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Citoyens de Managua Par Margarita Zapata* |
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Arnoldo Aleman est devenu président du Nicaragua en octobre 1996 par la fraude et après une campagne électorale dans laquelle les Etats-Unis ont pesé de tout leur poids, qu'il s'agisse des dix millions de dollars versés pour la campagne d'Aleman ou des déclarations comme celle du porte-parole du département d'Etat affirmant que " les sandinistes ne sont pas des bons démocrates ".
Après sa prise de pouvoir, notre pays a vu revenir plus de somosistes (partisans du dictateur Somosa qui avait dû fuir le pays après la victoire des sandinistes, en 1979, NDLR). Aujourd'hui, Arnoldo Aleman rencontre d'énormes difficultés pour appliquer plusieurs mesures promises durant sa campagne électorale. Il avait assuré aux somosistes réfugiés à Miami que les terres distribuées aux paysans lors de la réforme agraire sandiniste puis de la pacification seraient rendues aux anciens grands propriétaires. Promesse irréalisable d'autant plus que la période de pacification a conduit à remettre de nouvelles terres aux anciens de la "Contra" (force armée contre-révolutionnaire financée par les Etats-Unis, NDLR) ainsi qu'aux démobilisés de l'armée nationale. Arnoldo Aleman a également promis à la famille de Somosa, à ses proches et aux anciens officiers somosistes d'en finir avec l'armée nationale puis de les réengager. C'est impossible à réaliser. Aleman a généré d'autres mécontentements en présentant un projet de loi visant les commerçants. En effet, il a voulu annuler toutes les représentations commerciales internationales détenues par des commerçants aisés. Là encore le but était de remettre ces représentations à des somosistes. Mais cette mesure a fait l'effet d'une bombe! Pour la première fois depuis la révolution sandiniste, les sandinistes et ceux qui ne le sont pas, des contras, des commerçants riches, la population pauvre etc., se sont retrouvés dans la rue, ensemble, contre toutes ces mesures. S'est ensuivie une grève de cinq jours et des manifestations de rues, au mois de mai dernier. L'armée, appelée à la rescousse, a refusé de réprimer la manifestation pacifique et la police, sommée de suppléer cette défection, a également refusé de s'exécuter. Si bien qu'Aleman s'est trouvé isolé. Il a mis cinq jours à réagir, à décider de négocier. Une commission se réunit depuis, sans grands résultats pour l'instant. Le blocage est total car d'un autre côté, les électeurs d'Aleman réclament qu'il tienne ses promesses. Son pouvoir est affaibli, d'autant plus que, à ce que j'ai pu constater lors de mon récent séjour à Managua, les Nicaraguayens ne sont pas dans l'état d'esprit d'attendre sans rien obtenir. Le pays ne compte pratiquement pas de couches moyennes. Il y a d'un côté, les nouveaux riches, venus de Miami, et d'autre part, une immense population de pauvres, dont le pouvoir d'achat s'amenuise et qui comprend 65% de sans-emplois: c'est énorme! Tout cela me conduit à penser que, si peu de temps après les élections, nous sommes dans une situation très nouvelle, à la fois intéressante et délicate. Délicate, car le Nicaragua fourmille d'armes mais aussi intéressante,car il est capable de développer un mouvement social qui peut conduire jusqu'à des élections anticipées. |
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* Représentante du Front sandiniste pour l'Europe.Nicaraguayenne d'adoption, Margarita, qui a participé à la guérilla puis au gouvernement sandiniste, est la petite fille du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata.De retour de Managua, elle analyse la situation du pays. |