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L'élitisme pour tous Par Xavier Delrieu |
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Entretien avec Jean-Marie Borzeix* Voir aussi Bill, Léonard et les autres |
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France Culture connaît aujourd'hui une évolution tout en douceur.
Jean-Marie Borzeix, directeur de l'antenne publique, évoque cette mutation tranquille.
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Quelle est la place de France Culture aujourd'hui dans le paysage radiophonique français ?
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Jean-Marie Borzeix : Question vaste et réponse simple.
Les programmes de France Culture font qu'elle est une radio qui n'a pas de véritable concurrence.
C'est notre forme, même si je déplore cette situation.
Cette radio est singulière en France mais aussi dans le monde car il n'en existe aucune autre qui soit entièrement tournée vers la culture, sans avoir de mission éducative.
Nous sommes une radio généraliste et thématique.
Aucun sujet ne nous est interdit, il s'agit simplement de l'aborder selon une démarche qui nous est propre.
Sur France Culture, vous trouvez des documentaires, des fictions (dont au moins sept heures de création originale par semaine), des émissions sur l'architecture, les sciences, la poésie...
Nous avons en fait une véritable offre que l'on ne peut retrouver ailleurs.
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Avez-vous des auditeurs spécifiques ?
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J.-M.
B.: Bien sûr.
Certains auditeurs n'écoutent que France Culture.
Et tout en restant dans le coup, ce n'est pas un voyage à la Trappes ! Et puis, de plus en plus de personnes, nous rejoignent tout en écoutant d'autres radios, le plus souvent du service public.
Il y a une très forte duplication de notre auditoire avec les autres chaînes de Radio France.
Ce qui caractérise notre auditoire est que nous avons de plus en plus d'auditeurs qui nous découvrent.
Nous avons maintenant un public beaucoup plus jeune sans faire aucune concession.
Personne ne peut nous accuser de " jeunisme ".
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Mais tous ces auditeurs se mélangent-ils facilement ?
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J.-M.
B.: Pour nous, c'est plus difficile que pour d'autres.
Il est vrai qu'il existe une véritable césure entre les générations.
Mais au fond, ce que nous faisons, tous les médias le font.
Y compris la presse écrite.
Chez Regards, je suppose que vous vous adressez à la fois à l'universitaire de vingt ans et au vieux militant qui a lu Clarté dans son enfance.
Nous avons tous à faire face à cette même réalité d'une mémoire éclatée et d'un patrimoine culturel qui a aujourd'hui des failles immenses.
Nous essayons donc de le faire et nous y réussissons.
La culture ne se divise pas, elle est pour tout le monde.
Nous ne cherchons pas de petits artifices pour la mettre à portée de...
Notre objectif numéro un n'est pas un indice Médiamétrie, même si, bien entendu, nous sommes très heureux de gagner de nouveaux auditeurs. L'objectif prioritaire, c'est de faire de bons programmes. Notre statut de radio publique nous donne une liberté formidable, une possibilité d'éclectisme que ne peut avoir aucune radio privée. Nous avons cette chance. A France Culture, nous n'avons pas de recette et nous ne cherchons pas à en avoir. Je tiens à féliciter l'équipe de Regards, d'ouvrir un espace pour la radio, au milieu des autres médias bien sûr. Il est vrai que la radio est un peu le mal aimé de la presse écrite. Combien de rubriques consacrées à la radio ont disparu ces dernières années des journaux ! Or nous avons besoin de vous, nous sommes infiniment plus proches de la presse écrite que du monde de l'image. Je vous remercie d'avoir pris cette initiative. Elle est extrêmement positive. Nous faisons des choses si peu conventionnelles que nous avons besoin de ce soutien.n |
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* Directeur de France Culture. |
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Bill, Léonard et les autres
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Nul n'a pu ignorer, en France et dans le monde, le passage éclair de Bill Gates à Paris, au début du mois de février.
Sa couverture médiatique a atteint, dans l'efficacité, une exemplarité qui sera enseignée dans les écoles de communication, à n'en pas douter.
La venue de l'homme le plus riche du monde, d'après la revue américaine Forbes, le patron de Microsoft, dont les logiciels équipent 85% des micros ordinateurs dans le monde, avait été préparée par Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France, qui déclarait, il y a peu, dans l'International Herald Tribune, qu'il n'y avait " pas assez de Bill Gates " dans notre pays.
Opinion relayée par Louis Schweitzer, président de Renault, qui, au Forum de l'économie mondiale, à Davos, estimait, selon le journal le Monde du 6/2/97, qu'il fallait " rechercher dans le capitalisme américain ce qui pouvait en être retenu.
Sa capacité à faire naître d'autres Bill Gates ".
Mister Bill était, bien entendu, au nombre des invités de Davos, d'autant que le thème retenu portait sur " l'édification d'une société en réseaux " où l'Internet occupe la place centrale.
Arrivé tard sur le marché de l'Internet et des services en ligne, à la fin 1995, la puissance financière de Microsoft lui a permis, en 1996, d'investir ou d'acquérir plus de 20 sociétés opérant dans ce secteur.
Bill Gates est, par ailleurs, propriétaire d'une oeuvre importante de Léonard de Vinci, le Codex Leicester, un manuscrit de 72 pages acheté, en 1994, 30,8 millions de dollars (172 480 000 francs au cours de 5,60 F pour 1 dollar), lors de la succession Armand Hammer, l'ancien propriétaire, qui l'exposa à Paris, en 1982, au musée Jacquemart-André - dans une relative indifférence du grand public.
Le nouveau propriétaire le présente à nouveau, au musée du Luxembourg (jusqu'au 16 mars); Léonard est donc embauché comme agent commercial d'un cédérom consacré à son Codex Leicester, au lancement duquel participaient deux ministres, celui de la Culture, celui de l'Education nationale, et le deuxième personnage de l'Etat, le président du Sénat.
La hiérarchie, dans cette opération de haut vol en matière de marketing, étant par ailleurs respectée: l'invitation au palais de l'Elysée, un tête-à-tête d'une heure et demie avec le président de la République, qu'il a entretenu de l'importance de l'informatique dans les programmes scolaires.
Visite précédée d'une intervention au Salon IT-Forum, à la Défense, sur le thème " La gestion des informations et des données ", en compagnie, notamment, de Jacques Séguéla.
Ce salon qui, par ailleurs, servait de lancement à la version 1997 de " Office ", un logiciel " de productivité bureautique " adapté pour Internet.
Par Pierre Courcelles
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