Regards Juin 1997 - Vie des réseaux

Chère liberté de la presse

Par Xavier Delrieu


Voir aussi Chine, droits des journalistes , Lorsque Marianne paraît

Le 3 mai a eu lieu la VIIe Journée internationale de la liberté de la presse, afin que personne ne puisse oublier que l'information n'est pas une denrée comme les autres, que tout ne se passe pas dans les salles de conférence de presse entre deux petits fours et que le prix à payer pour que chacun puisse être informé sur un conflit comme en ex-Yougoslavie peut se payer comptant, par d'obscurs reporters loin de leurs salles de rédactions.

 
Bilan : 600 journalistes ont été tués en 10 ans (dont 28 en 1996) dans les pays en guerre, mais aussi lors d'enquêtes sur les agissements de certains gouvernements ou para-pouvoirs comme les mafias, les cartels de la drogue ou les groupes extrémistes. Le rapport annuel de Reporters sans frontières est particulièrement sévère à l'égard de bien des pays, où tuer un journaliste est presque un sport qui se pratique en toute impunité. Que ce soit en Russie, en Turquie ou dans certains pays d'Amérique latine, bien peu de poursuites sont intentées par les autorités à l'encontre des criminels. En outre, au 1er janvier de cette année, 93 journalistes étaient encore en prison. Ce rapport met aussi l'accent sur les censures protéiformes visant la liberté de la presse: introduction du crime de " lèse-majesté " par plusieurs chefs d'état et de gouvernement d'Asie du sud-est, du Proche-Orient et d'Europe orientale, interdiction ou censure d'Internet dans de nombreux pays d'Asie, en Chine notamment... Bien plus de la moitié des terriens n'ont pas encore un libre accès à l'information, ni même l'opportunité d'émettre un avis sur ceux qui les gouvernent.

 
Site web de Reporters sans frontières: http ://www.calvacom.fr/rsf

 

 


Chine, droits des journalistes


Le jour où le président de la République s'envolait pour un voyage officiel en Chine, Reporters sans frontières faisait paraître dans la presse une " Lettre ouverte à Monsieur le président de la République, à propos de Gao Yu, journaliste chinoise emprisonnée pour avoir exercé son métier ". Cette journaliste travaillait pour des journaux de Hong Kong. Elle est emprisonnée depuis le 3 octobre 1993 pour avoir divulgué des " secrets d'Etat à des personnes se trouvant hors du pays ". En réalité, pour avoir révélé les débats qui agitent le PCC dans la presse de Hong Kong - qui doit se faire du souci pour l'après-rétrocession à la Chine, le 1er juillet prochain... Les signataires de la lettre ouverte souhaitaient que Jacques Chirac se fasse l'avocat de cette journaliste auprès des dirigeants chinois - dont on sait qu'ils ont les nerfs à vif dès qu'on leur parle des droits de l'Homme ou de la liberté de la presse. Titres de la presse française: "Pékin salue le "réalisme" français", entendez: sur la question des droits de l'Homme - et de la presse (le Figaro, 15/5/1997). Dans Libération, 16/5: " Chirac fait décoller Airbus à Pékin. Trente nouveaux avions vendus au premier jour de sa visite ". Par P. C.

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Lorsque Marianne paraît


L'avantage avec les journaux qui, dès la première page du premier numéro, éditent leur profession de foi, c'est qu'il est aisé par la suite d'en noter les dérives. Or, en matière de profession de foi, celle de Marianne, le nouvel hebdo créé et dirigé par Jean-François Kahn, mérite à elle seule le détour. On y apprend "qu'à la logique malthusienne de régression généralisée que les forces conservatrices (de tous bords) tentent d'ériger en inéluctable fatalité, [l'équipe de Marianne] opposera l'optimisme mobilisateur de toutes les volontés collectives qui ne désespèrent pas du progrès ". Nous voici donc prévenus, notre JFK national vient de lancer son hebdo anti-pensée unique où les idées laïques de 1789 auront force de loi et où les valeurs citoyennes l'emporteront sur celle de " l'impérialisme oppressant et oppressif du profit pour le profit ". Mais, plutôt qu'un véritable programme électoral, nous aurions peut-être préféré lire en guise de profession de foi l'expression de la simple volonté de bien faire son métier de journaliste. C'eût été d'autant plus judicieux que chacun se rappelle des dérives de l'Evénement du jeudi. On ne peut néanmoins que se réjouir de la naissance d'un nouvel hebdo généraliste d'actualité en espérant que Marianne, délaissera ce côté " regardez comme nous sommes des gens libres ", et le prouvera, par son contenu. En kiosques tous les lundis, pour dix francs seulement. X. D.

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