Regards Avril 1997 - La Planète

Rencontre avec une zapatiste

Par Obey Ament


Entretien avec Paulina Fernandez *

En 1994, les zapatistes surgissent au Chiapas. Aujourd'hui, ils investissent le champ politique mexicain.

Lorsque l'Armée de libération nationale zapatiste (EZLN) fait irruption dans la vie du pays, la première de ses revendications est la démission de l'"illégitime" président frauduleusement élu, Carlos Salinas de Gortari."Mesure ultime mais juste" pour le droit au "travail, à la terre, à la nourriture, la santé, l'éducation, l'indépendance, la liberté, la démocratie, la justice et la paix." Trois ans après, les zapatistes constatent que, si les causes de leur soulèvement et leurs revendications restent d'actualité, leurs formes d'expression doivent changer. L'EZLN, armée zapatiste, cherche à créer le FZLN, Front zapatiste de libération nationale.

 
La recherche d'autres voies que celle de la lutte armée

Pour Paulina Fernandez, qui représentait le FZLN au 29e congrès du PCF, "L'EZLN ne se transforme pas en Front zapatiste. Il propose une initiative à la société civile, pour qu'ensemble nous formions une force politique nouvelle et indépendante. Ni les étapes, ni les caractéristiques, ni le programme, ni les principes et structures ne sont définis d'emblée.(...) L'EZLN reste l'Armée zapatiste. Ce qui est recherché date de janvier 1994 au moment où la société civile manifeste pour la paix au Chiapas. Ces manifestations de solidarité ont montré aux zapatistes l'existence de cette société civile sur laquelle ils n'avaient pas compté.(...) Cette même société, qui ne se mobilisait plus, qui ne résistait pas (...) est revenue, à ce moment critique, sur la scène pour exiger la paix. Les zapatistes ont alors compris qu'une majorité de la population les soutenait sans être favorable à la voie armée. Surpris, ils se sont trouvés porteurs des attentes populaires. En prenant les armes, ils pensaient devoir faire un long chemin avant d'être compris de la population. La recherche d'autres voies que celle de la lutte armée s'imposait à eux, face à l'exigence d'une population mobilisée pour exiger une issue politique et la solution à des demandes qu'elle reconnaissait comme les siennes.(...) L'ambition des zapatistes n'est pas celle de prendre le pouvoir mais de voir la société elle même le prendre.(...) L'un des principaux obstacles que nous rencontrons est une certaine incapacité à nous voir comme une société plurielle et à marcher ensemble, même un moment seulement. Nous n'avons pas tous les mêmes objectifs.(...) Les citoyens criaient: " Nous sommes tous des Marcos " en réponse au mandat d'arrêt lancé contre les dirigeants zapatistes. L'offensive gouvernementale a pu être encore une fois arrêtée et les communautés indigènes sauvées du massacre.(...) 1,3 millions de personnes consultées par l'EZLN ont exprimé leur souhait de voir l'EZLN devenir une force politique nouvelle et indépendante. L'EZLN ne veut pas devenir un parti mais une force politique pas tout a fait comme les autres. Il a d'abord voulu savoir qui est prêt et comment on veut participer et le but visé. Nous construisons quelque chose de très important à partir de la base de la société, indépendamment du pouvoir politique et sans aide économique ou politique du pouvoir." n

 


* Représentante de l'EZLN au 29e congrès du PCF.

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