compte des problèmes d'emploi. Elle s'est traduite par l'ajout d'un volet sur la politique sociale - et l'emploi. La démarche du gouvernement français, relayant les attentes du mouvement social, a donc permis l'adoption d'un autre texte stipulant cette priorité. Concrètement, un chapitre croissance et emploi est inscrit dans le traité, dominé par la notion de " croissance économique ". La banque européenne d'investissements pourra être sollicitée pour des projets porteurs mais restreints puisque seraient concernées essentiellement des PME performantes, un " pôle économique " serait créé afin d'assurer une impulsion des intentions affichées avec des recommandations aux Etats. Enfin, un sommet sur l'emploi devrait avoir lieu cet automne.
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Des sanctions contre ceux qui ne respectent pas le pacte de stabilité
Cette résolution qui a effrayé les tenants de l'Europe libérale n'est cependant pas de nature à contrer les effets du pacte de stabilité. Le ministre allemand des Finances, Théo Waigel, l'a d'ailleurs d'emblée déclaré: elle n'a "aucune incidence" sur lui. A contrario, avec le maintien du pacte le processus des sanctions contre les pays ne respectant pas les critères de convergence, peut être enclenché. Ainsi, tout pays membre du club de la monnaie unique devra s'acquitter d'une amende s'il dépasse notamment le seuil fatidique des 3% du PIB de déficit public annuel. Pour la France, cette amende équivaudrait à 25 milliards de francs pour un taux de 4% de déficit. Gelée dans un premier temps, la somme serait automatiquement confisquée si le pays intéressé ne redressait pas assez vite la barre. D'autres critères s'ajoutent pour les pays membres de l'euro, rétrécissant encore la souveraineté économique de chacun d'entre eux. Le sommet d'Amsterdam clos, on retrouve les sceptiques, les déçus. Les lucides aussi. Emilio Gabaglio, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) estime que "le rééquilibrage entre l'économique et le monétaire n'est réalisé ni par la résolution sur la croissance et l'emploi qui s'ajoute à celle bien plus conséquente et contraignante sur le pacte de stabilité, ni par l'inclusion dans le traité d'un nouveau titre sur l'emploi aux objectifs limités". André Lajoinie, député communiste et président de la commission des échanges de l'Assemblée nationale, ne pense pas différemment quand il estime que " ce qui s'est passé à Amsterdam n'est pas satisfaisant.et que "l'étau de Maastricht continue à peser négativement. Le mouvement social a son mot à dire". Quant au volet emploi, dont le financement reste flou et aléatoire, on voit mal comment il peut s'accommoder d'une politique d'austérité induite par le pacte de stabilité.
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L'Europe vient de découvrir que les peuples existent
Soulignant l'aspect "particulièrement néfaste" et la nature coercitive de ce pacte, un autre responsable communiste, Jean-François Gau, l'a examiné en relation avec la résolution sur la croissance et l'emploi. Pour lui, elle "ne comporte aucune obligation et, surtout, les dispositions du pacte contredisent frontalement les objectifs énoncés par la résolution". On ne peut mieux souligner l'inexistence d'une troisième voie entre le pacte de stabilité et "une réorientation de la construction européenne pour que celle-ci soit une aide et non un obstacle au progrès social et à l'emploi", et qu'elle redonne ainsi "du sens à l'Europe, en dépassant le traité de Maastricht". Ce à quoi, faisait encore remarquer le dirigeant communiste, se sont engagés à oeuvrer le Parti communiste et le Parti socialiste dans leur déclaration commune du 29 Avril. Il n'empêche cependant que le débat est ouvert dans la clarté sur la nature de la construction européenne à venir si l'on veut résoudre le problème du chômage qui touche, on le sait, dixneuf millions d'européens. "Pourquoi veut-on à toute force une monnaie européenne forte puisque nous avons déjà le mark?" Chez nos voisins allemands, le doute s'est sérieusement installé: 71% d'entre eux estiment que l'on pourrait retarder la mise en circulation de la monnaie unique tandis