Regards Mars 1997 - L'Evénement

Des Assises pour le changement


Entretien avec Jean-François Gau*
Voir aussi Gauche. Une véritable alternance , PCF

Le lancement des Assises pour le changement en 1998 veut contribuer à ce que la contestation et l'espoir se traduisent en réalités politiques.

 
Le 1er mars, à Lille, Robert Hue prononce un discours de portée nationale pour démontrer qu'une politique nouvelle est possible, qu'elle peut être au rendez-vous des élections législatives de l'an prochain. Le Parti communiste prend l'initiative d'" Assises pour le changement en 1998 " dans chaque département... Nous sommes encore à un an de l'échéance. Pourquoi cette effervescence ?

 
Jean-François Gau : Tout simplement parce que ça répond aux attentes les plus fortes d'aujourd'hui. La société, elle aussi, est " en effervescence ", pour reprendre votre expression. Elle est en recherche de neuf, de solutions réelles, de changement. Beaucoup de faits en témoignent.

La détermination, la créativité, la vitalité nouvelles de luttes qui s'engagent sur des terrains et pour des objectifs souvent inattendus. La nature des questionnements et des débats, qui touchent à l'essentiel. La montée de l'esprit critique, de l'esprit de révolte qui rend la " pensée unique " et le discours sur la " seule politique possible " de plus en plus démodés, impuissants.

Nous voulons contribuer à ce que ces potentiels de contestation et d'espoir puissent se traduire en réalités politiques, qu'ils constituent la donnée majeure des élections de l'an prochain et qu'ainsi celles-ci permettent un changement réel. Il n'est pas trop tôt pour y travailler !

Car je ne ferai pas de révélation en soulignant que les obstacles qui contrarient cet objectif demeurent importants. Des choix divergents persistent entre les forces de progrès sur la nature des changements à opérer - divergences qui, au fond, renvoient à l'alternative fondamentale: ou bien aménagement, encadrement de la domination de " l'argent pour l'argent "; ou bien émancipation de cette domination. Il en résulte un manque cruel de crédibilité, attesté par toutes les enquêtes d'opinion, quant à l'aptitude de la gauche à faire vraiment du neuf. Et une accentuation de la crise de la politique: crise de son contenu comme du rapport des citoyens au pouvoir et à la représentation politique.

Tout cela forme un tout, et c'est à ce " tout " qu'il faut apporter des réponses réelles, par des pratiques politiques adaptées. Le problème posé ne se résoudra pas par des discussions entre partis politiques dont les citoyens seraient écartés. Cette façon de faire a échoué hier; elle aurait aujourd'hui des conséquences dévastatrices. Rien de bon ni de neuf ne peut se faire sans l'intervention directe des citoyens: pour obtenir par l'action tout ce qui peut l'être; et pour construire une union nouvelle, pour répondre concrètement, dans la transparence des enjeux, à toutes les questions relatives à la possibilité d'un changement réel. Notre proposition d'assises pour le changement en 1998 vise à créer des lieux, des espaces où ce travail puisse s'effectuer.

 
Quelle est la différence avec les " forums " de l'an dernier, où vous aviez déjà expérimenté la pratique de confrontations entre citoyens et partis politiques ?

 
J.-F. G.: La démarche est évidemment similaire. Mais la portée politique de ces assises est plus grande: il s'agit de travailler ensemble, concrètement, à la construction d'un projet politique de changement pour 1998. Nous ne cherchons pas du tout, à cet égard, à tirer la couverture à nous: nous proposons ainsi aux autres formations de gauche et de progrès de co-organiser ces assises - bien sûr, si elles ne le souhaitent pas, nous en prendront nous-mêmes l'initiative.

