Regards Avril 1997 - Vie des réseaux

Utiliser l'Internet

Par Frank Mouly


Entretien avec Meryem Marzouki *

Les deux dernières années on vu la constitution d'un certain nombre d'organisations d'utilisateurs du réseau Internet, dont la vôtre, l'AUI. Quelles sont les raisons qui ont présidé à la création de votre association ?

 
Meryem Marzouki : L'AUI est la première association du genre en France, créée en février 1996. Ses fondateurs avait la conscience qu'Internet n'est pas un " monde à part ", isolé de la société et de ses problèmes. Bien qu'Internet permette l'expression individuelle sans médiateur (c'est d'ailleurs son intérêt majeur), l'utilisation du réseau ne résout pas la question de l'action citoyenne et démocratique que permet le regroupement associatif. Par ailleurs, les médias et les institutions s'intéressant de plus en plus aux enjeux des réseaux, il était crucial que les utilisateurs d'Internet s'identifient en tant qu'interlocuteurs représentés. Enfin, puisqu'on trouve sur l'Internet une très grande diversité d'opinions, se regrouper en une association signifiait aussi partager un certain nombre de valeurs, de principes et une certaine cohérence dans les moyens d'actions envisagés et envisageables. L'AUI constitue ainsi, par ses positions et ses actions, son identité propre.

 
Que pensez-vous de l'attitude actuelle des pouvoirs publics par rapport à l'Internet ?

 
M. M.: Nous avons l'impression qu'ils ont pris conscience des enjeux. Mais cela se fait un peu " dans le désordre ". Les missions confiées à des parlementaires se multiplient, sans toujours présenter une grande cohérence. D'autre part, il y a un très fort lobbying des acteurs de la télématique qui voient à la fois dans l'Internet une menace pour le Minitel (comment faire payer les services sur Internet !), et un immense " gâteau " potentiel. Si on ajoute à cela une pression politique forte, des envies de pouvoir et de postérité pour tous les " messieurs Internet " en puissance, et la pression économique pour le développement du commerce électronique, on obtient la situation actuelle: les amendements adoptés en trois jours, les comités proposés à tour de bras, etc. Jusqu'à ce jour, et avec très peu de moyens, nous avons pu alerter, dénoncer, mais aussi proposer. L'AUI a su montrer sa crédibilité et sa fermeté sur les principes. Nous avons de bonnes raisons de penser que la discussion sérieuse est ouverte, et qu'elle ne fait que commencer? Notre objectif est que l'Internet devienne un véritable service public pour l'expression citoyenne.n

 


* Présidente de l'Association des utilisateurs d'Internet (AUI).

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