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HISTOIRE D'Europe
Par Françoise Amossé |
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Désormais, l'idéal européen résiderait en l'adoption d'un euro, présenté comme salvateur en ces temps de crise.
Tutoyer le dollar, inverser la courbe ascendante du chômage, protéger l'emploi, démocratiser la vie publique par la réforme des institutions que sa mise en place impose, empêcher de spéculer, sans compter une vertu toute fraternelle: l'aimable ouverture du marché unique aux " pays qui frappent à la porte ".
L'euro aurait donc toutes les vertus.
Dans la vie pourtant, le passage à la monnaie unique accompagné des réductions drastiques de budgets publics marque l'opinion qui sympathise régulièrement avec tout ce que le monde du travail, en général, compte de protestataires. Il n'échappe pas en effet que ce forcing économique et social pour un euro bâti sur l'abandon des monnaies nationales, sur un franc attelé au mark, un euro fort de surcroît, produit des dégâts tous azimuts. L'euro se décline avec économie de rigueur. L'euro génère divisions, entre les salariés, les pays, les intérêts. Unique, l'euro n'est pas idéal. Il y a dix ans révolus, les communistes, seuls, votaient contre le " marché unique européen ". C'était en 1986. Il s'agissait pour les libéraux de faire ratifier par le Parlement " la libre circulation des capitaux "." Les marchés financiers seront les gendarmes des nations ", Hans Tietmeyer, président de la Bundesbank, ne pouvait mieux résumer l'objectif. L'essence du projet, éminemment politique, sera peaufinée par le traité de Maastricht qui devait donner moyens politiques et institutionnels auxdits marchés eux-mêmes, leurs outils de guerre, délocalisations, déréglementations, etc. C'était en 1992. Voté de justesse.1999: la monnaie unique serait l'aboutissement de cet objectif, au prix d'une mise sous tutelle des budgets nationaux. Avec, aujourd'hui, d'une part, un pacte de stabilité comme règlement des sanctions pour pays désobéissants et, d'autre part, des attributions supranationales dévolues à la Banque centrale. Les informations sur la construction européenne et sa monnaie unique, l'euro, n'ont été délivrées qu'à coups d'échéance devant frapper les esprits sur l'inéluctabilité du processus. La nécessité d'un référendum, comme promis le 6 novembre 1994 par Jacques Chirac, a été reconnue par un demi-million de citoyens, pour ou contre la monnaie unique, qui souhaiteraient être partie prenante dans des décisions dont ils mesurent tous ou la plupart des enjeux. Chaque dimanche, autour d'une petite table, au coin d'une rue, la signature de la pétition est devenue le lieu d'un autre débat, celui d'une alternative à l'Europe en actuelle construction. Elle serait basée sur des coopérations, institutionnalisées, entre les pays d'Europe, créant leurs échanges au moyen d'un instrument nouveau, un écu, fondé sur les monnaies nationales. Une monnaie non pas unique, mais commune. Comme une nouvelle idée d'Europe. |
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* Abraham Serfaty est le dernier exilé politique marocain.Il vit en France. |