Regards Avril 1997 - La Planète

La chaîne des mineurs allemands

Par Pierre Levy


L'Allemagne va-t-elle se plier au modèle anglo-saxon, comme le préconisent plus ou moins ouvertement outre-Rhin, patronat et gouvernement? Peut-on imaginer de nouvelles alternatives ? Une partie de la réponse s'ébauche dans l'expression du rapport de force social et politique. L'année 1996 a été marquée par le plus grand mouvement social depuis la guerre, avec 350 000 manifestants dans les rues de Bonn, le 15 juin, contre les mesures du " plan Kohl ", traduction allemande de la course à la monnaie unique. Les mobilisations successives ont réussi à bloquer l'application de la loi instituant la réduction des indemnités-maladie.

Deux autres mouvements marquent la période, une grève des postiers contre la suppression du monopole public de distribution du courrier et surtout une énorme manifestation des habitants du bassin minier de la Rhur. Autour des mineurs, métallurgistes, militants de la culture, des églises, des familles, ont, par centaines de milliers, formé une interminable chaîne de 93 km, contre la suppression des subventions aux charbonnages qui menace 50 000 emplois sur 90 000 dans la profession. On y a vu des dirigeants du parti social-démocrate SPD du Lander et même le Ministre du travail du land, membre du parti de Helmut Kohl, la CDU. A la mi-mars, les mineurs ont remis ça dans une grève qui réunissait 20 000 d'entre eux à Bonn, à la mi-mars, après que Helmut Khol ait déclaré qu'il ne reculerait pas." L'atmosphère de la Sarre est explosive ", déclarait alors le porte parole de la commission ouvrière des mines de Sarre.

Les salariés allemands restent respectueux d'une légalité très restrictive quant au droit du travail, mais ils sortent davantage de leur coquille. Quelques-uns pensent même que la mobilisation sur les indemnités-maladie était telle qu'il aurait été possible de poursuivre le mouvement, pour peu que la direction du DGB l'ait préférée au compromis et aux concessions salariales. Dans le même temps, s'exprime unanimement un besoin de travail en commun avec des syndicalistes européens, particulièrement français. Conscients, pour beaucoup, que la construction européenne actuelle est pilotée par le capital, nombre de syndicalistes allemands souhaitent une mobilisation syndicale salariée plus élevée." Ne les laissons plus nous diviser ", disent-ils fréquemment. Beaucoup de dirigeants syndicaux d'entreprise sont plus combatifs que leur direction confédérale, mais doutent de la capacité des salariés à modifier fondamentalement le rapport des forces en faveur du monde du travail, à l'échelle du pays.

Certains militants syndicaux insistent sur le handicap que constitue l'absence de perspective politique alternative, en soulignant la responsabilité du Parti social-démocrate, SPD, plus que jamais engoncé dans l'acceptation de la logique néo-libérale à l'oeuvre. Parallèlement, il faut noter un début de processus visant à ce que les citoyens se réapproprient l'initiative politique. Fin janvier, à Erfurt, une trentaine de personnalités syndicales, religieuses et autres se sont réunies à partir du constat de l'effet insuffisant de la mobilisation revendicative pour réfléchir sur une alternative politique. Si une hirondelle ne fait pas le printemps...

 


* Représentante de l'EZLN au 29e congrès du PCF.

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