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MAROC
Par Camardiel Yacine |
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Voir aussi Les protagonistes |
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A la veille des élections législatives à Rabat, l'ouverture démocratique entamée est contredite par un retour à des mesures expéditives, sur fond de situation sociale préoccupante.
Quelques estimations.
Il est de notoriété publique que le roi, qui en dernière instance décide de tout, et l'inamovible ministre de l'Intérieur, Driss Basri, qui "compte dans ce pays plus que tous les autres ministres réunis", ont pour objectif, non seulement une alternance gouvernementale longuement mûrie dans le secret de l'entourage royal, et dont pourrait bénéficier la Koutla (voir encadré), mais aussi et surtout la continuité du régime. Sur le plan de la démocratie, on attend évidemment beaucoup du Maroc. Les observateurs ont les yeux fixé sur l'éventuel impact des réformes auxquelles le royaume s'est engagé, conformément aux normes internationales des "droits de l'Homme", notion désormais inscrite dans la Constitution. Autre pas en avant: l'instauration du bicamérisme et l'élection au suffrage direct de la Chambre des représentants ainsi que la création des régions qui constituent autant d'éléments pouvant jouer pour le progrès, en matière de participation des citoyens aux affaires publiques. D'ores et déjà, d'après Driss Benzekri, vice-président de "l'Organisation marocaine des droits humains", certains progrès en matière de liberté sont à constater: "Différentes mesures ont eu pour effet la libération de dizaines d'anciens "disparus" et de la majorité des prisonniers politiques, ainsi que le retour de la quasi-totalité des exilés pour raison politique." Ce qui n'empêche pas le responsable de l'OMDH de déplorer: "Si la situation des droits de l'homme, depuis la fin 1994, s'est globalement améliorée, deux points demeurent sensibles: d'une part, le respect de l'intégrité physique des personnes et les libertés publiques, d'autre part, le fonctionnement de la justice qui s'avère préoccupant." Les décès en garde à vue dans les locaux de la police et de la gendarmerie, en 1996, sont nombreux et Driss Benzekri peut citer le nom de six morts, dont les causes officielles "par suicide" sont à chaque fois démenties par les médecins légistes indépendants de l'administration. Sur le plan économique, les réformes envisagées par la Koutla ne devraient pas avoir "d'effets négatifs sur le monde des affaires" a assuré M. Boucetta, le secrétaire général de l'Istiqlal à Marrakech le 7 avril, devant un parterre de chefs d'entreprises.
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L'éventualité d'un gouvernement " technique "
L'état de santé du roi est souvent considéré comme préoccupant et le prince héritier Sidi Mohammed est mis en avant le plus souvent possible alors que restent dans les mémoires le souvenir des complots et des révoltes populaires qui ont rythmé le règne de Hassan II. On entend davantage ces supputations - auxquelles s'ajoutent des rumeurs insistantes sur l'éventualité de la formation d'un gouvernement " technique " censé démontrer la " neutralité " de l'administration avant les élections - dans les milieux aisés ou intellectuels des principales agglomérations que dans les quartiers populaires, les bidonvilles ou les villages, dans lesquels vit environ la moitié de la population. On estime le nombre d'habitants entre 33 millions et 31,5 millions en 1997. Le nombre d'analphabètes dépasse 65% de la population totale, et jusqu'à 90% dans plusieurs régions rurales. L'OMDH souligne que " la condition sociale de la majorité de la population ne cesse de se dégrader". Certains estiment que les élections " seront truquées." comme l'a carrément déclaré Nadia Yassine au Monde. Fille et porte-parole de Abdessalam Yassine, chef de file de la principale organisation intégriste marocaine, "Justice et Bienfaisance" qui vit en résidence surveillée à Salé, Nadia Yassine estime les partis politiques peu représentantifs. Mais, ajoute-t-elle, "Nous sommes de plus en plus entendus par le peuple". Ce que craint aussi un jeune élu municipal de l'USPF à Rabat: " Si les ouvertures actuelles débouchent encore une fois sur des lendemains qui déchantent, ce sera un boulevard pour les intégristes ". Un risque que n'écartent pas certains milieux du pouvoir. Critique, Hicham Ben Abdallah El Alaoui, un neveu du roi, résidant une grande partie de son temps aux Etats-Unis, a pu déclarer que dans les pays arabes, " l'extension de l'autorité centrale a reposé sur la coercition davantage que sur le consentement du citoyen, qui, seul, fonde la légitimité du contrat social moderne". A contrario, il appelait à la " constitution d'un espace politique démocratique (...). C'est à la constitution de ce dernier que les dirigeants arabes doivent s'atteler sans délais pour affronter les défis de cette fin de siècle " concluait-il. Il est certain que les classes dirigeantes du pays entendent, pour continuer sur les bases les plus stables possibles, asseoir leur domination et situer, dans cette perspective, " le Maroc du XXIe siècle en tête des pays émergents ". Mais au même moment, comme l'écrit le directeur politique du Matin dans un éditorial, le dossier du Sahara Occidental revient sur le devant de la scène. L'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker a été nommé, au mois de mars, représentant personnel du secrétaire général de l'ONU chargé de cette délicate question. Une nomination qui témoigne de la volonté américaine de régler, au mieux de ses intérêts stratégiques, un problème qui empoisonne le climat régional, depuis la Marche verte organisée par Hassan II en 1975 afin de légitimer l'annexion de l'ancien Sahara espagnol. Au total, l'alternative qui se profile au Maroc semble bien devoir être la suivante: des avancées démocratiques plus conséquentes ou bien l'aggravation d'une situation à bien des égards préoccupante. |
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Les protagonistes
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Deux blocs principaux sont en présence. L'Entente, la Wifak, rassemble les partis gouvernementaux, l'Union constitutionnelle, flanquée du Parti national démocrate et du Mouvement populaire; le Bloc démocratique, la Koutla, regroupe le vieux parti nationaliste de l'Istiqlal, et des formations situées à sa gauche, principalement l'USFP (Union socialiste des forces populaires), la plus importante formation de la gauche marocaine, ainsi que le PPS, issu de l'ancien parti communiste marocain, et l'OADP. Le Rassemblement national des indépendants et le Mouvement national populaire jouent le rôle de forces centristes. S'y ajoutent des forces politiques non reconnues officiellement.n |