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Une démarche pluraliste enfin possible Par Catherine Samary* |
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L'intérêt particulier d'Espaces Marx est d'être une association où le rôle des individus est important
Espaces Marx s'est fixé un certain nombre d'objectifs, inscrits dans sa charte: " contribuer au mouvement social de transformation dans la visée d'une société de libération humaine; (...) avancer dans la compréhension des mutations de notre temps (...), élucider l'expérience de ce siècle, ses progrès comme ses tragédies; (...) procéder à une critique des logiques dominantes: critique du capitalisme et, au-delà, des sociétés d'exploitation, de domination et d'aliénation ". Ces objectifs constituent également la " raison d'être " du courant auquel j'appartiens - la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), la IVe Internationale. Notre conviction étant qu'aucune organisation politique, fût-elle " d'avant-garde ", n'est capable à elle seule de comprendre et de transformer les sociétés réellement existantes, nous sommes toujours et partout dans le monde à la recherche des lieux de collaboration pluraliste avec les courants et individus qui se fixent ces objectifs-là. Tel est le cas d'Espaces Marx. Ce qui est nouveau et important avec la création de cette association, c'est qu'une telle démarche pluraliste soit enfin possible avec des membres du Parti communiste français, parce que, au-delà des choix individuels, le PCF est lui-même inscrit dans un tournant de son histoire, aboutissant entre autres à la dissolution de l'Institut de recherches marxistes. Il était dès lors possible qu'Espaces Marx se fixe pour tâche de s'adresser " sans exclusive ni parti pris à toutes celles et ceux qui souhaitent avancer dans la compréhension du monde dans lequel ils vivent (...) et d'établir, sur le plan national et international, les relations, les coopérations et les partenariats avec tous ceux - personnalités, organismes publics ou privés, forces progressistes du mouvement social, revues, etc.- poursuivant des objectifs semblables aux siens ". Et c'est ce qui a commencé à se réaliser, positivement. Un tel changement relève bien sûr, d'abord, d'un contexte international marqué par l'effondrement de l'URSS et des autres pays dits socialistes accentuant l'offensive mondiale d'un libéralisme sauvage et régressif. La crise affecte à la fois toutes les tentatives de ruptures radicales avec le capitalisme qui ont marqué le monde depuis octobre 1917 et les expériences social-démocrates de transformation du capitalisme. Seules des organisations politiques imperméables aux changements peuvent ne pas percevoir l'ampleur des bouleversements en cours et la nouvelle donne internationale qu'ils suscitent...pour le pire (la barbarie montante), et pour le meilleur: la nécessité historique d'une refondation du projet socialiste dans un contexte nouveau aide à faire tomber des murs de sectarisme.
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Du pluralisme au quotidien
L'intérêt particulier d'Espaces Marx est de ne pas être limité dans son fonctionnement et dans sa propre évolution par les incertitudes, les contraintes et les héritages les plus pesants des organisations politiques elles-mêmes. Autrement dit, les qualités propres et les convictions des individus qui ont décidé d'impulser cette association ont évidemment une part importante dans le bilan positif d'un an d'existence. L'état d'esprit de toute l'équipe à laquelle j'ai participé a contribué à l'établissement d'un " climat " d'ouverture. Cela n'était pas évident - notamment pour la très petite minorité de ceux et celles qui, comme moi, n'était pas membre du PCF ou de sa mouvance. Très petite minorité, en effet. Et il faut que " les autres " (ceux de la majorité) le mesurent. Le langage est souvent conservateur. Il y a parfois des " nous " qui ne permettent pas l'inclusion. Il y a un usage du mot " communiste " qui exclut... Il y a surtout un grand écart entre ce que voudrait être Espaces Marx et ce qu'il est: un lieu de recomposition certes, mais encore très marqué par l'acte fondateur - la dissolution de l'IRM dont il demeure l'héritier. Les initiatives publiques passées (y compris d'ailleurs l'ultime colloque organisé par l'IRM sur l'Europe de l'Est), celles qui sont projetées (dans la préparation du 150e anniversaire du Manifeste communiste), l'infléchissement entamé dans l'organisation des Mardis de la Mutualité, tout cela a signifié des occasions de pluralisme effectif. La naissance de nouveaux groupes en province, l'évolution des revues et des séminaires sont et seront des éléments essentiels pour que toutes les activités d'Espaces Marx relèvent du même climat d'ouverture, et d'inclusions réelles pluralistes dans son fonctionnement quotidien... L'élaboration qui émergera de ce processus ne sera pas, heureusement, l'expression d'un consensus mou ou d'une nouvelle pensée unique, de gauche. On ne doit pas étouffer des visions et des bilans nécessairement différenciés du passé éclairant différemment le présent et donnant lieu à des convictions diverses sur les " utopies possibles ". En outre, les débats sur les stratégies de transformation sont confrontés à un contexte mondial, socio-économique et politique radicalement nouveau: les anciennes controverses sur réforme et/ou révolution ne disparaîtront pas mais seront reformulées donnant naissance à des recompositions... Espaces Marx peut contribuer à offrir un cadre favorisant de telles confrontations, dans un va-et-vient entre passé, présent et avenir, entre expériences de résistance et analyses du monde qu'il s'agit de transformer. Une certaine dynamique s'est enclenchée dans ce sens. Nous pouvons ensemble l'élargir et l'enrichir. C. S. |
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* Maître de conférence à l'Université Paris-Dauphine. |