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L'amour, la Résistance, le spectacle Par Marcel Martin |
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Claude Berri aime faire des films populaires, c'est l'un de ses talents.
Son adaptation du livre de Lucie Aubrac Ils partiront dans l'ivresse, en est un exemple.
Claude Berri précise qu'il a " pris certaines libertés avec les personnages et le déroulement des faits " dans son adaptation du livre de Lucie Aubrac, Ils partiront dans l'ivresse. Ainsi en est-il du sabotage ferroviaire qui ouvre l'action: " Raymond Aubrac n'a jamais fait sauter un train de munitions, mais cette opération me permettait de situer d'emblée l'identification de son personnage." Il signale que les époux Aubrac n'ont fait " aucune objection fondamentale " après lecture du scénario et souligne que, pour lui, " l'important n'était pas de faire une chronique sous l'Occupation, mais un récit dramatique, tendu ", ajoutant: " Il y a dans cette histoire un aspect extrêmement romanesque, mais tout est vrai ".
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Le danger vu comme " suspense ", dans un " polar historique "
Quant au mécanisme dramatique du scénario, il s'en explique en ces termes: " Dans la mesure où il y a souvent du danger dans le film, on peut le voir comme un "suspense", à la rigueur même comme un"polar" historique." Et par rapport aux films qui ont précédemment abordé ce thème: " Je n'ai pas voulu faire le énième film sur la Résistance. Ce qui m'a intéressé, c'est l'exemplarité de cette histoire d'amour. L'audace et le courage de cette femme qui agit pour sauver l'homme qu'elle aime. J'ai eu sûrement envie de faire ce film pour le serment qu'ils se sont fait d'être toujours ensemble tous les 14 mai de leur vie." Pourquoi avoir décidé d'adapter ce livre ? " Ce qui me détermine dans mes choix, c'est l'émotion et la réflexion que me procurent certaines lectures (...) J'aime le cinéma populaire, le cinéma de tous les jours de la semaine, et du samedi soir. Ce cinéma a souvent besoin de spectacle, de budgets importants." Voilà donc, telles qu'elles ressortent de son interview dans le dossier de presse, les motivations de Claude Berri, réalisateur soucieux de témoigner, aussi bien à travers ses souvenirs d'enfance sous l'Occupation (le Vieil Homme et l'enfant) et les films où il " continuait à (se) raconter, en tant que Claude Langmann ", à l'âge adulte (Mazel Tov, le Pistonné, le Cinéma de papa, etc.) que sur les affrontements politiques après la Libération (Uranus) et les luttes ouvrières au temps de Zola (Germinal). Mais, si elle fournit d'utiles indications sur la genèse d'un film et les intentions de son auteur, la lecture du dossier de presse, document publicitaire à l'usage des journalistes, risque de conduire le critique à se sentir en position d'obligé, au double sens du terme, à l'égard de la sincérité créatrice et de l'honnêteté intellectuelle, d'ailleurs indiscutablement évidentes ici, du cinéaste. Le public qui s'intéresse à cette page d'Histoire et en appréciera l'ambitieuse et séduisante démonstration de " cinéma populaire ", le " romanesque " de " l'histoire d'amour " et le " suspense " du " polar historique ", pourra trouver sans objet les réserves du critique enclin à considérer un film comme une oeuvre et non comme un produit de consommation.
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Le conformisme figuratif de la belle image
La principale de ces réserves étant que la contamination insidieuse du style télévisuel aboutit ici, comme dans tant d'autres films d'ambition commerciale, à ce que la mise en images fait office de mise en scène par suite du traitement purement fonctionnel des éléments visuels et des facteurs dramatiques au nom d'un " réalisme " platement descriptif et d'une pesante insistance explicative: la mise en oeuvre de l'écran large sur un sujet plutôt intimiste, le recours au conformisme figuratif de " la belle image " et aux mouvements bien huilés de la caméra ont quelque chose d'aseptisé, de guindé, qui gêne la participation affective et, plus gravement, interdit toute émotion esthétique, à supposer que cela soit et reste ce qu'on devrait pouvoir attendre, aussi, d'un film. Pour ne citer que des exemples qui ont fait date, la Bataille du rail de René Clément, Un condamné à mort s'est échappé de Robert Bresson et l'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ont témoigné en leur temps d'une approche autrement plus convaincante et plus authentique de l'atmosphère de l'Occupation; tout comme, dans un registre mineur, l'adaptation du livre par Josée Yanne dans Boulevard des Hirondelles (1991). Lucie Aubrac est un " spectacle " (illuminé par la prestation de Carole Bouquet, c'est son meilleur atout) qui a bénéficié d'un " budget important "; cela se voit sur l'écran, où il y a beaucoup de choses, beaucoup trop. Je regrette, pour ma part, que Claude Berri, emporté par sa ferveur humaniste et sa générosité, ait ignoré l'art de l'ellipse et de la litote. |
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Tous les savoirs du monde, exposition jusqu'au 6 avril 1997 à la Bibliothèque Nationale de France-Tolbiac et rue de Richelieu.Le cédérom est co-édité par la BNF et Carré multimédia.Un catalogue papier accompagne également l'exposition. Colloque du 26 au 28 mars de 9 h 30 à 18 h 30 sur l'actualité de l'encyclopédie face aux mutations technologiques. 1. Jean-Pierre Balpe, Hyperdocuments, éditions Eyrolles, 1990.
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