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BOURGES
Par Xavier Delrieu |
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Entretien avec Daniel Colling Voir aussi Ce qu'il ne faut pas rater ce Printemps |
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Daniel Colling, fondateur du Zénith, est aussi celui qui créa le Printemps de Bourges.
Sa plus belle initiative, cette manifestation en est cette année à ses vingt ans, et il continue de la diriger.
Les temps ont changé, la musique aussi, le Printemps de même.
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Déjà vingt ans de Printemps de Bourges.
L'émotion est-elle toujours la même ou ressentez-vous une certaine lassitude ?
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Daniel Colling : Très sincèrement, je suis toujours aussi excité.
Même si c'est quelque peu différent des premières années lorsque le festival a commencé.
Maintenant je suis plus dans une performance qui consiste à le faire durer.
Et c'est encore plus difficile.
A 85%, notre public a entre dix-sept et vingt-cinq ans.
Cela signifie que, depuis vingt ans, il a bien changé.
Il faut donc glisser, chaque année, sur les sensibilités musicales.
La difficulté réside dans le fait que nous sommes un peu rejetés par notre ancien public qui s'accroche à une nostalgie des premières années.
Nous sommes cependant obligés de nous séparer de lui pour nous attacher à la sensibilité du petit frère.
Mais celui-ci peut très bien nous rejeter en disant que ce festival est celui de son grand frère.
Il y donc un sérieux problème d'image à gérer.
C'est une des principales difficultés du " management ", celle-là même que l'on retrouve lorsqu'on s'occupe de la carrière d'un artiste.
Le festival sera donc cette année plus jeune et plus tendancieux que jamais, au sens propre du terme.
Tous les styles de musique seront représentés pour ce vingtième Printemps.
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Peut-on associer à cette inévitable évolution de l'image du Printemps, le changement de partenaire radio: d'abord France Inter, puis Europe 2, et cette année NRJ ?
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D.
C.: Certainement.
Je ne porte pas d'appréciations sur cette radio, mais si nous sommes aujourd'hui avec NRJ, c'est parce qu'elle est la plus proche de notre public.
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Comment est élaborée la programmation du Printemps ?
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D.
C.: Je m'entoure de spécialistes, de programmateurs pointus.
Le côté personnel se retrouve dans la démarche globale du festival.
Je ne peux pas suivre toute l'actualité de la musique.
Je suis en fait globalement directeur artistique du Printemps.
Cela consiste à établir une grille vierge dès le mois de septembre, avant de faire la programmation, en organisant les styles de musique selon les salles.
Il s'agit de construire une histoire théorique dans laquelle nous insérons les artistes.
C'est pourquoi on retrouve toutes sortes de musiques à Bourges.
Il y a par exemple, à deux pas de l'enceinte du festival, l'une des plus belles cathédrales du monde.
Tous les ans, nous y organisons donc des concerts classiques.
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D'où vous est venue cette idée d'organiser ce festival à Bourges ?
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D.
C.: Le projet du festival a été établi en 1976.
J'étais professionnel depuis 1970 et j'avais dans l'idée de monter un événement national autour de la musique.
Cela n'existait pas en France.
Je voulais l'organiser en province mais, ayant peu d'argent au départ, j'ai, dans un premier temps, recherché un coproducteur.
Je voulais donner une touche artistique au festival, c'est pourquoi je me suis tourné vers les Maisons de la Culture.
Or, à l'époque, il n'en existait que dix-sept.
Nombre d'entre elles s'occupaient surtout de théâtre, voire de danse comme à Grenoble.
Celle de Bourges, par contre, était déjà spécialisée dans la chanson.
A cette époque, je tournais avec Léo Ferré donc je connaissais assez bien le circuit culturel français.
On peut dire qu'il y a eu une démarche mais aussi du hasard.
Je n'ai pas pris une carte en me disant: je vais à Bourges parce que c'est le centre de la France.
Il se trouve aussi que cette ville possède des infrastructures propres à l'organisation d'un festival.
Il a fallu les aménager pour qu'elles accueillent des concerts.
