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Dans la presse |
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Dans Le Monde
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Plus droit à l'erreur
(...) Ou bien la gauche française, radicalisant la victoire des travailleurs anglais, saura offrir un débouché social à cette construction (européenne, NDLR), ou bien elle dépérira dans les rets de l'ultralibéralisme maastrichtien. Dans le premier cas, elle pourrait rapidement influer sur les recompositions politiques en cours en Allemagne, et aider sérieusement le SPD à redevenir une alternative politique crédible pour les élections législatives allemandes de l'automne 1998. Le champ européen en serait bouleversé. Par ailleurs, l'insistance avec laquelle Lionel Jospin a réaffirmé la nécessité absolue de la participation de l'Espagne et de l'Italie à la monnaie unique aura aussi des conséquences sur ces pays. Mais si, dans le cas contraire, la gauche française fait la même chose qu'en 1983, et qu'elle se laisse phagocyter par les lobbies financiers, alors la défaite politique et culturelle qui en résulterait serait probablement définitive. La victoire de la gauche est certes une belle victoire. Mais c'est aussi celle de la dernière chance (...). Sami Naïr, professeur de science politique, Université de Paris-VIII, le Monde, 5/06/1997
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Rapport de forces sociales
Malgré des convergences réelles, il n'est cependant un secret pour personne que la nouvelle majorité est sérieusement divisée sur la question. Il y a ceux qui privilégient le " possible " et pensent qu'il faut aménager à l'échelle européenne un système qui nous dépasse. Et ceux qui considèrent que ce " réalisme " est en fait utopique, et qu'il n'y pas d'aménagements significatifs à la marge sans s'attaquer au coeur du système qui permet aux capitaux de dicter leur loi, de se déplacer et de décider sans autre critère que celui du " marché ", c'est-à-dire du profit. La divergence ne porte donc pas sur les finalités mais sur les possibilités: la France a-t-elle les moyens de peser sur le rapport des forces à l'échelle internationale afin que prévale une autre logique de " mondialisation " ? Or, si étrange que cela puisse paraître à la culture jacobine française, la réponse à cette question n'est pas entre les mains de l'Etat et de ses experts. S'il y a une leçon forte à tirer des années 1981-93, c'est qu'un gouvernement n'agit jamais qu'en fonction du rapport des forces sociales interne qui conditionne son existence. La vraie question est de savoir si la gauche de nouveau au pouvoir s'attaquera à la " contrainte extérieure " donc si sa " contrainte sociale " lui imposera de le faire. Patrice Cohen-Séat, avocat, président d'Espaces Marx, membre du comité national du PCF, le Monde, 12/06/1997
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Dans L'Humanité
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Cohabitation inédite
(...) Beaucoup tiendra à la façon dont concrètement - sur des dossiers comme les services publics, les privatisations, la construction européenne - sera abordé le périmètre de la cohabitation par le gouvernement de gauche. Ainsi verra-t-on les marges de manoeuvre que se donne la nation pour peser sur les logiques économiques à l'échelon national et européen. La cohabitation actuelle revêt un caractère inédit parce qu'elle a été provoquée par un président légitime mais désavoué politiquement par le corps électoral. Pour l'heure, il ne dispose pas d'un relais efficace dans l'opposition pour porter son avenir politique. La contradiction entre la légitimité institutionnelle des " domaines réservés ", qui vont de la Défense à la politique européenne et donc la monnaie unique et les choix monétaires et budgétaires qui en découlent, se heurte à la légitimité démocratique des urnes. L'intervention des citoyens dans la sphère politique peut donc être dans cette problématique propre à la gauche qui allie mouvement social et responsabilité politique afin de récupérer un électorat populaire tenté par l'extrême droite - un moyen d'aider le gouvernement dans son adresse aux partenaires européens pour satisfaire les besoins sociaux en Europe et mettre en oeuvre une autre manière de la construire.(...) n Stéphane Rozès, directeur du département des études politiques et d'opinion de l'institut CSA, maître de conférences à Sciences-Po, l'Humanité, 11/06/1997
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Dans Libération
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Critique américaine
(...) Ne blâmons pas les hommes politiques français. Leurs inepties ne font que refléter le ton du débat économique dans un pays prêt à rejeter la responsabilité de ses problèmes sur tout sauf sur les causes évidentes. Selon les auteurs à succès et les personnes que l'on voit le plus à la télévision, la France est victime de la mondialisation, même si une habile utilisation des formalités administratives maintient les importations en provenance des pays à bas salaire à un niveau nettement inférieur à celui constaté aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne où le taux de chômage est inférieur de moitié au taux français. Ils disent que la France est victime d'un capitalisme sauvage non contenu, même si elle possède le secteur public le plus vaste et le secteur privé le plus restreint de tous les grands pays industrialisés. La France, disent-ils encore, est victime de la spéculation boursière. Le refus de l'élite française d'affronter ce que nous considérons tous comme la réalité risque de vouer à l'échec les rêves européens qui nourrissent les illusions du pays. Après ces dernières élections, il apparaît que les Français ne voudront pas se soumettre à une discipline budgétaire sévère.n Paul Krugman, professeur d'économie au Massachusetts Institute of Technology, Libération, 17/06/1997 |
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* Sénateur, secrétaire national du PCF. |