Regards Avril 1997 - Vie des réseaux

Remous sur la FM

Par Xavier Delrieu


Sale temps pour les radios indépendantes. La question est aujourd'hui de savoir à quelle sauce elles vont se faire manger par les trois grands opérateurs français et le groupe NRJ. Petit rappel des faits médiatico-grandguignolesques de ces derniers mois. La loi Carignon permet à un même groupe de disposer de trois réseaux nationaux. Les grands groupes se sont donc empressés de tisser leurs toiles sur tout le pays: Europe 1, avec RFM et Europe 2, RTL (la CLT), avec RTL 2 et Fun Radio, RMC, avec Nostalgie et Montmartre FM. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes mais le groupe NRJ, deuxième radio française en audience après RTL, ne dispose seulement que de deux réseaux: NRJ donc, et Chérie FM. C'est pourquoi, depuis déjà quelque temps, il réclame la mise en réseau de sa troisième radio, Rire et Chansons. Le problème, c'est qu'il n'y a plus de place sur la bande FM. A moins que... A moins que les dernières radios commerciales indépendantes ne diffusent ses programmes quelques heures par jour. C'est ici que le bât blesse: une loi oblige les radios désireuses de changer de catégorie, en l'occurrence de la B (les commerciales indépendantes) vers la C (locales ou régionales diffusant au minimum trois heures d'un réseau national), à rendre sa fréquence avant une nouvelle attribution. Mais le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) n'étant pas un modèle de rapidité, Jean-Paul Baudecroux, p.-d.g.de NRJ, a pris les devants début décembre en diffusant sans autorisation des programmes Rire et Chansons sur une quinzaine de régionales. Et depuis, même si les choses se sont calmées, le CSA et le gouvernement ont promis pour bientôt une nouvelle réglementation. Les temps ont bien changé depuis les radios libres. Chacun pouvait alors trouver un ton nouveau, une manière différente de faire de la radio. C'était le temps du joyeux fouillis et des provocations contre l'ordre un peu trop établi des généralistes des grandes ondes. Mais voilà, les élèves ont dépassé les maîtres, et aujourd'hui c'est l'ordre dicté par le pouvoir de la finance qui règne sans partage. Le fait qu'un homme ait aujourd'hui l'opportunité de faire pression sur le gouvernement pour que tout un chacun en France ait l'opportunité d'écouter Patrick Sébastien sur les antennes laisse quelque peu rêveur. Le groupe NRJ ne peut se faire passer pour une victime innocente. Et Ouï FM ou Radio Nova, comme les autres " petites " radios, pourraient bien, à terme, connaître de graves difficultés: la publicité qui les fait vivre n'est pas extensible à l'infini.

 


Comme complément ou suite au livre de Bourdieu, et en moins polémique, on lira aussi, de Roland Cayrol, Médias et démocratie, la dérive (Presses de Sciences Po, 115 p., 75 F) ainsi que le Pouvoir des médias.Mythes et réalités, de Grégory Derville (Presses universitaires de Grenoble, 158 p., 68 F).

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