Regards Mars 1997 - Vie des réseaux

L'art et le téléphone

Par Pierre Courcelles


Il y a longtemps déjà qu'Ernest Pignon-Ernest a pris le parti de mettre son travail dans la rue, de coller sur les murs des villes ses grands dessins sérigraphiés, Gisants de la Commune, Hommes bloqués, Rimbaud... Sa dernière campagne d'affichage s'est jouée sur le dehors-dedans de la rue: les cabines téléphoniques publiques, à Lyon et Paris, dans lesquelles il a fait entrer des effigies de l'affliction: homme tête pendante sur la poitrine ou accroupi tête appuyée sur le genou, femme nue, images de solitude et d'angoisse redoublant la réalité quotidienne des villes peuplées d'une humanité en perdition. Régis Debray, l'inventeur de la Médiologie (1), préface le catalogue de l'exposition (2): " L'originalité, ici, consiste dans le cadrage ironique du thème universel: loger l'incommunication au coeur des télécoms.(...) Qu'il se niche une intraitable solitude au creux des technologies de l'échange; que les télécommunications se nourrissent des dérélictions qu'elles cherchent à surmonter, cela s'est déjà dit, mais il fallait que cela fut montré. Emblématisé. Fixé. Les bons plasticiens sont des médiums: depuis qu'il travaille, Pignon-Ernest n'a jamais manqué de capter, peut-être involontairement, l'esprit du temps ".n P. C.

 


1. Régis Debray dirige les Cahiers de médiologie, éditée par Gallimard.Le no 1, sur le thème " La Querelle du spectacle " est paru au premier semestre de 1996.Le n%9A 2 est consacré à " La Route " (voir Regards no18, novembre 1996)

2. Galerie Lelong, 13, rue de Téhéran, 75008 Paris 01.45.63.13.19, jusqu'au 15-03 .

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