Le pavillon Coca-Cola, par exemple, est un hall de parc d'expositions que nous avons fait transformer il y a une dizaine d'années.
D'autres salles, comme le Palais des Congrès, ont néanmoins été construites sous l'impulsion du Printemps.
C'est pourquoi il n'existe aucune ville en France offrant de telles possibilités dans un périmètre aussi réduit.
Elles furent décisives dans le choix de Bourges.
Maison de la Culture, certes, mais aussi vaste espace qui signifiait développement facile du festival.
Enfin, il ne faut pas négliger le fait que Bourges est une ville magnifique, chargée d'histoire.
C'est un avantage extraordinaire.
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Le Printemps a connu des difficultés financières il y a quelques années.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
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| D. C.: Il y a même eu un dépôt de bilan en 1989. Nous avons donc procédé à un plan de redressement. Il se termine au mois de juillet. Nous sommes aujourd'hui sur des bases saines, puisque le Printemps est une véritable entreprise qui emploie au plus fort de son activité quelque huit cents personnes ! n |
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Ce qu'il ne faut pas rater ce Printemps
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Le Printemps de Bourges, c'est facile ! Voilà vingt ans qu'il nous revient avec les premiers bourgeons.
Ainsi, du 15 au 20 avril, les Berruyers fêteront leur vingtième Printemps avec des invités de marque et des inconnus qui feront tout leur possible pour ne pas le rester plus longtemps.
Et, comme chaque année, la programmation sera pour le moins éclectique.
Le centre de la France sera donc, l'espace de quelques jours, au coeur de la création musicale mondiale.
Voici donc une petite liste, bien sûr non exhaustive, des concerts à ne pas rater.
A commencer, le 16 avril, par celui de Johnny Cash, ce vieux baroudeur du blues et de la country américaine qui fera grincer ses trois accords de guitare, et qui sait peut-être un quatrième, puisqu'il avoue lui-même acheter parfois des méthodes d'apprentissage, juste histoire de découvrir comment il faut tenir son manche...
Ensuite, le concert de Diabologum, un très bon groupe de rock français.
Le lendemain, après le concert de Noir Désir, qui vient de sortir un excellent disque, il faudra enchaîner soit avec Jane Birkin, soit avec Marianne Faithfull chantant Kurt Weill, soit encore avec Echobelly, Supergrass et Suede, trois bons groupes de rock et pop en provenance de chez nos voisins anglais.
Le vendredi, Khaled, bien sûr ! Il faut avoir vu Khaled au moins une fois sur scène: il y distille une musique et un sourire bien plus efficaces que tous les Prozacs du monde.
Quand à la soirée, il faudra se décider: ou du hard avec Trust et Motörhead (préparez les oreilles), ou l'exceptionnel haute-contre Gérard Lesne avec l'ensemble Il Seminario Musicale interprétant de la musique sacrée de l'Italie baroque (quelques grammes de finesse...), ou le reggae des Wailers, ou la très (mais alors très) talentueuse Fiona Apple.
Le samedi, prendre tout son temps pour visiter le Palais Jacques-Coeur, à moins d'avoir envie du Worlds Apart, le boy's band du moment.
Le soir, on pourra voir Placebo ainsi que The Eels (leur disque est magnifique), ou Arthur H, toujours aussi indépendant, ou encore Autour de Lucie, groupe français avec chanteuse, promis à un bel avenir.
Et le dimanche, on peut aller voir par curiosité L7, groupe américain de filles déjantées, Les Innocents, sans surprises mais agréable, ou aller s'achever définitivement avec la Hip Hop Soul Party avec, entre autres, Warren G.
Peu de rap et de techno dans cette sélection.
Simplement parce que tous les après-midi vers 16 heures, et pour 80 F, le rap est à l'honneur, et que tous les soirs vers minuit, les platines des DJ vont scratcher en rythme.
Il ne faut cependant pas oublier d'aller jeter avec attention une oreille tous les jours sur les scènes Découvertes qui font tout le charme du Printemps.
X.
D.
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