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Regain social Par Jean Lapeyre * |
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La journée d'action des salariés européens du 28 mai dernier a connu un grand succès à l'échelle de l'Union européenne (UE) et au-delà puisque nous avons eu connaissance d'initiatives en Hongrie et en Suisse.
La chaîne humaine formée par les syndicats allemands autour de l'Institut monétaire européen à Franckfort a attiré l'attention, comme les importantes manifestations de Rome, de Bologne et de Milan.
A Bruxelles, nous étions plus de 12000 à former une autre chaîne humaine autour des bâtiments de l'UE et du patronat européen.
Alors que les objectifs revendicatifs concernaient surtout l'emploi et les droits sociaux, il est vraiment midi moins une pour rééquilibrer le Traité de l'Union économique, révisé à Amsterdam par les chefs d'Etat et de Gouvernement.
Nous voulions vraiment que notre message soit entendu et pris en compte avant cela.
Il ne peut pas y avoir une nouvelle révision du Traité sans un chapitre emploi de même force que celui sur la monnaie unique.
Les citoyennes et les citoyens européens ne comprendraient pas que cette nouvelle étape de la construction européenne ne prenne pas en compte leur préoccupation majeure.
La « logique antisociale » du traité souvent incriminée n'est possible que parce qu'elle comporte des déséquilibres qui privilégient effectivement le marché et la monnaie.
C'est pourquoi nous insistons pour des politiques communes de l'emploi comprenant des objectifs mais aussi des actions et des échéances pour résoudre les problèmes, tout comme pour la monnaie.
Mais nous disons aussi qu'il faut des droits fondamentaux pour les salariés.
La réaction de Renault-Vilvorde a souligné, d'une part, les faiblesses de l'Europe sociale - dont de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement et nombre d'hommes politiques ont pris brutalement conscience; mais d'autre part, les potentialités existantes.
Pour la première fois, un comité d'entreprise européen a pu se porter plaignant devant un tribunal français pour un problème belge et gagner.
Les directions générales de Renault avaient beaucoup misé sur le fait que fermant une usine en Belgique, les Français et les Espagnols se diraient: « il vaut mieux que cela se passe là-bas plutôt que chez nous.» Mais ils ont réagi de façon solidaire.
Mieux, ils ont montré qu'ils pouvaient ensemble proposer d'autres solutions que la fermeture de Vilvorde: une réduction du temps de travail qui permettrait de maintenir l'usine.
Il s'avère nécessaire de discuter des stratégies et des politiques industrielles au niveau de l'Union européenne.
S'il y a des restructurations nécessaires nous devons être capables d'avoir des propositions en termes d'emplois alternatifs, correspondant aux suppressions.
Il ne peut pas ne pas y avoir un degré de concertation sociale si l'on veut que l'Europe pèse par rapport aux Etats-Unis ou du Japon.
Nous sommes dans les prémisses d'une législation sociale européenne, mais il faut aller plus vite que ça.
Le mouvement syndical européen est en train de franchir une nouvelle étape.
Nous n'étions, jusqu'alors, qu'un bon lobby.
Nous sommes à présent entrés dans une phase de négociations qui nous situe comme véritable acteur social.
Mais le mouvement syndical ne peut avoir une force réelle que s'il est en mesure de mobiliser les travailleurs et donc de peser dans la négociation sur les décisions de ceux qui nous gouvernent.
C'est pourquoi le 28 mai est symbolique de notre capacité à mobiliser, non en une manifestation à Bruxelles, assez facile à réunir, mais de mobiliser sur les mêmes objectifs européens les syndicats et les travailleurs, à partir du niveau national.
Propos recueillis par Amar Abdelkrim (au micro de TSF-Regards) |
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* Secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats. |