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A l'aube de la citoyenneté Par Nicole Borvo * |
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Le retour de la politique pourrait bien être une donnée prometteuse des élections législatives 1997.
Une intéressante " politisation " émerge, porteuse aussi d'exigences nouvelles.
En quelques semaines, une dynamique politique s'est créée qui a transformé un scénario de sommet imaginé par la droite au pouvoir pour conforter sa politique en sanction contre cette politique et ce pouvoir. Certes, l'analyse informée des résultats électoraux montre les faiblesses et les limites de l'engagement populaire: à peine plus de la moitié (si l'on tient compte des non-inscrits, des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls), des Français en âge de voter ont exprimé un choix. Il n'est donc pas question de faire comme si la crise de la politique et de la démocratie était derrière nous ou de sous-estimer l'importance du vote Front national. Mais le phénomène " politisation " n'est pas négligeable pour autant. Il est dans la logique de toute une évolution que les dirigeants de la droite ont largement sous-estimée: ras-le-bol et revendications sociales croissantes qui dépassent, comme cela peut être constaté depuis décembre 1995, les luttes sociales proprement dites, assortis d'évolutions importantes sur le plan idéologique." L'idéologie des gagneurs ", la foi dans la réussite individuelle ont fait long feu et, comme de nombreux commentateurs l'ont observé, une des caractéristiques françaises, c'est l'aversion manifeste de notre peuple pour l'exclusion. Respect de la dignité humaine, prédominance de l'homme sur l'argent pourraient être des dénominateurs communs de moments forts du mouvement social depuis deux ans, que ce soient les luttes contre le plan Juppé soutenues par la population, celles du Crédit Foncier, des routiers, des salariés de Renault-Vilvorde ou le mouvement pour les sans-papiers, contre les lois Debré.
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Le PCF a consolidé ses positions, il a montré sa capacité de rassemblement, il a gagné en audience nationale
Les communistes ont joué un rôle actif et reconnu pour qu'une réelle alternative de gauche soit possible et qu'elle se construise entre les citoyens et les forces politiques. Les échéances ont bousculé le travail entrepris en vue d'Assises pour le changement. Le débat sur le contenu d'une politique de gauche a été seulement amorcé. Mais la démarche communiste a pris corps; la forte mobilisation pendant la campagne électorale a donné visibilité à la modernité du Parti communiste d'aujourd'hui. La consultation démocratique sans précédent par laquelle les communistes ont choisi de participer au gouvernement est elle-même en adéquation profonde avec les aspirations démocratiques qui s'expriment dans notre peuple. Toutefois, beaucoup reste à faire pour transformer la sympathie à l'égard des communistes en adhésion politique mais le Parti communiste a consolidé ses positions, il a montré sa capacité de rassemblement, il a gagné en audience nationale par le nombre et la localisation de ses députés. Bref, il a réintégré la vie nationale. Ce sont des points d'appui pour continuer la dynamique politique.
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Entre l'attente forte, immédiate, nécessaire et le possible, limité par l'idée que le " réalisme " commande
La fenêtre ouverte " par ces élections, c'est la possibilité d'une grande période de transformations. Elle ne se fera que si le peuple s'en mêle, s'il se donne les moyens de répondre à ses propres attentes. De ce point de vue, l'existence, le développement, la continuité d'une intervention populaire qui a commencé à s'exprimer est un enjeu majeur. En effet, les attentes sont fortes, immédiates, nécessaires, mais elles ne portent pas forcément en elles-mêmes les réponses et les solutions aux problèmes de notre société. Les enquêtes nombreuses sur ce qu'attendent les Français du gouvernement, ce qui a motivé le plus leur envie de changement montrent les aspects contradictoires de ces attentes elles-mêmes. L'accord massif sur la nécessité de créations d'emplois, d'augmentation des salaires, de plus de justice sociale, se heurte à l'idée largement répandue que le possible est limité, que le " réalisme " commande. Le rapport de force politique actuel reflète cette contradiction mais cet " équilibre " est instable. Les attentes sont pressantes, la société est en grande difficulté. Jacques Chirac a payé lourdement ce qui est apparu comme un renoncement à réduire la fracture sociale. La force du peuple, c'est de continuer à exprimer ce qui est nécessaire, il a voté pour la justice sociale, il veut que les engagements soient tenus. De ce point de vue, les luttes sociales d'aujourd'hui en France et en Europe témoignent de cette volonté. Mais il reste à parcourir le chemin entre les aspirations et les solutions. Les citoyens doivent être partie prenante de l'élaboration de solutions qui contredisent la logique actuelle. Pour rendre possible une société humaine, solidaire, il faut de grands changements. Les politiques menées depuis des années, l'actuelle construction européenne sont inscrites dans une logique ultralibérale dont les conséquences pèsent sur tout le fonctionnement de l'économie, les structures elles-mêmes, les rapports européens et internationaux. Le débat sur ce qu'il est possible de faire ne fait que commencer. L'idée qu'on peut s'attaquer aux marchés financiers n'est sans doute pas majoritaire mais la question est désormais sur le devant de la scène. L'homme ou les marchés financiers ? Vivre dans une société précaire ou solidaire ? Guerre économique ou coopération ? Les grandes questions de notre époque traversent la société française, mais pas seulement elle. Les communistes se sentent une responsabilité particulière, ils veulent contribuer à ce que l'intervention citoyenne, informée, lucide soit garante de la réussite d'une politique réellement transformatrice. Il est important de ce point de vue de se référer à notre époque stratégique et on peut rappeler ce que nous disions au XXIXe Congrès: " Nous nous concevons ainsi comme parti révolutionnaire, non pas au sens où nous voudrions " tout casser " pour installer un modèle de société au mépris des réalités actuelles, mais parce que notre objectif est de contribuer à ce que des réponses adaptées soient apportées à ces réalités et que ces réponses coïncident avec une transformation profonde de la société, un nouvel ordre international, donc le dépassement du capitalisme. Le réalisme implique aujourd'hui de faire vraiment du neuf." Les rencontres citoyennes qui ont commencé à se tenir en juin un peu partout dans le pays poursuivent dans la situation nouvelle la démarche de fond engagée par les communistes pour modifier les rapports entre les citoyens et la politique. A l'écoute de la société, ouvert à la réflexion des autres, le Parti communiste prouvera son utilité, en créant les conditions pour que les citoyens s'emparent des grandes questions en débat, trouvent les moyens de surmonter les obstacles, construisent et imposent les solutions modernes et efficaces, nécessairement transformatrices, capables de satisfaire leurs propres aspirations. |
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* Sénateur, secrétaire national du PCF. |