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Nouvelle économie des images de la violence Par Xavier Delrieu |
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Entretien avec Olivier Mongin |
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Dans votre livre n'évoquez-vous que le cinéma parce qu'il est exemplaire de ce que vous appelez " la nouvelle économie des images de la violence " ou parce que la violence des autres images n'est pas de même nature ?
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Olivier Mongin : Le cinéma, d'une part, permet une comparaison historique.
Sur un demi-siècle, on peut comprendre l'évolution des films dits violents.
Or, la télévision ne le permet pas, même si l'on voit très bien comment le cinéma récent est influencé par cette télévision, c'est le cas de Tueurs-nés, par exemple.
Mais il fallait tout d'abord que j'en revienne au cinéma de genre où la violence est une violence de confrontation: le western, le film de boxe ou le film de guerre.
Il y a dans ces films un adversaire désigné comme tel et un champ de bataille.
Or, aujourd'hui, les images violentes nous font sortir de ce champ de bataille. D'autre part, le scénario de cinéma est particulièrement travaillé, bien plus que celui d'une série télé, ce qui me permet de distinguer deux types de scénarios: ceux où l'individu tombe dans une violence dont il ne sortira pas et ceux qui m'intéressent le plus, comme The indian Runner de Sean Penn ou L'Ame des guerriers de Lee Tamahori, où le problème est posé en d'autres termes: nous sommes violents, que faire avec cette violence, comment en sortir ?
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Mais si ces films apportent des réponses aux problèmes posés par la violence, ne sont-elles pas occultées justement par cette violence qui y est mise en scène ?
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O.
M.: Nous sommes pris aujourd'hui dans la violence.
Qu'elle soit réelle, visible, invisible...
Tout cela n'est pas sans lien avec les rumeurs relatives à l'insécurité.
De plus en plus, les frontières s'estompent entre la fiction et le réel.
Et ce manque d'étanchéité est un fait nouveau.
Ce qui est intéressant chez quelqu'un comme Kubrick, dans Full metal jacket, par exemple, c'est sa manière de recycler la violence des images.
C'était aussi le cas de Scorsese, dans Taxi driver ou the King of comedy, alors que Casino se prête beaucoup plus à la critique que vous venez d'évoquer. La violence renvoie à quelque chose de l'ordre de l'irreprésentable, c'est pourquoi j'insiste beaucoup sur le contenu dans la mesure où le problème de la mort est une question centrale. Les films violents sont des films où la mort ne trouve jamais sa place. Toutes ces formes de violences posent un très sérieux problème de désensibilisation. Il y a une violence croissante dans la société et plus on la regarde devant son petit écran et plus on pense s'en protéger. Ce n'est pas tout à fait la catharsis car celle-ci tient de l'expérience possible. Là, on se met à distance de cette violence pour éviter d'avoir à s'y confronter dans la réalité. C'est un détournement de la confrontation. La violence me vient de l'extérieur et je la renvoie vers l'extérieur, mais je ne me prends pas comme sujet. On s'abreuve de plus en plus de violence pour ne pas avoir à entrer dans le champs de la conflictualité. Or, la violence devient de plus en plus sauvage parce que ce champ de la conflictualité ne trouve pas de réponses politiques. |
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1. Olivier Mongin, La violence des images ou comment s'en débarrasser, le Seuil, 183 p., 120 F. |