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Hongkong, le retour Par Dominique Bari |
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Voir aussi Du rock sous le drapeau rouge |
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L'intégration économique de Hongkong à la Chine est largement entamée avant son retour officiel à la " mère patrie".
Des incertitudes politiques demeurent.
Après 155 ans d'administration coloniale britannique, Hongkong sera intégrée le 1 er juillet 1997, à la République populaire de Chine en tant que " région administrative spéciale ", la RAS. Selon le principe " un pays deux systèmes ", la colonie doit, en vertu de la " Déclaration commune " sino-britannique signée en1984 et de la " Loi fondamentale " rédigée en 1990, se voir garantir le maintien du système capitaliste et un haut degré d'autonomie en matière économique et financière. Ce droit sera supervisé pendant 50 ans par les Nations unies. La RAS devrait aussi disposer d'une compétence propre en matière législative et judiciaire à l'exception des affaires relevant de la politique extérieure et des questions militaires. La perle du capitalisme, chère à Milton Friedman, prix Nobel américain d'économie, reviendra donc à la " mère patrie", vaste pays-continent gouverné par un parti communiste. Va-t-on pour autant vers une absence totale de compatibilité et pronostiquer " la mort de Hongkong " comme n'avait pas hésité à le prédire la revue américaine Fortune en 1995 ? L'idée qui prédomine dans la colonie est que Pékin ne va pas tuer la poule aux oeufs d'or. Autre argument de poids: la différence fondamentale des systèmes sociaux et économiques n'a pas empêché le développement de l'interdépendance économique du Territoire et du continent, principalement le sud, au cours des deux dernières décennies.
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Une fenêtre ouverte sur le monde
Depuis le lancement de la politique de réformes par Pékin, Hongkong a joué le rôle de " fenêtre ouverte sur le monde " pour l'économie chinoise. Plus de 50% du total des investissements étrangers du pays sont assurés par la colonie. Les investisseurs taïwanais - qui n'ont pas encore un accès direct au continent - utilisent la colonie comme plaque tournante pour leurs opérations en Chine. Symétriquement, Hongkong a aujourd'hui besoin des liens économiques étroits avec le Continent. De tous les voisins de la République populaire, c'est le territoire britannique qui a le plus profité de la forte croissance chinoise. Dans le cadre d'une désindustrialisation graduelle, la colonie a déjà transféré dans la décennie 80 la plupart de ses centres de production, essentiellement dans la zone économique spéciale chinoise de Shenzhen, voisine, et sur la côte de la Rivière des Perles, reliant le Territoire à Canton. Quatre à six millions de Chinois travaillent dans des centres manufacturiers à capitaux hongkongais et mixtes. Cette délocalisation transfrontalière de l'activité industrielle explique la reconversion de Hongkong en centre de services, secteur qui occupe près de 80% du PIB de la colonie. L'intégration est aussi sensible en sens inverse. Les capitaux chinois ont afflué ces dernières années vers la colonie, où, au début de l'année 1995, 1800 entreprises chinoises représentant un patrimoine de 40 milliards de dollars américains étaient déjà enregistrées. Si l'avenir économique apparaît confiant à court terme, comme le soulignent les milieux d'affaires locaux et étrangers installés sur le territoire, l'inquiétude est plus manifeste pour les libertés publiques. Il est vrai que la Grande-Bretagne n'a pas facilité la transition, en octroyant, en 1995 seulement, un début de suffrage universel pour élire le Conseil législatif (le Legco) et en révisant ces toutes dernières années les vieilles lois coloniales dans le sens d'une ouverture démocratique. Redoutant que Hongkong devienne un " foyer de contestation", Pékin a beau jeu de se référer au statut de la colonie tel qu'il était en 1984 et a déjà annoncé la dissolution du Legco et son remplacement par un " comité préparatoire " plus conforme à ses voeux, mis en place depuis décembre dernier. Réuni à Pékin le 1 er février, ce comité de150 membres a défini les 26 lois de Hongkong qui seront supprimées ou amendées. Parmi elles, les lois électorales et les deux ordonnances amendées en 1992 et 1995 élargissant les libertés de réunion et d'association. Si peu d'ambiguïté subsiste sur les intentions de la Chine de " visser " la société hongkongaise, les sentiments de la population du territoire, 6,3 millions de personnes, chinoise à 98%, sont plus difficiles à cerner. Scepticisme, inquiétude et résignation sont mêlés à une certaine fierté du retour " à la mère patrie ", sorte de revanche du monde chinois sur l'Occident. D. B. |
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Du rock sous le drapeau rouge
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Nous ne sommes plus les pièces d'un jeu/ Qui marchent sur les traces laissées par d'autres/ Nous voulons essayer de nous tenir debout/ Aller et regarder partout/ (...)/ Si vous nous demandez ce que nous sommes/ Des oeufs sous le drapeau rouge
Tous les jeunes Chinois des villes savent ces paroles du plus célèbre rocker Cui Jian.
Pourtant, ce dernier ne passe jamais à la télévision ou à la radio.
Il est également interdit de concert à Pékin bien que ses cassettes soient en vente libre.
Mieux que d'autres artistes indépendants, Cui Jian symbolise l'émergence d'un espace public embryonnaire en Chine, sous le contrôle du pouvoir qui empêche toute critique ouverte.
Les artistes anticonformistes recourent donc au discours indirect, vieille tradition des intellectuels chinois.
En 1989, la chanson Je n'ai rien de Cui Jian avait été reprise en choeur par la jeunesse de la place Tianan men.
A présent, il n'est plus seul à porter la fronde sur la scène.
D'autres groupes sont nés.
Ses textes continuent de refléter les aspirations libertaires d'une jeunesse plus diverse que ne le laisse présumer le discours officiel.
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