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Naissance d'une citoyenneté israélienne Par Michel Muller |
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Voir aussi Appel "Notre Jérusalem" , Prisonnières libérées |
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Changement de mentalité chez les Israëliens, juifs comme arabes.
Il conduit, à long terme, à faire d'Israël un pays comme les autres plutôt qu'un Etat pluriethnique.
La collision de deux hélicoptères militaires israéliens en route pour le Sud-Liban, dans la nuit du 4 au 5 février, avec son tragique bilan - la mort de 73 jeunes, a relancé en Israël la question de la pérennité de l'occupation du Liban. Le deuil national n'a pas empêché - fait nouveau - la polémique. D'un côté, l'argumentation du " messianisme ", usée jusqu'à la corde, fondée sur la défense de la terre sacrée face à un adversaire éternel. De l'autre, des interrogations, des remises en cause de certitudes, des aspirations à " vivre normalement, en paix ". Cette attitude se répand notamment dans de larges secteurs de la jeunesse, fatiguée des combats, lui paraissant surannés, de leurs aînés. Un mélange de rejet de " la politique " - d'autant plus que les scandales se multiplient dans les allées du pouvoir - qui prend parfois la forme d'une fuite dans l'extrémisme intégriste, mais surtout de rêve plus ou moins confus de vivre " comme tout le monde ". Israël serait-il en train de devenir un " pays comme les autres " ? Oui, si l'on considère le processus à long terme: si ce pays veut durer, il doit s'insérer dans sa région géographique, en même temps que dans le processus de mondialisation. A court et moyen terme, la réponse est, bien sûr, plus contradictoire et multiforme. Pour Issam Makhoul (1), intellectuel arabe israélien, c'est à la suite des accords d'Oslo - dont le fondement même est la reconnaissance mutuelle des droits de deux peuples sur une même terre - que " l'idéologie d'Eretz Israël (la terre biblique d'Israël) a été brisée. Un fait, dit-il, qui a pris corps dans la conscience des gens ". On peut donc se demander pourquoi les Israéliens ont-ils voté en faveur de Benjamin Netanyahu ? Dans la période précédant les élections, le Likoud (parti de droite NDLR) se trouvait dans une situation difficile, ne sachant comment affronter la situation nouvelle issue des accords d'Oslo.
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L'influence des accords d'Oslo
Pour Issam Makhoul: " Soit la droite changeait de doctrine, soit elle se délitait. Le processus de paix, même s'il est insuffisant, soumis à la précarité des aléas politiques, a l'avantage d'ouvrir une alternative à l'opinion publique. L'influence, dans les esprits, des accords d'Oslo est plus forte que tout ce que pourrait tenter, ou faire, Netanyahu pour les détruire." A cela s'ajoute le fait qu'" Israël se trouvait dans un état d'isolement par rapport au reste du monde. Une partie de l'opinion, notamment les jeunes, pensait que cela venait du fait que le monde était mauvais. On les avait éduqués dans cette idée. Ce n'était pas seulement un argument de la droite, mais aussi des travaillistes qui ont contribué à la fabrication de cette idéologie." Depuis l'ouverture des négociations israélo-palestiniennes, il y a quatre ans à Madrid, les Israéliens se sont rendu compte que cela n'était pas définitif. Et il est, du coup, aujourd'hui bien plus facile de montrer aux gens que la politique de Netanyahu - élu parce qu'il promettait la paix, la " sécurité " en plus - est dangereuse lorsqu'il développe les colonisations.
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A l'écoute de ce que les partisans d'une paix juste disent
Pour notre interlocuteur " cela peut à nouveau conduire Israël à l'isolement. Et nous avons beaucoup à perdre. Dans le même temps, à cause du processus de paix, les gens sont à l'écoute de ce que nous, les partisans d'une paix juste, disons. C'est pourquoi, il est encore plus important qu'une pression internationale s'exerce sur Israël. Il est important pour eux de savoir ce que l'Europe dit, même s'ils font mine de ne pas l'entendre; ce que déclare Clinton, même s'ils estiment que Clinton n'ira pas très loin ". Un autre signe, essentiel, du processus de mutation dans lequel les mentalités sont en train de s'engager, vaille que vaille, se situe dans les réflexions actuelles qui se font jour parmi les quelque 700 000 Arabes israéliens. Pour Issam Makhoul, la lente, tumultueuse et difficile gestation d'un Etat palestinien pouvant apparaître dans un futur proche, a, en quelque sorte, clarifié et rendue plus sereine l'attitude de cette catégorie de la population israélienne face à son propre Etat. La tendance au " nationalisme arabe " est en perte de vitesse, comme celle de la revendication d'une " assimilation " ou d'un statut de " minorité nationale " au sein d'un Etat " multi-ethnique ". En revanche, l'aspiration à la citoyenneté - avec tout ce que cela comporte sur le plan des droits, de la reconnaissance de l'identité, donc de la différence de chaque individu par rapport à l'autre - devient aujourd'hui un terrain de lutte essentiel. Cette exigence rejoint ainsi celle formulée plus ou moins clairement par la partie juive de la population aspirant à la banalisation du pays. Ce processus multiforme se trouve confronté, aussi, à la montée de l'intégrisme juif dont la frange extrême n'hésite plus à plonger dans le terrorisme, même antijuif. Ce qu'Issam Makhoul considère comme un danger réel, pour la paix comme pour Israël. Il souligne qu'il s'agit d'un pays neuf, âgé à peine de cinquante ans." Une nation qui n'a pas encore réellement émergé dans sa plénitude, d'autant plus fragilisée que la dévalorisation, par la réalité, de l'idéologie d'Eretz Israël, contraint à rechercher d'autres terreaux où plonger ses jeunes racines." Dans le même temps, la composante arabe de cette entité - la seule qui puisse affirmer concrètement des racines ancestrales dans cette terre - a été historiquement niée. Paradoxalement, il y a là une formidable opportunité pour l'avenir: l'obligation pour tous les habitants d'Israël d'affirmer leur citoyenneté. L'affirmation de leur droit égal à construire en quelque sorte les formes et les couleurs d'une identité nationale réduite jusqu'à présent à deux dimensions: le " nous ", Juifs, qui seraient bons par nature et contre le monde entier, et le méchant, " l'autre ". |
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1. Issam Makhoul, Israélien d'origine arabe, membre du Bureau politique du Parti communiste israélien, vit à Haïfa, une ville " mixte ". |
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Appel "Notre Jérusalem"
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A l'invitation de la sénatrice Danielle Bidard, les premiers signataires de l'appel " Notre Jérusalem " (1) se réuniront au Sénat, salle Gaston Monory, le 11 mars 1997 de 17 heures à 20 heures pour décider de la suite à donner à leur initiative.
