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Histoire d'Afrique
Par Sammy Rifrac |
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Le mythe Foccart vient-il de s'éteindre ou l'importance excessive accordée par les uns et les autres aux "réseaux" dans la définition de la politique africaine de la France lui survivra-t-elle? "Homme des réseaux" et tous autres " conseillers Afrique", de De Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand, ils ont tous travaillé à mettre cette dimension de la politique française au service des intérêts de quelques grands groupes français.
La "dîme" bénéficiaire (où corruption) était inégalement répartie -comme les termes de l'échange - entre dirigeants français et africains.
Mais la donne a changé.
La France "gardienne/gendarme" de l'Afrique au nom de l'OTAN avait obtenu, en compensation, le droit de conduire ses affaires de manière dominante dans la zone CFA.
Autorisation qui lui a été retirée dès la disparition du " bloc " communiste.
Elle tenta bien de "tenir son rang " en accroissant les " aides" dites budgétaires aux Etats amis/clients pour leur permettre de rester en règle avec le FMI - donc pour continuer à bénéficier de son "assistance ".
Mais le coût de Maastricht de plus en plus élevé et les profits décroissants, joints à la pression des Etats-Unis et des institutions financières internationales, sonnèrent l'avènement de la " doctrine d'Abidjan".
Annoncée à l'été 1993 par le premier ministre Balladur, elle interdit toute "aide" française sans accord préalable avec le FMI.
Enfin, la dévaluation du Franc CFA fut imposée en janvier 1994.
La France ne lâchait pas le continent, comme les autres puissances dominatrices du monde, elle le banalisait.
Avec une part de 5% de l'ensemble du commerce extérieur (142,7 milliards de francs sur 2 870 en 1996) de la France, l'Afrique contribue à son excédent pour plus de 16% (21,5 milliards de francs sur 121,6 en 1996).
Cette " normalisation" des relations franco-africaines est imposée par les principaux grands groupes industriels et financiers à la recherche de privatisations rentables et d'accès à des marchés (notamment de matières premières dont le pétrole) défiant toute concurrence. Ils veulent que les gouvernements français contribuent à des stratégies différenciées selon " l'utilité " de tel ou tel pays, produit ou secteur d'activités. Ainsi s'explique l'intégration de l'aide publique française au développement dans les structures définies par les institutions financières internationales et européennes tout comme l'abandon des pays africains à la loi du plus fort. L'application des accords du GATT/OMC par la France diminuera de plus de 45% les termes de l'échange de l'Afrique selon la Banque Mondiale. Les pays les plus touchés par cette dégradation seront les plus pauvres, obligés d'importer de grandes quantités de produits alimentaires pour répondre aux besoins les plus pressants. La conséquence de ces choix stratégiques (plus que de réseaux ) est la mise en oeuvre de deux politiques différenciées: une pour améliorer la " compétitivité " de certains pays et l'autre pour alléger les souffrances d'autres pays marginalisés par la " compétitivité globale " via les projets dits " de proximité ". Dans ce cadre, l'aide publique au développement, même si elle place la France au premier rang, diminue d'année en année et voit sa part africaine régresser, les autorités s'alignant sur les investisseurs privés et d'autres pays occidentaux qui portent aujourd'hui leurs regards vers d'autres régions de plus forte croissance comme l'Asie. En appelant le secteur privé à remplacer ses interventions propres d'Etat, la France veut contraindre les pays africains à s'ajuster encore plus selon le modèle de compétitivité internationale. Elle contribue ainsi à spécialiser davantage chacun des pays en fonction des besoins du "marché mondial " au sein duquel la France elle-même cherche à conquérir des positions. Dans ce cadre, l'Afrique risque d'être maintenue dans un rôle de " réservoir " de matières premières accessibles - et aux meilleurs prix. Dans ce "jeu" planétaire la France a tout à perdre et ne peut que perdre. Mais surtout, elle se prive d'atouts pour jouer un autre rôle. Celui du développement par une coopération nouvelle. |
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* Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. |