Regards Avril 1997 - Edito

Le mot "communisme" et le mot "citoyen"

Par Henri Malberg


Visiblement, beaucoup de choses bougent dans le pays." Un air nouveau ", a noté le dernier Comité national du Parti communiste. Parmi les faits notables, il en est un qui attire l'attention de nombre de commentateurs: le mot " communiste " redevient positif. On pourrait citer des sondages, des articles, des résultats électoraux, des expériences personnelles en faveur de cette thèse.

Que se passe-t-il ? A l'évidence, la tragédie du socialisme des pays de l'Est se regarde avec plus de recul et la démarche honnête des communistes envers cette expérience, leur réflexion sur leur propre histoire, sont maintenant plus visibles pour une majorité de Français.

 
Le temps des remises en cause

Du coup, le fond remonte à la surface. L'idée communiste retrouve sa fraîcheur et ses sources: aspiration à la justice, communauté, communion, commune, humanisme, valeurs universelles progressistes... Tout cela prend d'autant plus de sens que le capitalisme, déchaîné chez nous comme partout, se montre sous son visage le plus révoltant. Pouvoir exorbitant de l'argent, mépris des hommes, mépris de la nation elle-même au nom d'une pseudo mondialisation.

Le système lui-même commence à être mis en question. La place des communistes dans tous les combats sociaux et progressistes, la nouvelle capacité d'initiatives dont ils font preuve, ce qu'on appelle leur " mutation " jouent évidemment un rôle dans cette popularité naissante-renaissante.

Mais que faire de ce regain, le mettre au service de quelle cause, engager ses forces dans quelle direction, voilà bien une question posée aux communistes. Une opinion publique plus favorable les attend là.

D'abord, cela va de soi, au rendez-vous de la résistance - constatons que ce mot devient un mot courant. Le pouvoir en sait quelque chose. Le mouvement des cheminots et des travailleurs de novembre-décembre 1995 a été comme un tournant. Depuis, cela n'arrête pas: Crédit Foncier, traminots, sans-papiers, mouvement contre la loi Debré, les Renault, les internes des hôpitaux...

Une culture de lutte et de nouvelles aspirations à la citoyenneté s'avancent sur le devant de la scène. Elles posent problème à la droite et " feraient sans doute problème " à une gauche victorieuse en 1998 si celle-ci ne tirait pas enseignement des années 80.

Il est difficile aujourd'hui de bâtir une politique en arguant d'une fatalité qui convainc de moins en moins.

 
Des mouvements de longue portée

Chacun a pu constater que les mouvements qui ont tous leurs objectifs propres et qui ne lâchent pas prise facilement, tendent, c'est très notable, à relier leur résistance à des idées plus générales. On voit la portée à long terme du mouvement contre la loi Debré. Et voici ce qu'on a appelé à juste titre l'euro-manifestation de Bruxelles. Pour la première fois avec cette puissance face à l'internationalisation de la politique du capital, le mouvement social passe lui aussi au-dessus des frontières. Contre l'Europe de Maastricht et de la monnaie unique se dresse ainsi dans les luttes une autre Europe.

Et on voit " l'horreur économique ", titre d'un livre, devenir un mot usuel. Et Télérama paraître avec Marx en couverture.

Dès lors, mûrit et mûrira la question centrale: quelle autre politique la gauche propose-t-elle ?

Rien n'est plus important, pour toutes les forces de gauche, pour toute femme et homme de progrès, et pour les intellectuels qui viennent de montrer la puissance de leurs interventions, que de plonger dans la recherche d'une issue politique.

Dans notre pays si rudement secoué par le chômage, le manque d'avenir pour la jeunesse, la mise en cause du tissu social, tout est possible. Le pire aussi. Il est donc vital qu'un travail de fond s'engage avec les citoyens, avec les formations associatives, politiques, syndicales, pour chercher ensemble des réponses audacieuses et praticables à la situation actuelle.

Aucun détour ne permet d'échapper à cette question. La gauche ne pourra pas gagner en 1998 de la même façon qu'en 1981. Le peuple est bien plus exigeant, attentif, méfiant même. Et elle ne pourra pas gouverner comme après 81. Pour les mêmes raisons.

C'est le sens des questions que pose le Parti communiste. Comment maîtriser cette économie folle, faire entendre raison aux marchés financiers et aiguiller l'Europe dans une autre direction que celle de la monnaie unique, avec les conséquences désastreuses qu'aurait son installation ?

 
Invention politique

Et quel autre rôle pour les partis politiques eux-mêmes ?

Il est vital, et les communistes le prennent d'abord pour eux-mêmes, de créer un autre rapport entre le peuple et le pouvoir, entre le peuple et les formations politiques.

Les communistes - Robert Hue en traite longuement dans l'entretien qu'il a donné à Regards - se sentent complètement en phase avec cette idée que Pascale Ferran développe dans un article récent: " Il faut réinventer une pratique politique avec l'idée de transformer l'effondrement des années 80 en chance historique, en possibilité d'imaginer d'autres méthodes."

Ou avec Claire Denis quand elle dit: " On a été décrit comme des intellos qui voulaient donner des leçons. C'est tout le contraire. C'est le manque qu'on ressentait par rapport à la politique qui a donné envie de répondre à cet appel."

Les " Assises pour le changement en 1998 " - proposition venant des communistes - visent à engager sans aucun esprit de récupération envers quiconque, individu, association, formation politique, le débat devenu urgent sur ce qu'il faut changer dans ce pays et comment le faire.

Ce débat n'est pas un débat d'appareils entre forces de gauche et progressistes. C'est un débat d'envergure nationale qui concerne tout le pays.

 
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1. Rosa Luxembourg (1870-1919).Militante socialiste allemande qui participa à la révolution russe de 1905; cofondatrice avec Liebknecht du groupe Spartakus et du PC allemand.Morte des coups reçus en prison après l'échec de l'insurrection spartakiste.

Andreï PlatonovTchevengour, 427 p, 159 F.Traduit du russe par Louis Martinez Ed.Robert Laffont, coll." Pavillons "Moscou heureuse, 189 p, 119 F Traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard Ed.Robert Laffont, coll." Pavillons "

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