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Liz Mc Comb voix du Gospel Par Delia Blanco |
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Depuis 1984, elle tourne régulièrement en Europe et la France l'a souvent accueillie.
Du 7 mars au 5 avril, elle y donnera une série de concerts.
L'Académie de Jazz lui a décerné le prix Mahalia Jackson, une distinction très reconnue dans le milieu du blues et du jazz.
Comme ses ancêtres, Liz Mc Comb, voix divine, née à Cleveland, Ohio, croit profondément en Dieu, mais aussi au Diable. Dans les temples pentecôtistes où le recueillement et le mystère conduisent à une véritable transe collective, elle a hérité du Gospel et l'incarne avec sa gravité, son intériorité et son humanité, toujours présente et distante à la fois, prête à retrouver l'Eternel. Son chant prend quelquefois l'allure d'un combat étonnant entre le Bien et le Mal: chacune de ses intonations traduit la menace, l'agression, la compassion, le pardon, l'espoir, le péché...comme si la vie ne tenait qu'à cela. Musicienne d'instinct, elle peut émouvoir jusqu'aux larmes. Liz Mc Comb a " ce pouvoir-là " de dépasser la froideur métallique du micro et de la console de son et de vous faire pleurer.
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La liberté d'entrer dans le spectacle
Il se dégage alors une énergie vitale qui donne au public cette liberté toute particulière d'entrer dans le spectacle, dans le concert, sa voix le porte dans un mouvement de cadences et de rythmes. Elle reste la seule à porter à ce point l'esthétique mystique de sa culture communautaire et religieuse." Communiquant " avec ses " frères ", qu'ils soient occidentaux, asiatiques ou africains, elle dit d'ailleurs avec gravité: " Je ne pense jamais, jamais, à savoir si mon public est catholique, protestant, juif, athée, cela n'est pas l'important, seul compte le mystère de la communion collective, pour moi, ils sont tous brothers, preachers ". Et, après un silence: " L'important, c'est que quelque chose se passe entre nous, parce que moi aussi, je reçois beaucoup quand je sens mon public heureux, quand je sens que les gens sont ensemble." La souplesse vocale de Liz est telle qu'elle va du contralto au soprano, avec finesse, sans sophistication ni effets de charmes superflus. Sa force de chant reste dans la tradition d'Aretha Franklin, Mahalia Jackson et ses chansons, véritables hymnes à la vie, bastions de résistance à la fatalité, convient à la paix, à l'amour, toujours appelant l'espoir et la révolte. Une grâce particulière inspire cette voix; il ne s'agit pas seulement d'une foi religieuse, mais d'un chant humain qui vient des humains et qui est fait pour eux.
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Un chant humain qui vient des humains et qui est fait pour eux
A l'instant même où nous l'entendons, il nous transforme. Sa sincérité scénique donne à chacun de ses concerts une élégance et un caractère particuliers. Après l'un des ses concerts à Paris, à l'Eglise de la Madeleine, Maurice Cullaz, spécialiste de jazz et amoureux du Gospel depuis plus de soixante ans, constatait: " Je les ai toutes entendues, connues, mais Liz est pour moi la plus grande parce que c'est du Gospel qui vient d'une histoire terrible, d'une prière qui n'en finit pas." Sur scène, elle est poussée par un besoin de proximité. On sent par moments, qu'elle a envie de lâcher son micro et de quitter le piano -elle en joue à merveille - pour être dans le public, avec lui. Il lui est déjà arrivé d'ailleurs d'entrer dans la foule et de continuer à chanter a capella: " J'aime beaucoup chanter a capella, c'est très fatiguant, mais on sent vraiment ce qui se passe, car il faut y aller à fond pour que les gens sentent bien la voix, la musique, tout ce qui vient."
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Tous les rythmes et les harmonies
Elle est musicienne et sa voix maîtrise parfaitement tous les rythmes et les harmonies. Ses musiciens l'accompagnent depuis longtemps et les choeurs sont assurés par ses propres soeurs. On l'a souvent comparée à Aretha Franklin, à Nina Simone, à cause de sa façon d'appuyer sur le clavier et de ses aller et retour entre le piano et le micro; d'autres lui trouvent une énergie à la Tina Turner. Mais il est évident qu'elle porte en elle toutes les possibilités, car elle est profondément afro-américaine, et de cette culture est née une nature, un tempérament artistique que l'on retrouve chez d'autres. Là où elle nous semble très singulière et exceptionnelle, c'est dans la puissance vocale qui ne peut venir que de l'exercice du negro-spiritual et du Gospel, appris et pratiqué dans les temples. Liz Mc Comb est unique, dans ce registre-là et dans cette puissance-là." Ma culture, dit-elle, est traversée par tous ces sentiments; malgré notre histoire d'esclaves, nous, les Noirs américains, nous savons encore implorer le Seigneur, lui demander protection et pardon ! Mais nous savons aussi que nous sommes nés en Amérique de l'histoire la plus détestable de l'humanité, l'esclavage et le racisme ! Voilà pourquoi la révolte entre aussi dans nos prières, chanter, c'est une manière de rester vigilants, pour que ces horreurs ne reviennent pas... Pour nous, Afro-américains, la ségrégation a duré tellement longtemps..." Toute la richesse et l'intensité de cette grande dame se retrouvent dans ses différents albums et plus précisément dans le dernier, Time is now, distribué par Back to Blues, qui lui a valu le prix Mahalia Jackson. Toutes les chansons sonnent comme de vrais chants d'amour, sans oublier l'extraordinaire chant de liberté qui fait appel à l'Amérique pour l'Afrique de Mandela: " America, ouvre ta barrière avant qu'il soit trop tard ! ". Liz Mc Comb signifie plus qu'un concert ou un spectacle, elle est dans la tradition des grandes voix féminines du monde qui entraînent avec elles un pan de l'histoire et de la culture universelle. En ce sens, elle est dans la lignée de toutes les émotions de vie que nous ont données Oum Kalsoum, Mercedes Sosa, Edith Piaf. |
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Liz Mc Comb sera à Grenoble le 8 mars, à Dijon le 13 mars, à Mâcon le 3 avril, et à l'Opéra de Lyon les 4 et 5 août, dans d'autres villes encore.Elle sera aussi sur Arte, le 22 mars, dans un film qui lui est consacré. |