Regards Juin 1997 - Vie des réseaux

Ethique en réseau

Par Xavier Delrieu


Les 10, 11 et 12 mars, s'est tenu à Monte-Carlo le 1er Congrès international sur les aspects éthiques, juridiques et sociétaux de l'information numérique (INFOETHIQUE), sous l'égide de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Les nouvelles technologies de l'information et de la communication et les inforoutes (selon la terminologie employée au Québec) posent bien plus de questions qu'elles ne semblent en résoudre. Et la problématique est d'autant plus importante que ces technologies sont particulièrement difficiles à contrôler, puisque mondiales. Chacun peut avoir accès au réseau Internet, à la recherche d'informations, mais, et c'est ici que se situe la question des contenus, chacun peut aussi être la source même de cette information. La situation est par là même totalement nouvelle dans la mesure où, jusqu'à présent, toute prise de parole, tout écrit pouvaient être contrôlés et assujettis aux lois nationales.

Récemment, l'Association des Utilisateurs d'Internet (AUI) rappelait que l'hébergement [de l'information] et l'accès [à l'information] sont deux prestations techniques, automatiques, complémentaires et indissociables dans le fonctionnement du World Wide Web et qu'aucun prestataire de services ou fournisseur d'accès à l'Internet n'a les compétences ni surtout la mission de se prononcer sur la légalité des informations qu'il transporte, comme l'a déjà exprimé un juge saisi en référé. La principale question fut évoquée en ouverture de ce Congrès par Federico Mayor, directeur général de l'UNESCO: " Les chances du " cybervillage " doivent être données à tous. Et ces chances égales doivent porter d'une part sur l'accès aux technologies et, d'autre part, sur la qualité du contenu. Cette qualité, correspondant aux principes, valeurs et normes énoncés notamment dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme, devra être préservée à tout prix." Accès aux technologies tout d'abord. Il suffit simplement de savoir qu'il existe autant de lignes téléphoniques dans l'île de Manhattan que dans toute l'Afrique noire, pour comprendre que les chances d'accès à l'information, via les réseaux, sont inégales du nord au sud, sans oublier les questions liées aux langues, à l'alphabétisation ou plus simplement à l'électricité.

Quant aux pays industrialisés, l'accès aux réseaux est loin d'être égal pour tous. A propos de la qualité du contenu, Federico Mayor ajoutera: " il importe de maintenir dans le cyberespace un équilibre entre le public et le privé, entre le commercial 0et le non-commercial, entre l'esprit marchand et l'esprit de partage ". L'accent est donc mis sur l'hypothèse tout à fait réaliste où les réseaux ne seraient plus qu'un nouveau champs d'action pour les publicitaires de tous bords, hypothèse qui sonnerait le glas de la " composante service public ", ou, pire encore, qui la détournerait à des fins commerciales. La bataille des réseaux vient donc à peine de commencer et concluons avec Federico Mayor, qui citant Antonio Machado (" es de necio confundir valor y precio ") rappelait que seul le simple d'esprit confond la valeur et le prix.