que seulement 21% de ses concitoyens pensent qu'Helmut Kohl a raison de s'en tenir strictement aux critères du Traité pour y entrer (1). Le Chancelier lui-même est peu sûr que la monnaie unique verra le jour: " reporter, c'est peut-être reporter pour toujours", a-t-il déclaré devant des industriels, le 9 Juin. Il faut dire que les difficultés ne manquent pas. En fait, ni le pacte de stabilité, ni la monnaie unique ne seront aisés à mettre en oeuvre. L'encre du nouveau traité n'était pas sèche qu'étaient effectivement relancées les spéculations et commentaires sur la faisabilité de la mise en circulation de l'euro au 1er janvier 1999. De même que l'accent était mis par les commentateurs sur les difficultés de réalisation de l'accord. Qu'il s'agisse des questions économiques et sociales ou de la réticence de plus en plus forte des pays à "accepter de nouveaux abandons de souveraineté", ainsi que le faisait remarquer le quotidien économique allemand Handelsblatt le 18 juin. En effet, les pays du sud - l'Italie ou l'Espagne - imposent des programmes de superaustérité à leurs peuples avec pour conséquence toujours plus de pauvreté et de chômage sans que pour autant ils soient assurés de remplir les différents critères pour entrer dans l'euro - et y rester. Rappelons aussi que la Suède, redoutant ces contraintes, avait déjà, peu avant Amsterdam, décidé de ne pas rejoindre, pour l'instant, la monnaie unique. D'autre part, la France et l'Allemagne, ne seront sans doute pas en mesure de remplir les fameux critères de Maastricht-Amsterdam tandis que Théo Waigel, qui ne s'embarrasse pas de précautions verbales, a promis plus d'austérité par des "programmes d'économies radicales et sans tabou", pour tenter de faire passer en force l'Allemagne dans les rails de l'euro et du pacte. L'Europe vient de découvrir que les peuples existent."Il y a plus de luttes en Europe depuis six mois que dans les cinq ou six années précédentes", remarquait Louis Viannet, le secrétaire de la CGT, lors de la grande manifestation du 10 juin à Paris exigeant une Europe sociale. Il voisinait alors, à la tête des manifestants, chose extravagante quelques mois auparavant, avec Emilio Gabaglio, le secrétaire de la CES. Ce 10 juin faisait écho aux manifestations du 28 mai dans toute l'Europe pour l'emploi, pour qu'existe une véritable Europe sociale. A Francfort, on vit se former une chaîne humaine autour de la Bundesbank. Tout un symbole! Cette vague, après d'autres, n'est pas seulement protestataire. Elle porte aussi - jusqu'à un certain point - des certitudes: non, tout n'a pas été tenté pour vaincre le chômage, le temps de travail peut être raccourci, et plus généralement "on peut tenter quelque chose". Ce "quelque chose" n'est pas encore très précis pour tous ceux qui contestent la façon d'organiser la société, il se cherche. Autour de l'idée: "cela suffit de toujours donner de l'argent à des entreprises qui l'utilisent pour licencier." C'est un des messages lancés par l'électorat français lors des dernières législatives. Comme un prolongement de ce mouvement, et dans chacun des pays d'Europe, se sont coordonnés des groupes de travail entre économistes qui ont débouché sur de premières Assises pour un nouveau plein emploi, le 21 Juin dernier." Nouveau plein emploi", comme un écho - même s'il ne s'agit pas de la même chose - à l'idée d'une sécurité emploi-formation lancée en décembre dernier par les communistes français en congrès. Ces économistes veulent, tout comme les communistes, nourrir le mouvement social de leurs analyses. A des lieues d'une Europe des restrictions et de l'austérité ou d'une Europe construite en catimini, loin des citoyens et des lieux où se décide leur avenir. L'espoir européen réside dans ce début de prise de conscience: les peuples peuvent construire l'Europe autrement. |
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* Représentante du Front sandiniste pour l'Europe.Nicaraguayenne d'adoption, Margarita, qui a participé à la guérilla puis au gouvernement sandiniste, est la petite fille du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata.De retour de Managua, elle analyse la situation du pays. |