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M. A.: " Et notre dignité ? " Par Jackie Viruega |
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Voir aussi Quand parents et enseignants travaillent ensemble |
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La rentrée scolaire et surtout la grève de la faim menée à Toulouse avant Noël par Annick Vesperini et ses collègues ont popularisé le mouvement des maîtres auxiliaires provoqué par le non-réemploi de plus de 15 000 d'entre eux.
Annick Vesperini est aujourd'hui à Paris. Elle et ses collègues de la coordination (23 collectifs pour 26 académies) devaient rencontrer le ministre François Bayrou. Rendez-vous reporté. Pour la deuxième fois. Annick et Béatrice Folacci, maître auxiliaire dans l'académie d'Orléans-Tours, se sentent maltraitées, et parlent du " rapport de forces nécessaire " pour se faire entendre: " Il a fallu, disent-elles, une grève de la faim pour que le ministre accepte de négocier. Il a proposé 3 300 réemplois en janvier, valables de février à juin 1997. Cela ne fait pas le compte, ni en nombre ni en durée." Le réemploi à la mesure des effectifs réels et la titularisation pour mettre fin à une situation précaire ressentie comme invivable, c'est ce que demandent les maîtres auxiliaires, qui représentent environ 11% des enseignants du secondaire.
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Une frange de salariés précaires employés comme " bouche-trous "
L'accord signé en décembre 1996 par les pouvoirs publics et la majorité des syndicats prévoit pour eux un concours, mais accessible seulement à 12 000 maîtres auxiliaires sous certaines conditions. Annick et Béatrice objectent que plus de 20 000 maîtres auxiliaires n'y auront pas accès; que d'autres qu'eux s'y engouffreront - comme ce fut le cas du " troisième concours " (1) obtenu par les enseignants " sans concours " titularisés en 1983; que les maîtres auxiliaires sont diplômés pour la plupart, qu'ils sont déjà recrutés et travaillent depuis de longues années; que près d'un tiers des quelque 300 000 professeurs du secondaire sont titulaires sans avoir passé de concours. Elles soulignent surtout que la mesure ne réglera rien tant que du personnel précaire sera recruté: " Il faut cesser définitivement d'embaucher des maîtres auxiliaires, titulariser ceux qui le sont déjà, les " réinjecter " dans la Fonction publique. S'il y a des problèmes de formation, que les moyens d'y remédier soient accordés. Aujourd'hui, nous avons un jour par an pour préparer les concours ! " Leurs conditions de travail leur sont insupportables: " Nous sommes appelées du jour au lendemain pour enseigner en sixième comme en classes préparatoires, dans des matières qui ne sont pas forcément celles où nous avons été formées, nos remplacements couvrent tout le territoire d'une académie (et certaines comprennent huit départements) pour, par exemple, deux demi-postes distants l'un de l'autre de 400 kilomètres, et tout cela pour un salaire mensuel entre 6 500 F et 7 000 F, même en remplaçant un agrégé ! "
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Traitement différent pour un travail équivalent
Avec cette frange de salariés précaires employés comme " bouche-trous ", l'Education nationale donne vraiment l'impression d'avoir créé, au gré de besoins fluctuants, différentes catégories d'enseignants, traités différemment pour un travail équivalent. En même temps, l'administration multiplie les heures supplémentaires. C'est un euphémisme que de constater à quel point les principes de la Fonction publique - dont le recrutement par concours comme condition d'égalité des chances - sont battus en brèche, depuis des années. Bien décidées à poursuivre leur lutte, Annick et Béatrice ont un mot qui résume tout: " Et notre dignité ? " n J. V. |
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1. Outre le concours externe et le concours interne du Capes et de l'agrégation, un " troisième " concours a bénéficié aux PEGC (ex-instituteurs enseignant dans le secondaire) et aux adjoints d'enseignement (AE). |
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Quand parents et enseignants travaillent ensemble
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L'annonce en janvier de la suppression de 48 postes d'enseignants du primaire et du secondaire a provoqué une réaction inédite dans la région: originaire de Besançon, la fronde a gagné non seulement Montbéliard, ville industrieuse, mais aussi les campagnes environnantes et a d'ores et déjà permis d'obtenir le réemploi de tous les maîtres auxiliaires, deux postes d'Atos (personnels ouvriers de service), deux postes d'enseignants dans le secondaire et huit dans le primaire. Marqué par le rassemblement large des organisations syndicales enseignantes et des parents d'élèves de la Fédération de conseils de parents d'élèves présidée Mme Nosbonne, ce mouvement a reçu le soutien à Sochaux-Montbéliard des syndicats ouvriers." C'est dire combien la question de l'avenir des enfants et des jeunes est intrinsèquement lié pour tous à celle de la qualité du service public de l'éducation ", selon Mme Nosbonne. Plus loin encore dans la conscience des enjeux, toutes les associations et les syndicats ont décidé de poursuivre leur action autour de deux axes: le premier concerne l'obtention d'un collectif budgétaire, dans la mesure où chacun est bien conscient que les postes obtenus ne doivent pas l'être au détriment d'autres départements; le second consiste à créer au sein de chaque secteur urbain des relations permanentes entre enseignants et parents, afin de mieux se comprendre sur les moyens dont il est nécessaire de doter l'école que chacun souhaite construire. Une détermination revendicative, enrichie d'un fort sentiment de solidarité et d'un travail prospectif dont il sera intéressant de connaître les suites.n F. A. |