J'insiste sur le mot " travail ". Il suppose une certaine durée pour être accompli: sans doute une journée entière plutôt que le temps d'une soirée. Il implique également des dispositions précises permettant à chacune et à chacun de se déterminer en pleine conscience et d'apporter utilement sa contribution à la réflexion générale. Donc: prise de connaissance des propositions des différents partis politiques: ils ont maintenant, tous, adopté leur programme. Possibilité offerte aux représentants de syndicats, d'associations, à des personnalités de verser leurs idées et leurs exigences au débat, sous des formes naturellement appropriées, telle la pratique des auditions. Enfin, et surtout, conditions créées pour que l'intervention de toutes celles et ceux qui souhaitent contribuer à ce travail puisse se déployer pleinement. Nous souhaitons des débats plus amples encore que ceux de l'an dernier. Avec des points d'arrivée qui puissent manifester une évolution, si possible un progrès, par rapport aux points de départ. Nous proposons ainsi qu'à l'issue de chacune des assises, ces conclusions - nature des échanges, accords et désaccords - soient consignées dans des procès-verbaux transmis aux assises suivantes afin de favoriser à l'échelle nationale une véritable dynamique de construction.

 
Parallèlement à ces assises, vous animez une véritable campagne en faveur d'un référendum sur la monnaie unique...

 
J .-F. G.: Parce que c'est une question de souveraineté, et que celle-ci appartient au peuple. On ne saurait imaginer qu'on puisse apporter, comme c'est le cas avec l'euro et le véritable projet de société qui y est lié, des modifications touchant aux fondements mêmes de la nation sans que les citoyens en décident. Cette exigence démocratique est déjà majoritaire; elle va prendre de l'ampleur; il faudra y faire droit. Et les communistes font leur devoir en contribuant à ce qu'il en soit ainsi.

 


* Secrétaire national du PCF chargé de la Communication.

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Gauche. Une véritable alternance


Il apparaît donc comme urgent pour la gauche et le PS de bâtir un véritable projet d'alternance qui apparaisse tout à la fois comme une rupture avec sa gestion et ses pratiques passées et qui soit susceptible de mobiliser les Français. Le point central est bien sûr ce qui sera proposé en matière d'emploi et plus largement d'économie. Le PS osera-t-il rompre avec la pensée dominante imprégnée de libéralisme galopant ? Osera-t-il proposer une inflexion de la politique européenne ? N'est-ce pas trop tôt pour un tel changement ? Parviendra-t-il à convaincre de sa capacité à changer ? "

Claude Allègre, professeur à l'universite de Paris-VII

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PCF


La révolte

En raison de ces élans fondateurs, mais aussi en raison de ses terribles erreurs, le mouvement communiste, notamment français, est peut-être parmi les mieux placés où ces questions peuvent être posées. Les questions, en somme, d'une politique qui sera immédiatement et immanquablement éthique, culturelle, subjective parce qu'elle est centrée sur la reconnaissance et la mise en oeuvre de la révolte, comme exigence vitale pour la personne humaine et pour la démocratie. Si vous n'encouragez pas cette révolte ainsi comprise, qui d'autre le fera ? "

Julia Kristeva, psychanalyste, écrivain, professeur à l'Université Paris-VII

Les citoyens

Mon intuition est que le Parti communiste peut porter non seulement les intérêts du salariat, comme l'indiquent les études d'opinion, mais, de façon générale, les intérêts des personnes qui pensent que la société a les moyens d'assurer des droits économiques et sociaux. Que la politique a un sens. Que les citoyens peuvent peser ".

Stéphane Rozès, politologue

L'idéal

L'espace politique du Parti communiste, pour exister pleinement, ne peut uniquement se construire au bénéfice des handicaps des partis de gouvernement, et c'est aussi à la redéfinition de son identité politique qu'il doit s'atteler; une redéfinition politique qui passe notamment par deux choses: d'abord par une plus forte visibilité de la rupture avec l'héritage du stalinisme, qui n'est jugée qu'esquissée et doit être complétée par des actes symboliques forts; mais aussi par sa capacité à être plus en prise avec la société française. Et le Parti communiste sur ce point ne peut se suffire des bienfaits de sa fonction protestataire. Il doit à la fois être plus proche des souffrances sociales et plus crédible dans les réponses à ces souffrances. Et s'il doit mieux faire valoir une crédibilité gestionnaire, il doit par ailleurs ne rien perdre de son penchant pour l'idéal."

Claire de Beir, politologue, chargée du département politique et sondages d'opinion de la SOFRES

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