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Sacrée période... Par Henri Malberg |
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Au moment où ces lignes sont écrites [nous sommes lundi 2 juin] la France vient de choisir.
Nettement.
Le second tour des élections législatives a donné à la gauche une large majorité à l'Assemblée nationale avec 245 députés socialistes, 39 députés communistes, 36 divers gauche, radicaux, écologistes, Mouvement des citoyens.
C'est un événement considérable.
Au-delà des circonstances - nées de la décision de Jacques Chirac de dissoudre l'Assemblée nationale - il révèle la profondeur, la force de la volonté de changement.
Celle-ci s'est forgée au rythme des souffrances, des colères, des luttes.
Elle cherchait à s'exprimer et s'est engouffrée dès qu'une porte s'est présentée.
L'échec cinglant de la droite et la victoire de la gauche est ainsi la traduction de ce qui taraude en profondeur la société française.
Tout ce qui, mois après mois, a marqué notre pays, usé et contesté le pouvoir et sa politique, a fini par trouver un chemin politique: les grèves de novembre-décembre 1995, les luttes pour le droit au logement, l'indignation contre la pauvreté, les grands mouvements contre la loi Pasqua-Debré, les initiatives pour la défense du service public, la mobilisation de Strasbourg contre le lepénisme.
Le rapport entre ces mouvements et l'élection marque la situation et ses potentiels.
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Une occasion, une chance, un défi, un péril...
Pour la cinquième fois en l'espace d'une génération, le balancier s'est déplacé. Droite, gauche...à la recherche d'issue. Et maintenant, cette vague, et cette attente, l'ampleur de cette attente. Tout se passe comme si le pays avait dit: " Faites quelque chose, on n'en peut plus." Attente qui peut devenir de la rage si par malheur venait le temps des déceptions. Il est vital de réussir. La gauche est au pied du mur. Communistes, socialistes, Verts, Mouvement des Citoyens, extrême gauche, mais aussi les animateurs du mouvement social, avec leur indépendance et leur rôle propre. Tout ce que la France compte de progressistes a intérêt à la réussite. Il faut inventer un nouveau chemin de progrès. Juin 97, c'est une occasion, une chance, un défi, un péril... Tout à la fois. Le lepénisme, toujours présent et même revigoré, est là pour dire l'urgence. Au moment où cet article est écrit, je suis bien hors de mesure de dire comment cela va se passer entre les forces de gauche. Quel gouvernement ? Quel programme ? Et aussi quel état d'esprit populaire. Une chose est sûre: nous ne sommes plus en 1981.
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Nous ne sommes plus en 1981
L'histoire n'est pas un éternel recommencement. Il n'y a ni fatalité du pire ni certitude du meilleur. Ce sont les peuples qui font leur histoire. Et les communistes - sans mésestimer la difficulté de ce qui est à faire - ont fondamentalement confiance dans le peuple. Plus en 1981, pourquoi ? D'abord l'expérience de la gauche a déjà été faite. Les gens ont une mémoire, il n'y a pas de béatitude comme à la sortie d'un match: " On a gagné "... Les communistes aussi ont appris et ils ne sont plus les mêmes. Actuellement, leur influence sur les événements dépasse de loin leur score électoral. Et qui ne voit que le Parti socialiste de même se trouve devant l'impérieuse nécessité de tenir compte de l'expérience ? Y a-t-il des inconnues ? Certes, et même beaucoup. Mais les exigences sont fortes. Ce pays, ce peuple ne veulent pas, ne veulent plus de la politique qui porte en elle chômage, inégalités sociales, pauvreté, avenir bouché pour la jeunesse, détérioration de la vie collective. Le désaveu cinglant de la droite, la remontée de la gauche et même hélas un certain vote lepéniste disent cela. Le pays attend " un plus " réel, des progrès sociaux et de la justice, un nouvel élan du pays, une réorientation de la politique européenne. Des actes, des actes. La demande est exigeante parce que le discours dominant sur les sacrifices s'est usé. L'argument de la fatalité des lois économiques, de la contrainte extérieure des marchés financiers, des critères de Maastricht n'a plus la force qu'il a eue sur l'opinion publique. Il est significatif que pour tenter de sauver la mise, le président de la République ait tenté " un coup de Séguin ". La question posée n'est pas un libéralisme à visage humain mais l'émergence d'un projet de société qui place l'être humain au centre de la vie politique et sociale. Et puis le pays n'accepte plus le mépris et le cynisme de gouvernants bardés de certitudes, entourés d'experts qui " savent " face à un peuple considéré comme " ignare ". Tout cela trotte dans les têtes. Les temps changent.
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Servir le peuple...
Le point de repère, ce qui détermine tout pour les communistes au moment où commence une nouvelle séquence politique aux conséquences incalculables pour l'avenir, c'est servir le peuple, être utile, travailler à un autre avenir dans un sens transformateur progressiste. Les mots peut-être les plus entendus en direction des communistes étaient: " on compte sur vous ". Les communistes vont tout faire pour mériter cette phrase si belle. Le prochain numéro de Regards publiera un examen approfondi des résultats électoraux. Mais, s'agissant des résultats du Parti communiste, il faut constater avec satisfaction que l'opinion publique a considéré que plus de 10% et 39 députés, c'est bien. Naturellement, il faut continuer à réfléchir sur le rapport entre le score électoral et les 30% d'opinions favorables, l'énorme intérêt, l'attrait nouveau pour les communistes qui se manifeste. Attrait et intérêt qui sont installés dans la vie politique française et qui ont peut-être encore grandi dans la dernière période. Le " On compte sur vous " vient justement de tous ceux-là. C'est très encourageant pour l'avenir des communistes dans notre pays. Et donc en définitive pour l'avenir de la gauche. Que faire de cette influence nouvelle, comment justifier la confiance ? Par des actes et par le comportement. Les actes, c'est par exemple la décision des communistes de tout faire pour contribuer à la constitution d'une majorité et d'un gouvernement de toute la gauche. Les actes, ce sera la manière dont les communistes vont vivre au rythme des aspirations populaires, participer, agir, intervenir dans la vie de la société. Recevoir et donner. Le rapport à la politique ne peut plus être celui de " ceux qui disent " à " ceux qui écoutent ". Les grosses ficelles, les arrière-pensées, les dérobades ont affaire à un peuple plus politisé et plus fin que, par exemple, ne l'a pensé la droite. Elle a aussi payé cela. Les communistes peuvent aspirer à rendre toujours plus visible et faire vivre leur honnêteté intellectuelle. Ils n'ont rien à cacher de leurs pensées, de leurs analyses, de leurs doutes et de leurs espoirs. La lisibilité de chacun de leurs actes, de chacune de leurs décisions peut être complète, sans langue de bois et sans périphrase. Sacrée période qui commence. Les temps changent dans notre pays. Et pourquoi pas en Europe ? |