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Chine. Réformes à risques Par François Mulhouse |
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L'avenir des entreprises d'Etat et la création d'un système national d'assurance sociale: LES questions...
Assiste-t-on à l'agonie des entreprises d'Etat chinoises ? Leur poids décroissant dans l'économie pourrait le laisser croire. Depuis le lancement des réformes leur part dans la production industrielle a beaucoup baissé: de 78% en 1978 à environ 35% en 1996 . Cette baisse est due au dynamisme des entreprises liées aux collectivités locales et privées dont les taux de croissance sont supérieurs. Plus du tiers des 100 000 entreprises d'Etat seraient déficitaires. Le total de leurs pertes annuelles serait passé de 2 milliards de francs en 1985 à 37,5 milliards de francs en 1994. Leurs dettes envers les banques publiques aurait atteint fin 1995, le chiffre "effroyable" de 405 milliards de dollars, selon la presse chinoise. Conséquence: les salaires de nombreux employés sont payés en retard, en partie ou pas du tout. Les mises en faillite se multiplient. Les pertes de certaines entreprises d'Etat ne sont pas de leur fait. Dans le secteur énergétique l'Etat les oblige à vendre leur production à un prix inférieur au coût de revient. Ces entreprises doivent aussi financer la couverture sociale de leurs employés: logement, crèche, santé, retraites, etc. Des coûts que les autres entreprises n'ont pas à supporter. Il faut cependant nuancer. Beaucoup dépend de la situation géographique, l'intérêt stratégique et du secteur d'activité. Les entreprises du secteur énergétique et des mines sont les moins performantes; celles des secteurs des machines, de la pharmacie, de l'électronique figurent parmi les bénéficiaires. La moitié des entreprises d'Etat fraude le fisc en déclarant des pertes ou en minimisant les bénéfices selon le ministère des Finances. Elles espèrent ainsi payer moins s'impôts et obtenir de nouveaux prêts bancaires qu'aucune loi ne les obligera à rembourser. Enfin, elles participent de plus en plus à l'économie "grise" où intérêts publics et privés se confondent. Elles multiplient la création de filiales et d'entreprises en dehors du secteur d'Etat. Elles leur affectent une partie de leurs ressources et de leur main-d'oeuvre, mais n'intègrent pas les profits qu'elles en tirent dans les comptes de l'entreprise d'Etat. C'est notamment le cas du commerce et de la construction.
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L'inégalité de couverture sociale entre citadins et ruraux
Une partie des économistes chinois proposent de privatiser les entreprises d'Etat. Lors de la préparation du IXe plan quinquennal (1996-2000) les autorités ont indiqué qu'elles pourraient privatiser 90% d'entre elles. L'Etat ne garderait alors que 500 à 1 000 grandes entreprises industrielles stratégiques . Les privatisations toucheraient dans un premier temps 10 000 à 20 000 petites entreprises d'Etat. Des fermeture d'usine ont également eu lieu et les autorités envisagent de licencier 20 millions de salariés sur les 100 millions qu'occupent ces entreprises d'Etat. Plusieurs études chinoises affirment cependant que leur mauvaise gestion explique l'essentiel des difficultés de ces entreprises. Leur privatisation ne s'imposerait donc pas. Une étude menée par l'Institut de recherche sur l'économie et la technologie de la Commission d'Etat au plan souligne que 81% des entreprises d'Etat déficitaires attribuent leurs difficultés à des raisons internes. Certains économistes signalent qu'en cas de privatisation, seuls leurs actuels dirigeants, souvent des fils de dirigeants du Parti communiste, auraient les moyens financiers et les protections nécessaires à leur acquisition. Sans aucune garantie que les entreprises privées relèveraient la tête mais avec la certitude qu'elles licencieraient à tour de bras. Ce serait là, pour la Parti communiste chinois, un énorme risque d'explosion sociale. Leitmotiv du pouvoir chinois, " le maintien de la stabilité sociale ", souffre de l'absence d'un système national de sécurité sociale et d'assurance chômage. Hérité de la période maoïste, le système de protection sociale chinois reste marqué par l'inégalité entre citadins et ruraux dans l'accès aux soins et la garantie d'une retraite. Seuls les citadins bénéficient d'une couverture sociale complète (assurance maladie, retraite, etc.) et d'avantages sociaux (logements, congés, etc.) que leur garantissent directement leurs unités de travail. A la campagne, les autorités entretiennent un réseau médical de base qui dispense des soins de moins bonne qualité. Elles garantissent un revenu minimum aux personnes âgées seules, mais c'est en réalité l'entraide familiale qui joue. En ville, le financement de la protection sociale repose surtout sur le secteur public et, dans une moindre mesure, sur les entreprises liées aux collectivités locales. Selon le Quotidien du Peuple, le poids des dépenses sociales sur le secteur d'Etat représente 60% de la masse salariale, dans laquelle les retraites comptent pour 70%. Ce système semble avoir atteint ses limites financières. En effet, les dépenses de protection sociale financées par des entreprises d'Etat ont augmenté à un rythme annuel de 42% entre 1978 et 1994. Poussées par la nécessité de faire des économies, ces sociétés regroupent peu à peu le financement de la couverture sociale de leurs employés en créant des caisses d'assurance sociale gérées par les autorités municipales dont elles dépendent. Innovation, ces caisses reçoivent aussi les versements obligatoires des salariés. L'augmentation du chômage a conduit à la création d'un système d'assurance chômage, encore embryonnaire. Le gouvernement chinois étudie actuellement la création d'un système national d'assurance sociale et d'assurance chômage s'inspirant des caisses fondées au niveau municipal, parfois provincial. Le financement du système de retraite fait partie des points en débat. Le principe d'un système mêlant répartition et capitalisation semble acquis, mais il reste à déterminer la part de l'un et de l'autre. Cependant, les paysans, qui représentent pourtant plus de la moitié de la population active, resteront les grands exclus de ce système " national ". |