Les premiers signataires sont: Sylviane Ainardi, député européen groupe Gauche unitaire européenne et gauche verte nordique (GUE-/NGL); Samir Amin, économiste; Mouloud Aounit, MRAP, François Autain, sénateur groupe socialiste (PDS), René Ballet, écrivain; Marie-Claude Beaudeau, sénateur groupe communiste républicain et citoyen (CRC); Monique Ben Guiga, sénateur PS; Eliane Benarrosch, MRAP; Maryse Bergé-Lavigne, sénateur PS; Pierre Biarnes, sénateur PS; Gilbert Biessy, député PCF; Bernard Birsinger, maire de Bobigny; Nicole Borvo, sénateur CRC; Patrick Braouzec, député maire de Saint-Denis; Antoine Casanova, universitaire; Edmonde Charles-Roux, écrivain; Paul Chemetov, architecte; Monique Chemillier-Gendreau, professeur de droit international; Hélène Cixous, universitaire, militante féministe; Robert Clément, président du Conseil général de Seine St Denis; Daniel Colliard, député PCF; Francis Combes, écrivain éditeur; Jacques Couland, universitaire; Paul Dalta, journaliste; André Delepoulle, prêtre; Blandine Destremau, chercheur CNRS; Sylvain Dreyfus, avocat; Pierre Duharcourt, universitaire; Mireille Elmalan, député européen (GUE/NGL), Claude Estier, sénateur PS; Monique Etienne, journaliste; Jean Garcia, sénateur honoraire; René Germain, président du Secours catholique de Seine-St-Denis; Daniel Goulet, sénateur RPR; Adrien Goutheyron, sénateur RPR,; Robert Hue, secrétaire national du PCF; Muguette Jacquaint, député PCF; Albert Jacquard, généticien; Janine Jambu, député PCF; Sylvie Jan, présidente d'associations féministes; Jean-Pierre Kahane, mathématicien; Jean-Jacques Kirkyacharian, MRAP; Georges Labica, universitaire, philosophe; Bernard Lacombe, syndicaliste; Anicet Le Pors, ancien ministre; Charles Lederman, avocat; Felix Leyzour, sénateur CRC; Paul Loridant, sénateur CRC; Hélène Luc, sénateur, présidente du groupe CRC; Henri Martin; Raymond Mege, conseiller régional d'Ile-de-France, UDF; Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS; Paul Mercieca, député PCF; Louis Minetti, sénateur CRC; Jean-Louis Mons, maire de Noisy-le-Sec; Gisèle Moreau, député européen GUE/NGL; Edgard Morin, sociologue, écrivain; Sami Naïr, universitaire, écrivain; Robert Pages, sénateur CRC; Gilles Perrault, écrivain; Jean-Claude Petit, compositeur, musicien; Claude Piéplu, acteur; Louis Pierna, député PCF; Jacques Pornon, directeur musical; Patrick Ribau, universitaire; Maxime Rodinson, Ernestine Ronai, journaliste,; Alain Ruscio, écrivain; Raoul Sangla, réalisateur de télévision, Lucien Sève, philosophe, Viviane Théophilidès, metteur en scène; René Vautier, cinéaste; Michel Vovelle, historien; David Wizenberg, psychiatre.n
*Dernière minute: Une délégation conduite par Robert Hue, secrétaire national du PCF, se rend début mars au Proche-Orient, à l'invitation de l'Etat d'Israël et de l'Autorité palestinienne.
C'est l'occasion de remettre aux responsables élus des peuples israélien et palestinien la liste complète des signataires de l'appel " Notre Jérusalem".
1.
Voir Regards no20, décembre 1996.
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Prisonnières libérées
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Elles sont trente et une palestiniennes. Elles ont entre 16 et 38 ans. Elles sont libres depuis le 11 février 1997. La plus ancienne prisonnière avait été arrêtée le 15 mars 1986. Leur joie, leur émotion, celles de leurs familles, ont trouvé écho parmi tous ceux qui espèrent que le processus de paix aboutira au Proche-Orient. Ces photographies nous ont été aimablement prêtées par Clara Magazine qui a mené pendant quatre ans une campagne de solidarité pour obtenir la libération des prisonnières palestiniennes. |